LES RAVAGES DU TEMPS
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Xjs. plus belle des fleurs est fanée en un jour ; L'automne dégarnit les bois de leur feuillage : Pour ravir à Zoë rincarnat de l'atiiour. Un seul lustre suffit au printeinps de soa âge.
Un siècle voit passer des générations; Les plus nobles cités, le plus puissant empire, Du rang qu'ils ont tenu ne laissent que leur noms, Et des blocs mutilés de marbre et de porpliyre.
Par le feu des volcans, par les vents en courroux. Les monts sont ébranlés ; leurs orgueilleuses cimes S'abaissent par degrés , et leurs rocbers dissous Vont se précipiter dans le fond des abîmes.
Le soleil perd un feu qui s'échappe en torrent -, La lumière est soustraite à sa source sacrée; L'étoile qu'on crut fixe éprouve un changement, Qui fait pronostiquer la fin de sa durée.
Un seul objet est stable en ses aspects divers ;
La nature et ses lois ; c'est son ordre ine/Table
Qui sans cesse à nos veux rajeunit l'univers.
Tout nous semble changer, quand tout est immuable.
(3o) Lorsqu'une rose lombe , une autre va fleurir -, Le printemps rend aux bois leur verdure première ; La beauté qu'à Zoë l'âge est venu ravir, Renaît au même instant dans les yeux de Glycère.
La jeunesse succède à d'impuissans vieillards , Et l'enfance folâtre à la verte jeunesse -, Le peuple belliqueux qui brave les hasards, Au peuple abâtardi qu'a perdu la mollesse.
La plaine s'enrichit aux dépens des hauteurs ; Chaque jour rend ici ce qu'ailleurs il dérobe : Aux sites ravagés d'autres lieux enchanteurs Succèdent pour orner la surface du globe.
Les feux que perd un astre à d'autres sont livrés ] La nature les garde, et dans ses mains fécondes : Vers de nouveaux foyers ces débris attirés Des mondes épuisés forment de nouveaux mondes.
Quelques êtres auxquels la nature a voulu Donner le sentiment de leur propre existence, Vont au but ignoré qui leur est dévolu j A diiïérens degrés doués d'intelligence.
C'est pour eux que Vénus, par ses attraits vainqueurs, Sait triompher du temps , malgré sa faulx cruelle 5 Que son flambeau divin , par le besoin des cœurs, Du feu qui les anime entretient l'étincelle.
Notre globe est restreint à trois règnes divers ; Combien sont inconnus! Ce qu'on nomme la vie, Nos sens, nos facultés, ne sont dans l'univers Que les premiers anneaux d'une chaîne infinie.
Oh! d'un atome obscur, jouet des élémens, Inconcevable orgueil , puérile ignorance \ Qui croit en sa folie et ses faux jugen»ens, Que tout est pour lui seul en cet espace immense !
O faiblesse plus grande , et fatale au bonheur ! Ces êtres fugitifs , de leur frêle passage Empoisonnent l'instant; frappés d'une terreur. Que choque la nature , et bienveillante et sage.
Ah ! plutôt , profitons des célestes bienfaits De cette tendre mère : avec une âme égale Souscrivons à ses vœux et jouissons en paix Du spectacle pompeux qu'à nos yeux elle étale.
Aidons celui qui souffre et fuyons l'insensé ; Saisissons du présent les pures jouissances ; Par d'heureux souvenirs , rappelons le passé Et flattons l'avenir d'aimables espérances.