‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 21 sur 116 · LE VIN · texte numérisé non relu

LE VIN

SONNET

JDu vigneron Noë nous sommes tons enfans : C'est de lui que nous vient cette liqueur vermeille Amis , il ne faut pas renier ses parens : Le berceau de nos rois fut un berceau de treille.

Le vin est des héros le plus doux passe-temps : Sur les amans toujours il opéra merveille : L'orgueilleux philosophe, à défaut de bon sens. Trouve au moins du babil au fond de sa bouteille.

Il fut dans tous les lieux favorable aux beaux-arts j Le père de la joie et le lait des vieillards : L'ennemi du mensonge et l'honneur de la table.

Il unit les vertus et l'efficacité ,

Des eaux de l'Hippocrène à celles du Léthé :

La foi ce à la douceur, l'utile à l'agréable.

ODE A L E]>iTHOUSIASME.

Si^BLiME essor des grandes âmes, Enthousiasme, amour du beau, Principe des plus nobles flammes, Eclaire-moi de ton flambeau.

O rayon d'essence divine !

C'est à ta céleste origine Que je voudrais puiser mes chants :

Déjà ma voix s'est élancée.

Epure, agrandis ma pensée j Donne la vie à mes accens.

Tu n'es point une folle ivresse,

Tu n'es point la froide raison :

Tu vas plus loin que la sagesse,

Sans sortir de sa région.

Instinct délicat qui devance ,

Et les conseils de la prudence,

Et les calculs du jugement.

Instruit par la simple nature ,

Ta marche est toujours prompte et sûre.

Et ton guide est le sentiment.

(6.. ) Tu hais la morne indi/Térence.

Comme l'aveugle emporiementj Et la stupide insouciance, Et le désir extravagant.

Tu fuis l'horrible fanatisme , La licence, le despotisme.

Et tous les senti mens haineux.

Le ciel t'a formé pour la gloire, Pour vivre au temple de mémoire.

Par les procédés généreux.

On te vit toujours accessible

Aux touchantes émotions :

C'est par toi que l'homme est sensible

Au charme des illusions.

Brillant d'une noble assurance,

Sous les drapeaux de l'espérance

Tu te montres plein de candeur :

Tu formes l'aimable apanage

Du genre humain dans ce bel âge.

Où l'on croit encore au bonheur.

On te dut la mythologie.

Ses héros et ses immortels *,

Les emblèmes, l'allégorie,

Qui fit ériger tant d'autels.

Sur eux tu fondas ta morale 5

Et ta règle primordiale.

Fut d'aimer et craindre les dieux

( 63 ) Aux bons ils fureni favorables; Et des enfers pour les coupables.

Tu créas le séjour affreux.

C'est ton feu pur que Prométhée Fut ravir au plus haut des cieux ; Anacréon, Saplio, Tyrihée, Par toi se rendirent fameux.

Codrus affranchit sa patrie, Numa fait parler Egérie , Et les Romains sont attendris :

Jeanne d'Arc à la voix sacrée, Est une héroïne inspirée.

Qui sauve et venge son pavs.

Les arts te doivent leur magie, Euterpe ses tendres accords, Calliope son énergie.

Et JVIelpomène ses transports.

Par toi tous les êtres s'expriment, Par toi les élémens s'aninient, L'éther, le feu , la terre et l'eau : Dans les airs les sylphes soupirent -, Le marbre et la toile respirent, Sous ton maillet et ton pinceau.

Tu changeas en flamme épurée L'amour qui n'était qu'un besoin ; Il devint la source sacrée Du bonheur, notre unique soin.

Par lui les peuples s'humanisent,

Les sauvages se civilisent ,

Et les noms d'époux sont connus.

De la tendresse conjugale,

De la piété filiale.

Jaillissent toutes les vertus.

Tu mets en œuvre le génie , Qui sans toi manque de ressort ; C'est ton souffle qui vivifie, Qui féconde un sublime effort.

Père des grandes entreprises , Tu parles , tu nous électrises , Tu séduis par le merveilleux.

Sur les pas de Pierre Lhermite , Un peuple entier se précipite A la conquête des saints lieux.

L'honneur, l'amour et la patrie ,

En passions sont érigés ;

Tu créas la chevalerie ,

Et toléras ses préjugés.

Il est des vérités fatales ,

Barbares , anti-sociales ,

Que tu blâmes par sentiment :

Quand l'ordre du monde est factice ,

Il se soutient par artifice ,

Et l'erreur en est le ciment.

Admirateur de la nature , Tu prêtes roreille à sa voix :

Tu pénètres 'dans sa structure, Tu découvres enfin ses lois :

Newton dissèque la lumière , Franklin dirige le tonnerre , Lavoisier décompose l'eau :

La terre n'est plus immobile , Et le miracle est inutile Pour expliquer un fait nouveau.

Par toi s'inventent l'écriture , Les métiers , les arts libéraux ; L'art des tissus , l'architecture , Celui d'extraire les métaux.

Tu vogues sur le sein des ondes , Tu découvres de nouveaux mondes, Tu domptes tous les animaux.

Mais bientôt seul roi de la terre , L'homme à lui-même fait la guerre , Et détruit ses propres travaux.

IMITATION

DE L'ODE D'HORACE

Solvitur acris hiems etc.

Li'HALEtNE du tendre zéphire Chasse les rigueurs de l'hiver :

Déjà le pilote à la mer Songe à remettre son navire.

Déjà sur la verte prairie Les enfans se livrent au jeu ; Le laboureur quitte son feu , Et le troupeau sa bergerie.

Les ris , les grâces ingénues , Folâtrent sur le bord des eaux :

Et Vulcain forge les carreaux Qui doivent embraser les nues.

Un ciel d'azur nous rend nos fêles , Philomèle a repris ses chants ; Cueillons les roses du printemps , De myrte couronnons nos têtes.

(67) Hâtons-nous, nos jours sont rapides, Ne formons point de vains projets :

Demain les plus touchans attraits Ne nous offriront que des rides.

Le fatal ciseau de la Parque Tranche , hélas ! indistinctement Le fil des jours de l'indigent.

Et le fil des jours du monarque.

Quittons la frivole espérance Dont nous berce un long avenir :

Qu'importe un faible souvenir, Seul reste de notre existence ?

Caron nous attend au rivage ; Songeons à faire nos adieux , A nos festins délicieux, A la beauté qui nous engage.

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