DIALOGUE ENTRE W^' FAGOTIN ET M. BARBICHON
MADAME FAGOTIN
Ah ! bonjour , monsieur Barbichon 5 Je maudissais l'humaine engeance^ Et gémissais du mauvais ton , Qui maintenant domine eu France.
M. BARBICHON
Bonjour, madame Fagotiu ; Comme vous , contre la jeunesse Tai de l'humeur, je suis chagrin, Et donne au diable notre espèce.
MADAME FAGOTIN
Convenez que les jeunes gens Etaient autrefois plus aimables , Plus gais et surtout plus galans. ^ O moeurs I ô siècles déplorables î
( 206 ) M. BAUBICHON.
Jadis on trouvait des amis 5 Le beau sexe était abordable *, Mais les cœurs se sont refroidis :
D'honneur, c'est inimaginable.
MADAME FAGOTIN
C'était un éternel printemps ^ C'étaient bouquets de fleurs nouvelles Dont l'odeur enivrait les sens :
On n'en trouve plus de si belles.
M. BAUBICHON.
Tout dégénère en ce climat -, Les bonnes clioses sont changées ; Les astres perdent leur éclat, Et les saisons sont dérangées.
MADAME FAGOTIN
Combien de sots ajustemens !
Qui ne prendrait nos demoiselles Pour des bergères de romans?
Quel ridicule et quels modèles I
M. BARBICHON
C'est à s'en tenir les côtés.
De voir toutes ces simagrées ; On dirait des divinités :
La peste soit des mijaurées î
( 207 ) MADAME FAGOTIK.
Plus de rangs , plus de qualité ^ On vous préfère une grisetle A la véritable beauté.
Oh ! l'extravagance est complète.
M. BARBICHON
Très-vrai, madame Fagotin ; Vous parlez comme une peinture Un petit fat, un aigrefin Supplante la magistrature.
MADAME FAGOTIN
Oui, le monde tire à sa fin ^ Vous le verrez, je vous le jure; Je perds mon nom de Fagotin, Monsieur Barbiclion , si ça dure.
TRIOLET
Quand l'amour nous fait ses adieux, Battons en retraite au plus vite.
Soyons sages, faute de mieux, Quand l'amour nous fait ses adieux.
Lorsque le diable devint vieux, Chacun sait qu'il se fit ermite.
Quand l'amour nous fait ses adieux, Battons en retraite au plus vite.
TRIOLET
Le papillon voltige autour Du feu qui l'attire et le brûle.
Séduit par l'éclat d'un beau jour, Le papillon voltige autour ; C'est ainsi qu'au flambeau d'amour Se consume un coeur trop crédule.
Le papillon voltige autour Du feu qui l'attire et le brûle.
EUCHARIS ET THEONE.