‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 42 sur 116 · LES DEUX CHIENS · texte numérisé non relu

LES DEUX CHIENS

FABLE

Maurice avait deux chiens de diverses humeurs : Favori, par ses tours, ses sauts et ses gambades,

Avait su captiver les cœurs :

On le menait partout 5 sans lui les promenades N'avaient nul agrément : il cherchait le mouchoir. Savait monter la garde, et donnait bien la patte.

Chacun près de soi veut l'avoir ^ On le dorlote , on le baise , on le flatte :

Mais souvent le méchant mordait,

Quand on lui faisait des caresses;

A contretemps il aboyait :

Ou nommait cela gentillesses,

Et quoi qu'il fît , on l'admirait.

L'autre appelé Fidèle était tout le contraire ; Dans les beaux arts il n'était point instruit , Et n'avait pas le don de plaire :

Mais c'était un très-bon cerbère, Vigilant, rôdant jour et nuit, Ou suivant son maître à la chasse ;

Infatigable et plein d'audace :

Souvent il n'avait que des coups Pour toute récompense ; Et cependant il n'était point jaloux.

De ce que l'autre avait la préférence.

Ce pauvre chien mourut ; à peine en la maison

De lui fut-il fait mention.

Mais bientôt tout fut en alarmes.

Quand pareil sort menaça Fai^orî :

Ni les tendres soins , ni les larmes , Ne purent cependant sauver l'être chéri : Il mourut à son tour, hélas ! d'une colique. Quel deuil ! chacun cent fois fit son panégyrique ; Que de grâce il avait : c'était un chien parfait, Le modèle des chiens, un animal unique.

C'est ainsi que le monde est fait; Être bon , ce n'est rien , il faut être agréable ; On pardonne au méchant , pourvu qu'il soit aimable.

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