ODE ANACRÉONTIQUE
La jeune Eglé guettait un jour
Un papillon dans la prairie ;
Il caressait l'herbe fleurie ^
Ce papillon , c'était l'Amour.
Cent et cent fois ce dieu s'échappe ,
S'éloigne et revient tour à tour :
Si bien qu'enfin Eglé l'attrape.
Après un compliment flatteur, Sur sa tête riche et dorée , Et sur sa robe diaprée , Sur son air vif et sa candeur -, La belle , ô sort digne d'envie !
Du volage fixe le cœur , Avec une aiguille choisie.
Mais bientôt, tout en admirant Et ses détails et son ensemble , Eglé dit : Il perd , ce me semble , Je ne sais quoi d'intéressant.
Ce je ne sais quoi , c'est la vie , Lui dit Amour, qu'en me fixant, Belle Eglé , vous m'avez ravie.