IDYLLE
Il est jour, et Joseph ne paraît point encore ^ Il m'avait tant promis de devancer l'aurore 1 Déjà les laboureurs ont repris leurs travaux , Le vallon retentit du son des chalumeaux.
Il n'est aucun berger qui n'ait à sa maîtresse '
Cent fois renouvelé le vœu de sa tendresse ,
Et ne soit assuré du plus tendre retour ;
Quand moi je reste, hélas ! seule avec mon amcur.
Voici le bel ormeau , qui nous prête son ombre ; Ce gazon enchanté semé de fleurs sans nombre 5 Ce limpide ruisseau qui nous sert de miroir j Ces oiseaux étonnés de ne plus le revoir.
Sur les moindres objets je trouve son image ^ Chaque fois que Zéphire agite le feuillage. J'écoute avec transport , et c'est toujours en vain 5 L'espoir renaît sans cesse et disparaît soudain.
Ah ! c'est trop de douleurs pour une ame affaiblie, Reviens, mon cher Joseph, à la voix d'Enùlie : Doutes-tu d'un amour si souvent éprouvé? Hélas ! je crains bien plus de l'avoir trop prouvé.
Mais, que vois-je? un troupeau fait voler la poussière; O bonheur ! c'est Joseph qui vient par la bruyère : Je le sens à mon cœur , et mon trouble s'accroît -, Son Azor l'accompagne et déjà m'aperçoit.
Bon chien ! fidèle Azor ! il devine ma peine : Comme il accourt vers moi ! le voici hors d'haleine ; Azor ! ô quel chagrin ton maître m'a donné ! Mais qu'il dise : je t'aime-, il est tout pardonné.