LE MIROIR
La petite Clia Hotte aimait à se mirer, C<imme tant d'antres font, sans être si jolies. Filles en tous pays aiment à se parer; Dieu veuille les garder de plus grandes folies!
Charlotte donc portait souvent les yeux Sur son miroir -, arrangeant ses cheveux , Et composant ses airs de tête; Se trouvant assez bien, mais voulant être mieux.
Elle avait un frère poëte;
Ce frère était un peu moqueur :
— De vous contempler, chère sœur.
Vous êtes donc insatiable?
Ne vous trouvez-vous pas encore assez aimable ? Charlotte répondit : Mon cher frère l'auteur,
J'en conviens , c'est une sottise :
Mais quand vous guettez les passans, Pour débiter vos vers ( que je crois excellens ) , Pensez-vous ne donner sur vous aucune prise? Vous aimez à vous lire, et moi j'aime à me voir ;
J'ai ma manie et vous la vôtre :
S'admirer dans des vers, ou bien dans un miroir,
Mon cher frère, l'un vaut bien l'autre.