‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 75 sur 116 · LE REVE · texte numérisé non relu

LE REVE

Un soir, accablé de tristesse, Je me couchai sous un ormeau :

D'un songe alors la douce ivresse Pour moi vint changer tout en beau.

A mes vœux tout était prospère , J'étais protégé des amours , Je possédais le don de plaire.

Que ne peut-on rêvei* toujours l

Je revis le siècle d'Astrée,

La paix régnait sur les mortels ;

Toute promesse était sacrée ,

La Justice avait ses autels.

On était tendre , on était sage ,

On était franc dans ses discours ^

Plus de tyrans , plus d'esclavage.

Que ne peut-on rêver toujours 1

La terre parée et féconde N'exigeait pas de durs travaux :

Ainsi qu'aux premiers jours du monde Les riches gardaient leurs troupeaux.

Sous des cabanes de feuillages Les humains fixaient leurs séjours 5 Les amans n'étaient point volages.

Que ne peut-on rêver toujours !

( 28o ) Mais un bruit semblable au tonnerre Vint marrarher à mon sommeil :

La félicité mensongère S'évanouit à mon réveil.

De mon erreur plus de vestige ^ Adieu , charmes ; adiejj , beaux jours ! Tout ce que je revois m'afflige. Que ne peut-on rêver toujours !

Page 1