LE REVE
Un soir, accablé de tristesse, Je me couchai sous un ormeau :
D'un songe alors la douce ivresse Pour moi vint changer tout en beau.
A mes vœux tout était prospère , J'étais protégé des amours , Je possédais le don de plaire.
Que ne peut-on rêvei* toujours l
Je revis le siècle d'Astrée,
La paix régnait sur les mortels ;
Toute promesse était sacrée ,
La Justice avait ses autels.
On était tendre , on était sage ,
On était franc dans ses discours ^
Plus de tyrans , plus d'esclavage.
Que ne peut-on rêver toujours 1
La terre parée et féconde N'exigeait pas de durs travaux :
Ainsi qu'aux premiers jours du monde Les riches gardaient leurs troupeaux.
Sous des cabanes de feuillages Les humains fixaient leurs séjours 5 Les amans n'étaient point volages.
Que ne peut-on rêver toujours !
( 28o ) Mais un bruit semblable au tonnerre Vint marrarher à mon sommeil :
La félicité mensongère S'évanouit à mon réveil.
De mon erreur plus de vestige ^ Adieu , charmes ; adiejj , beaux jours ! Tout ce que je revois m'afflige. Que ne peut-on rêver toujours !