VAUDEVILLE
Autrefois dans mon village , On en usait sans façon; Le bon ton , le bel usage , IN'élaîent connus que de nom :
Aujourd'hui dans notre asile , Les beaux arts ont pénétré ; Et l'on est, comme à la ville, Elégant et maniéré.
Autrefois dans mon village , On s'aimait tout bêtement j Et d'un joli persiflage On ignorait l'agrément ; Mais dans le talent utile De décliirer son ami , Presque aussi bien qu'à la ville On réussit aujourd'hui.
On avait la bonhomie
Avec peu d'être content;
On passait toute la vie
A rire et chanter gaîment :
Mais d'une joie inutile
On est fort bien revenu 5
Et presque autant qu'à la ville ,
Le plaisir est inconnu.
( ^9« ) On eut long-temps la sottise D'économiser ses biens ; Et chacun suivant sa guise Faisait valoir ses moyens. On n'est plus si mal habile , On mange ce qu'on n'a pas ; On jeûne, comme à la ville, Pour donner de grands repas.
Chacun allait le dimanche Ecouter notre curé 5 Tout vieillard à grande manche Tout docte était révéré.
Maintenant sur l'évangile On raisonne en avocat ; Et , de même qu'à la ville , Chacun veut régler l'Etat.
D'un amour de tourterelle On languissait tristement; C'était assez d'être belle , Pour captiver un amant.
A présent c'est inutile , On calcule beaucoup mieux ; Et l'or, tout comme à la ville, L'emporte sur les beaux yeux.
( 299 ) En hibon dans nos ménages , Chacun faisait ses enfans -, Les femmes étaient sauvages, Les maris récalcitrans.
Aujourd'hui tout est docile Au bon vouloir des amans ', Et , de même qu'à la ville , Les époux sont complaisans.
La timide pastourelle Ignorait le nom d'amour , Ps'osait lever la prunelle , Et travaillait tout le jour.
A présent elle est subtile , S'enflamme à commandement , Et sait , tout comme à la ville , Vous aimer pour votre argent.