‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 90 sur 116 · VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

VAUDEVILLE

Autrefois dans mon village , On en usait sans façon; Le bon ton , le bel usage , IN'élaîent connus que de nom :

Aujourd'hui dans notre asile , Les beaux arts ont pénétré ; Et l'on est, comme à la ville, Elégant et maniéré.

Autrefois dans mon village , On s'aimait tout bêtement j Et d'un joli persiflage On ignorait l'agrément ; Mais dans le talent utile De décliirer son ami , Presque aussi bien qu'à la ville On réussit aujourd'hui.

On avait la bonhomie

Avec peu d'être content;

On passait toute la vie

A rire et chanter gaîment :

Mais d'une joie inutile

On est fort bien revenu 5

Et presque autant qu'à la ville ,

Le plaisir est inconnu.

( ^9« ) On eut long-temps la sottise D'économiser ses biens ; Et chacun suivant sa guise Faisait valoir ses moyens. On n'est plus si mal habile , On mange ce qu'on n'a pas ; On jeûne, comme à la ville, Pour donner de grands repas.

Chacun allait le dimanche Ecouter notre curé 5 Tout vieillard à grande manche Tout docte était révéré.

Maintenant sur l'évangile On raisonne en avocat ; Et , de même qu'à la ville , Chacun veut régler l'Etat.

D'un amour de tourterelle On languissait tristement; C'était assez d'être belle , Pour captiver un amant.

A présent c'est inutile , On calcule beaucoup mieux ; Et l'or, tout comme à la ville, L'emporte sur les beaux yeux.

( 299 ) En hibon dans nos ménages , Chacun faisait ses enfans -, Les femmes étaient sauvages, Les maris récalcitrans.

Aujourd'hui tout est docile Au bon vouloir des amans ', Et , de même qu'à la ville , Les époux sont complaisans.

La timide pastourelle Ignorait le nom d'amour , Ps'osait lever la prunelle , Et travaillait tout le jour.

A présent elle est subtile , S'enflamme à commandement , Et sait , tout comme à la ville , Vous aimer pour votre argent.

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