‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 91 sur 116 · LA PARFAITE INDIFFERENCE · texte numérisé non relu

LA PARFAITE INDIFFERENCE

Reprends , Zoé , ton cœur pervers ; J'ai fermé l'oreille au mensonge :

Oui , les dieux ont brisé mes fers ; Ma liberté n'est point un songe.

( 3oo ) Ni dépit, ni vain désespoir, Ne masque une folle tendresse :

3'entends ton nom sans m émouvoir ; Je puis te revoir sans faiblesse.

Je m'endors sans songer à toi ^ Le jour paraît sans que j'y pense :

Tu pars , et je suis sans émoi ; Je suis tranquille en ton absence.

Reçois des hommages nouveaux , Mon coeur n'en conçoit point d'alarmes Froidement avec mes rivaux, Je puis discourir de tes charmes.

Donne-toi des airs de hauteur, Ou bien affecte un doux sourire ; Ta voix ne va plus à mon cœur , Tes yeux sur moi n'ont plus d'empire.

Que tu passes négligemment , Que sur moi s'arrête ta vue 5 Je n'observe pas seulement, Si tu parais encore émue.

Si je rêve au bord d'un ruisseau , C'est sans y chercher ion image -, Un lieu sans toi peut être beau , Avec toi paraître sauvage.

( 3oi ) Oui, tu me semblés belle encore, Mais non pas la beauté suprême.

J'aperçois tel défaut d'abord , Où j'avais cru voir l'amour même.

Ah ! Zoé , je pensai mourir.

Quand il fallut briser ma chaîne -, Mais que ne doit-on pas souffrir, Pour s'affranchir d'une inhumaine ?

L'oiseau qui vient de s'échapper, Au prix des plumes qu'il regrette.

Ne se laisse plus rattraper.

Et fuit le chasseur qui le guette.

Ma bouche a dit : Je n'aime plus 5 Dans mon cœur la flamme est éteinte ; Mais des dangers qu'on a courus, Chacun aime à parler sans feinte.

Le guerrier chante ses combats.

Ses longs travaux et ses blessures :

Quand on fut sous les cadenas , On rêve des prisons obscures.

Mon cœur est pur , le tien ingrat ; Nous n'aurons jamais en partage, Toi , d'amant aussi délicat , Moi, de maîtresse aussi volage.

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