‹ Or & alliage dans la vie devoteChapitre 11 sur 44 · DANS LEUR ACTE PRINCIPAL · texte numérisé non relu

DANS LEUR ACTE PRINCIPAL

VRAIE ET LA FAUSSE DévOTIOK DANS LEUR ACTE PRINCIPAL

LA dévotion, telle que saint Thomas d'Aquin la définit, peut être considérée dans son acte principal et dans ses habitudes secondaires. C'est à l'acte principal que nous devons nous arrêter d'abord, et, de la définition même, i^ faut faire ressortir un premier caractère de la vraie et de la fausse dévotion.

— Voluntas quœdam prompte tradendi se ad ea quœ pertinent ad Dei famulatum : La dévotion est une "^^sposition particulière de In

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volonté par laquelle Thomme se porte avec empressement à tout ce qui regarde le service de Dieu.

Le service de Dieu : — Voilà , sans contredit , le mot imporrant de cette définition. Il nous indique que l'âme dévote, dans son acte premier et principal, doit rechercher Dieu, se précipiter vers lui et le considérer comme son unique bien. Les oeuvres de religion qu'elle entreprend , les secours qu'elle reçoit ne sont que des moyens par lesquels elle rend efficace le mouvement qui l'emporte vers celui à qui elle s'est dévouée. Prières, oraisons, pieuses lectures, communication avec les âmes saintes, sacrements : autant de voies sacrées qui la conduisent au but de ses désirs ; autant de fleurs mystiques qu'elle cueille, d'une main filiale, pour les offrir à son Père céleste ; autant de joyaux dont elle se pare pour lui plaire et lui faire honneur. Quand elle s'accuse, c'est devant la très-sainte majesté de Dieu qu'elle se prosterne ; quand

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elle le visite, elle est à lui tout entière; quand elle le reçoit, elle prépare avec soin sa demeure, profite de toutes ses largesses et s'applique à le fixer dans son cœur.

Elle connaît les augustes jalousies du maître qu'elle veut servir, et, pour ne pas les exciter, elle se dégage de tout commerce profane; elle évite, avec la plus grande attention, le mélange de sa vie avec la vie mondaine, et, lors même qu'elle se trouve prise par les fatalités de sa condition, dans le tourbillon des affaires, des fêtes, des plaisirs, elle en retire son cœur, par un mouvement violent, et trouve le moyen de s'abrciiTer, à l'insu de tout le m'onde, de mystérieux dégoûts. Chose difficile et d'autant plus méritoire qu'elle impose à la vie une perpétuelle contrainte et la constante rénovation des mêmes sacrifices.

On conçoit ces coups hardis qui brisent soudainement toutes les attaches terrestres, et ne laissent plus autour de l'âme que la solitude, le silence, le recueillement. Il est facile alors de

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se donner, de répandre son cœur et toute sq vie en Celui qui, par la grâce de l'héroïsme, nous a délivrés de mille servitudes.

Mais demeurer au milieu du monde, sans être complice de ses faiblesses et de ses iniquités; être obligé de le subir, quand on le hait mortellement; ne lui rendre ses devoirs que pour lui faire la leçon; s'exposer par une austère réserve à ses observations malveillantes et à ses funestes rancunes ; ne chercher que Dieu devant les pressantes sollicitations de l'intérêt et du plaisir : est-il une situation plus critique? Cependant il n'est pas donné à tous de quitter le siècle pour servir Dieu, ni même de vivre au milieu du monde comme n'y vivant pas. Certaines existences sont enchaînées à des devoirs de condition qui les forcent à paraître quand elles voudraient être cachées. En cette nécessité, l'âme vraiment dévote, concitoyenne des mondains, par l'apparence, se bannit elle-même en dirigeant ses pensées, ses aspirations, ses désirs^ ses intentions vers

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des régions plus pures et plus sereines où elle doit rencontrer son Dieu. Comme les fils d'Israël captifs près du fleuve de Babylone, elle dit : t Puis- je me réjouir et chanter sur une terre étrangère l ? » Comme le prophète au Seigneur : t Qu'y a-t-il pour moi dans le ciel, et qu'ai-je voulu sur la terre, si ce n'est vous, ô Seigneur 2 ? » Comme l'apôtre à ses enfants : « Pour gagner Jésus-Christ, je méprise toutes les choses de ce monde, comme on méprise les immondices 3. > Comme le fidèle de V Imitation à son Bien- Aimé : « Seigneur, où puis-je me trouver bien sans vous quand serai- je mal en votre sainte présence 4 ?» 0 Que les autres cherchent loin de vous ce qui leur plaira ; rien ne me plaît et ne me plaira que vous, ô mon Dieu, mon espé-

I. « Quomodo cantabimus in terra aliéna. » Ps. i36. 3. (t Quid mihi est in cœlo et à te quid volui super ter. rarn ? » Ps. 72.

3. « Omnia arbitratus sum ut stercora ut Christum iu srifaciara. » Épître aux Philippiens, chap. m, y. 8.

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