‹ Or & alliage dans la vie devoteChapitre 18 sur 44 · Ibid. Liv m, chao · texte numérisé non relu

Ibid. Liv m, chao

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préférences de Dieu pour ce qui est petit et obscur, vil et caché? Ce n'est pas sur des arbres gigantesques, c'est sur d'humbles arbrisseaux qu'il fait naître la reine des tleurs. C'est sous des touffes humiliées, foulées par les pieds distraits des animaux et des hommes, qu'il bénit la violette et remplit sa petite coupe des plus suaves parfums. C'est dans les entrailles de la terre, au sein d'une roche aride ou d'une poussière inféconde, c'est dans les profondeurs de l'océan, sous les valves d'un coquillage sans prix, qu'il a mis l'argent, l'or, l'émeraude, le rubis, le diamant, la perle et toutes les précieuses choses dont se parent les rois et les grands. C'est à des bergers qu'il a révélé, pour la première fois, la majesté anéantie de son Fils unique. C'est sur les abaissements, les humiliations, les opprobres de ce cher Fils qu'il a entassé toutes les gloires. C'est du néant qu'il a fait jaillir et les esprits bienheureux qui l'adorent dans le ciel, et l'armée infinie des astres, dont les splendeurs inaltérables et les harmo-

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nieuses révolutions chantent sa grandeur, et tout ce qui vit et tout ce qui respire, t O Dieu de ma vie, je sais ce que vous aimez 1 je m'abaisse, je me fais petit; car c'est aux humbles que vous donnez votre grâce. Je suis poussière et cendre. Si je m'estime davantage, vous vous tenez debout contre moi, et mes péchés rendent de mon néant un témoignage que je ne puis contredire. Mais si je m'abaisse, si je me réduis à rien, si, méprisable à mes yeux, je tombe dans la poudre qui est mon partage, votre grâce me sera propice, votre lumière s'approchera de mon cœur! Si vous m'abandonnez à moi-même, je suis tout néant et infirmité; mais si vous me regardez, je deviens fort et rempli d'une nouvelle joie O la merveilleuse chose, que je sois relevé si tôt et embrassé avec tant d'amour, lorsque, par mon propre poids, je tombe vers les profondeurs de l'avilissement i ! » Tels sont les pensées et les sentiments de l'âme vraiment dévote.

t. Imitation. Liv. III, chao. 8.

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Elle est humble; et elle met en pratique ce conseil du Bien-Aimé : « Ma fille, rien ne vous est plus utile et plus sûr que de cacher la grâce de la dévotion, de ne vous en élever jamais, d'en parler peu, de n'en pas faire trop d'état 1. » Elle ne dit donc rien de ce qui se passe dans sa vie intime : rien des douceurs qu'elle éprouve, rien des caresses qu'elle reçoit. « Elle garde avec fidélité le secret du Roi de* rois 2. » Ses prières, ses jeûnes, ses mortifications, ses rapports fréquents avec Dieu lui sembleraient profanés si elle en parlait à d'autres qu'à ceux qui la conduisent, la dirigent et Ja soutiennent dans les voies de la perfection. Semblable à ces fleurs modestes dont le délicieux parfum réjouit l'odorat avant qu'on puisse savoir où elles se cachent, elle répand autour d'elle la bonne odeur de ses vertus.

Enfin la vraie dévotion est humble, et pour

ï. Imitation. Liv. III, chap. 7.

3. « Sacramentum régis abscondere boflum est. «'Tobie Cliap. XII, V. 7.

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cela, elle estime tout le bien qu'elle voit dans les autres, elle se réjouit de toutes les faveurs que Dieu se plaît à répandre dans les âmes. Elle évite les comparaisons fâcheuses et attristantes. Elle est facilement édifiée de tous les bons exemples qu'elle rencontre. Elle en fait l'objet d'une pieuse émulation. Elle croît à l'ombre de toutes les vertus, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de l'élever en honneur et gloire, par des grâces qu'elle a admirées avec une touchante simplicité et un sincère détachement. De cette humilité, par rapport à Dieu, il résulte une humilité générale, qui rend faciles tous les rapports de l'âme vraiment dévote avec le prochain. On ne peut parvenir à la blesser, ni par avertissement, ni par reproche, ni par injure, parce que, en se tenant sous les pieds de Dieu, elle se tient sous les pieds de tout le monde.

Nous avons déjà trouvé un mot pour caractériser la fausse dévotion, en opposition à ce

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que nous venons de décrire. — Elle est orgueilleuse. — Non pas de cet orgueil fatal, qui est le plus grand des crimes que l'homme puisse commettre contre Dieu et qui le détourne tout à fait de lui ; mais de cet orgueil amoindri , qui subsiste avec des pratiques pieuses et qui trouve, hélas! le moyen de s'en nourrir. Même en nous donnant à Dieu, nous portons en nous le germe de toutes les passions, et elles se manifestent selon notre genre de vie et le milieu dans lequel nous respirons et agissons.

La fausse dévotion est donc orgueilleuse, et son orgueil se manifeste par des désirs immo* dérés et des tendances exagérées vers les choses extraordiViâîrès. Elle n'a pas plutôt mis les pieds sur les pentes abruptes qui conduisent à la perfection, qu'elle voudrait être au sommet et recevoir en plein ces torrents de lumière et ces ardeurs fécondes, que Dieu réserve pour ceux qui ont longtemps marché et qui se sont meurtris dans de difficiles sen-

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tiers. Sortie tout à l'heure de la misère du péché, elle l'oublie avec une légèreté qui tient du prodige, et s'étonne qu'on lui épargne les grâces qu'elle demande avec une avidité immodérée. On a beau lui dire : — attendez, — elle ne veut pas attendre. Elle se précipite, elle veut saisir Dieu de ses deux bras, pour -qu'il soit tout à elle, et nous ne pouvons mieux la dépeindre qu'en la comparant à ces serviteurs trop empressés qui, honorés d'un sourire de leur maître, prennent la liberté de l'accabler de leurs caresses indiscrètes.

A-t-elle reçu quelque grâce, quelque consolation intérieure, quelque chose qui ressemble à une faveur de Dieu : sa joie déborde, elle est triomphante. Ce n'est pas un « Domine non su m dignus » qu'elle récite du fond du cœur, -.^ ais une sorte de cri qu'elle pousse et qu'on [pourrait traduire par : « Ah! enfin!... » Elle attendait cela. La voilà contente; si contente, <ju'elle oublie presque, dans le don qui lui est fait, celui dont elle le tient. Au lieu de rendre

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grâces, elle attend autre chose, comme si tout était dû au désir qu'elle éprouve de tout recevoir.

Elle n'ignore pas tout à fait que Dieu donne sa grâce aux humbles. Vous l'entendez souvent protester de son indignité. Elle se fera petite, aussi petite que possible ; mais en paroles, cela ne coûte rien. Son esprit demeure toujours tendu vers les grandeurs spirituelles qu'elle convoite avec un appétit déréglé. Quand elle s'humilie et qu'elle s'appelle misérable, c'est dans l'espérance qu'on flattera son amourpropre par une bienveillante contradiction. Croyez-la sur parole, vous la blesserez, et quelquefois même, vous la mettrez en fureur. Elle n'aura pas assez de langue pour raconter votre sottise et votre ineptie.

Elle est aussi adroite qu'empressée à se justifier de tout reproche qui lui paraît fâcheux. Si vous lui faites remarquer sa susceptibilité, — c'est, à son avis, une délicate sensibilité; son entêtement, — c'est de la force de caractère ;

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son insolence, — c'est de la franchise ; sa mollesse, — c'est de la douceur ; le désordre de ses affections, — c'est delà tendresse de cœur; — et le reste. Tous ses défauts sont habillés et parés par son amour-propre, avec une certaine décence et recherche qui les rend méconnaissables.

Mais ce qui nous semble beaucoup plus regrettable, c'est que la fausse dévotion oublie le conseil de la sagesse : « Sacramentum régis abscondere bonum est; Il est bon de cacher le mystère du Roi des rois , » et se laisse aller à l'indiscrétion vaniteuse. Chose heureusement rare, et fâcheuse extrémité de l'orgueil spirituel ! il arrive que telle personne ne craint pas de livrer avec empressement à tout 1 e monde, les secrets les plus délicats de sa vie religieuse. Sans doute, elle n'embouche pas la trompette, comme les pharisiens ; elle ne déclame pas, sur la place publique, une apologie de ses vertus : mais, pour être moins grossière, elle n'en arrive pas moins à ses fins, tc'est-à-

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dire à la divulgation, à la publicité de ce qu'elle est et de ce qu'elle fait.

Elle prodigue les confidences. Elle dit s tout le monde, pas à la fois, mais petit à petit : — Écoutez, que je vous apprenne un grand secret. Tel jour et à telle heure, j'ai senti devant le Saint-Sacrement comme un feu mystérieux qui fondait mon cœur; j'ai entendu comme une voix qui me parlait. Pendant mon oraison j'ai cru voir Notre-Seigneur à mes côtés. Ah! j'ai versé de bien douces larmes 1 En vérité, Dieu me comble malgré mon indignité. Mais n'en parlez à personne. — Ou bien : — J'ai le bonheur de pouvoir prier pendant de longues heures. Mon confesseur a la bonté dem'entendre longtemps, bien longtemps, et encore il ne m'est pas possible de lui dire tout ce qui se passe en moi. — Il m'a permis de faire des pénitences extraordinaires. Le croiriez- vous, j'ai porté un cilice; oh! cela fait bien mal, mais la grâce de Dieu est si forte 1 — Je communie fréquemment eî

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toujours avec un nouveau charme. Je récite l'office de la Sainte-Vierge, de Saint- Joseph, du Saint-Sacrement; enfin je ne puis plus suffire, — N'en dites rien à personne. — Et la fausse dévote accomplit ainsi, dans un temps donné, un petit pèlerinage de confidences qu'elle a eu soin de placer dans des endroits bien ouverts ; de telle sorte que, au bout de quelques semaines, elle a mis à la porte de sa vie une enseigne où tout le monde peut lire : Aux faveurs célestes! aux consolations spirituelles! à la vraie pénitence! à la fréquente communion! — Cette -comédie est ridicule au possible; cependant, qui n'en serait profondément attristé, en songeant que toutes les âmes vraiment pieuses en pâtissent, et que la salutaire influence de leui vertu peut en être diminuée.

Si facile à se réjouir pour elle-même, la fausse dévote n'éprouve plus le même sentiment quand il s'agit des autres. Elle est jalouse de l'intérêt qu'on leur porte. Elle s'afflige das grâces qui tombent ailleurs que dans son

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âme, et, sous de doucereuses félicitations, elle cache une basse envie. Elle adresse à Dieu, à son cœur, et quelquefois à tout le monde des pourquoi sans fin. Elle en revient toujours à des comparaisons qui la blessent, quand elle ne les croit pas en sa faveur. Au lieu d'être encouragée par le bien qu'elle ne fait pas, elle y voit une injure et une défaite qui l'aigrissent et la poussent à des dénigrements. Mais nous reviendrons sur ce point ; hâtons-nous de donner un dernier coup de crayon.

Orgueilleuse dans ses rapports avec Dieu, la fausse dévote ne l'est pas moins dans ses rapports avec le prochain. Abusée par ses désirs ou par les pratiques extérieures qu'elle multiplie avec intempérance, il lui aiiive parfois de se croire douée d'une sorte d'impeccabilité. Les avertissements les plus charitables l'irri. tent, les reproches la mettent hors d'ehemême, les injures lui font au cœur d'incurables blessures. Ses susceptibilités, ses ripostes aigres et violentes, ses rancunes sont connues de

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tout le monde. Elle n'en continue pas moins d'être âpre au service de Dieu et aux pratiques de dévotion, perpétuant ainsi un scandale qui nous déshonore et nous compromet.

Les faveurs de Dieu, qu'on le sache bien, sont incompatibles avec de pareils défauts. Que disje? non-seulement Dieu refuse ses faveurs aux orgueilleux désirs, aux vaines complaisances, aux abaissements mensongers, aux ridicules vanteries, aux tristesses jalouses de la fausse dévotion ; mais qui sait si sa justice ne lui prépare pas dans l'ombre un coup terrible? S'il ne frappe pas, de ses mains très-saintes, il peut, par un simple abandon, ne laisser à la fausse dévote que Tappui de ses propres forces, et alors on l'entendra gémir dans- des abîmes de péché, où une chute lamentable l'aura précipitée. Que Dieu nous préserve d'un pareil malheur et que sa sainte grâce nous m.aintienne toujours dans un salutaire abaissement!

LA VRAIE DÉVOTION

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