Plena sibi, superplena nobis. » fSt. Bernard
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deurs ont chanté ses pieuses libéralités. C'est, disent-ils, la fontaine intarissable dont les eaux rafraîchissent et réconfortent les âmes altérées et languissantes ; c'est le fleuve de vi? qui traverse le monde et y répand une inépuisable fécondité ; c'est l'océan immense d'où la chaleur du divin amour soulève les nuées propices qui versent sur la terre des torrents de bénédictions. L'Église a résumé tous ses bienfaits en cette invocation : « Mère de la divine 0 grâce, priez pour nous, n
« Elle fut pleine de bienveillance pour tous*. » — « Ses oreilles étaient toujours ouvertes pour ouïr le bien, mais sa bouche était fermée, sinon quand il s'agissait des louanges de Dieu et de l'utilité du prochain 2. > Elle aimait les pécheurs, elle les rapprochait de son Fils et demandait leur pardon. Sa miséri-
, I. St. Ambroise. Liv. II. De Virginibus. (Cité par fe •p. Poiré, dans \aTriple couronne.)
2. Épiphane de Jérusalem : De instituttone , vita et moribus Marix. (Cité par le P. Poiré.)
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corde ne fut surpassée que par la miséricorde divine. Aujourd'hui que l'œuvre de la rédemption est achevée, elle puise sans cesse au trésor infini des mérites du Sauveur, pour satisfaire son inépuisable tendresse et compassion. Les pécheurs la connaissent, et, pour échapper aux coups de la justice divine, ils cherchent un refuge entre ses bras. Qui n'a entendu leurs cris touchants ? « Mère de misé » ricorde , refuge des pécheurs , priez pour » nous. »
Si Dieu lui permit de commander à son Fils, c'est qu'il avait éprouvé la docilité de sa volonté. Un jour, il murmura près de son cœur ces paroles du Psalmiste : t Ecoute, ma fille, et prête-moi ton oreille. Si tu veux que le Roi des rois soit épris de ta beauté, oublie ton peuple et la maison de ton père i. » Marie oublia tout
1. * Audi, filia,et vide et inclina aurem tuam et obliviscere pcpuluni tuiim et domum patris tui, et coii^npiscet rex escoreni tum. » (Ps. 44.)
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pour servir le Seigneur. Préceptes, conseils, avertissements mystérieux, secrètes inspirations, ne la trouvèrent jamais rebelle. Elle était servante du Très-Haut, et sa parfaite obéissance ne fut égalée que par son grand courage dans la tribulation.
Elle souffrait quand, à son Fils naissant dan > un lieu vil et méprisé, au milieu d'une nuit froide et obscure, elle n'avait à offrir que de pauvres langes. Elle souffrait quand, pour le soustraire aux fureurs d'une persécution prématurée , elle l'emportait à travers le désert, dans un pays infidèle. Elle souffrait quand elle essuyait la sueur de son front, et baisait ses mains durcies par le travail de Touvrier luttant contre les envahissements de la misère. Elle souffrait, quand elle voyait les prophéties se nultiplier comme pour menacer de plus près une vie qui lui était si chère. Elle souffrait, quand elle entendait les menaces des pharisiens et les sourdes rumeurs du peuple; mais combien plus quand elle se tenait debout au
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pied de la Croix ! Jésus sentait la mort monter à son cœur, et, d'une voix forte encore malgré ses tourments, il adressait à sa mère les adieux de sa vie mortelle : et sa mère était debout, Stabat Mater, debout pour mieux contempler le travail de la justice divine, debout pour mieux recevoir tout le sang qui tombait des plaies ouvertes de son Bien-Aimé, debout pour mieux consentir à son supplice, debout pour mieux s'unir à son martyre, debout jusqu'au dernier cri qui ébranla et la terre et les cieux.
Quand ce fut fini, quand on remit entre ses bras les restes mutilés et sanglants de son unique amour, son cœur se brisa, comme se brisent les flots de la mer sur les flancs d'un
rocher sauvage ; elle éclata en plaintes amou-
reuses, t Mon très-doux Fils, disait-elle, que vais- je faire sans toi ?... Je ne te verrai plus dans mon humble demeure, je n'essuierai plus la sueur de ton front bruni par le soleil, dans les champs où tu prêchais l'évangile de paix.
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Je ne te verrai plus assis à ma table où ta sainte présence réchauffait mon âme ; je ne m'assiérai plus à tes pieds, je n'entendrai plus ta parole bénie; le doux nom de mère ne retentira plus à mes oreilles. Ma gloire a passé, ma joie est finie, aujourd'hui commence ma triste solitude. — O Père éternel, si bon pour les hommes et si dur pour votre propre Filsl Vous savez de quels flots d'amertume mon cœur a été rempli et quelles tempêtes ont troublé mon âme; vous savez que j'ai enduré autant de morts qu'il y a de plaies et de blessures sur le corps adorable que je presse entre mes bras. Néanmoins, ô Père, bien que je sois la plus affligée des créatures, je vous rends des actions de grâces infinies pour tous mes tourments. Il me suffit que ce soit votre sainte volonté. O Père ! Actions de grâces pareilles et pour l'amour et pour la douleur; que mes larmes vous bénissent et qu'elles louent votre nom sacré i. » — Ainsi
I . Louis de Grenade. MJditatioa du matin pour le samedi, chap. 11.
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Marie se montrait à la fois et la « Mère admi- '> rable » et la « Vierge fidèle. »
Si forte dansl'épreuve, ellenefut point de ces femmes dont les hardiesses trop viriles étonnent plus qu'elles ne touchent, et qui perdent leurs grâces aimables à mesure que croît leur courage. « Elle était simple, et vierge non moins d'âme que de corps, sans feinte et sans déguisement. Rien de hautain dans ses yeux, rien de soudain en ses propos, rien de méséant en ses actions, rien de libre en ses gestes, rien d'affecté en sa démarche *. > — « Elle était éloignée de tout faste et de tout esprit de souplesse, plus que le ciel ne l'est de la terre, ce qui paraissait naïvement en son maintien et en la composition extérieure; car son habit était toujours simple, quoique net, et sans autre teinture que la laine dont elle se vêtait. Vous
I. St. Ambroise. Liv. II. De Virginibus, (Cité parle P. Poiré dans sa Triple couronne.)
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eussiez dit que sa robe était celle de la modes tie même, si bien qu'elle s'accordait avec la bienséance dont elle était parée au dedans l. » c On remarquait en elle un merveilleux accord de la douceur et de la majesté. Sa douceur forçait tout le monde à l'aimer, sa gravité jetait l'âme de ceux qui la voyaient, dans un saisissement plein de respect et de vénération. Bien qu'elle se rendît affable à tous par les charmes de sa conversation, c'était néanmoins avec une honnêteté si pleine de pudeur, qu'on découvrait aisément à la couleur de son visage la disposition intérieure de son âme 2. >
t Elle eut son temps pour se taire et son temps pour parler3. « — Elle était non moins discrète en sesactions qu'en ses paroles. Son âme , amoureuse de la perfection divine, préférait le saint repos de la contemplation, que Jésus a appelé la
1. Épiphanede Jéru-.alem. De institutione, vita et monbusMarice. (Cité par le P. Poiré.)