‹ Oraison funèbre du comte de Frontenac [microforme]Chapitre 5 sur 9 · EME F COM · texte numérisé non relu

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de cette colonie. Eh! que scavons nous, Mrs, si Dieu ne lui ôta point ce cher fils, l'unique héritier de tant de vertus paternelles que la mort arrêta (1) à l'entrée d’une carrière qu'il alloit fournir glorieusement ? Que sçavons-nous, dis-je, si Dieu ne lui ôta point cet enfant pour substituer en sa place toute la tendresse et toute l'exa2titude de cette vigilance paternelle.

Faut-il être désintéressé ? Quel autre gouverneur put jamais dire avec plus de vérité que le nôtre ces paroles de Samuel (37) au peuple de Dieu (L. des Reï C, 12) : “Le Seigneur m'est témoin que vous n'avez ‘ien trouvé en moi que l’on me puisse reprocher, 1€:k 2 devant le Seigneur et devant son Christ si J'ai, slet. .£ ou l’âne de personne par de faux crimes, si me suis laissé corrompre par les présents et si j'ai jamais opprimé la veuve ou l'orphelin.” Ce gränd homme n’a jamais fait de pauvres (38) mais il en a nourri plusieurs et la .atière de ces aumônes fut ce qu’il retrancha de sa dépense, d’une main il essuyait les larmes des affligés et de l'autre il mettoit un voile sur leurs afflictions, il entroit par une charité tendre, mais discrète, de ceux qui n'étant pas accoutumés à la misère, rougissoient de la découvrir, aimant mieux de la souffrir en silence que de la découvrir avec un peu de honte. Il la leur épargnait en prévenant leurs demandes et n’exigeant d'eux que le secret pour reconnaissance. Ce n’est point ici, Mrs, une idée de vertu imaginée dont je prétende faire honneur à mon héros; je pourrois vous dire avec l’apôtre parlant de luymême : Scio hominem (39), je connoïs un homme qui dans le peu de temps qu’il la pratiqué en a vu des marques et Dieu sçaïit que je ne ment pas. Ce Dieu de justice et de vérité fut le témoin de sesaumônes comme il fut l’objet de sa piété. Cette dévotion qui, selon St. Augustin, convient à ceux qui ont le commandement des peuples consiste à ne rien faire contre et à faire tout pour la gloire de la religion. Jls ont besoin pour cela de

(1) Tué à la tête d’un régiment qu'il commandait au service de l'évêque de Munster, allié de la France.

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cette droiture d'esprit et de cette docilité de cœur que Salomon (®) demandait à Dieu. La droiture d'esprit leur est nécessaire pour connaître ce qu’ils doivent à Dieu et ce qu'ils doivent à César: ce que l'intérêt public demance et ce que la conscience permet. La docilité de cœur leur est nécessaire pour se conduire selon ces connoissances.

Je touche ici un endroit, Mrs, qui mérite d'autant plus votre attention qu'il regarde ce pays plus en particulier. Une fâcheuse expérience (40) nous convine que l'avidité naturelle que les sauvages ont pour l’eau de vie les porte toujours à des excès qui les rendent aussi intraitables sur les choses de la rcligion que faciles à accorder tout ce qu’on leur demande en échange de cette liqueur. Comme ce commerce est opposé au christianisme et injuste du côté des négociants qui se prévalent de la stupidité de ces barbares qu'ils abrutissent par cette excessive boisson, le roi qui dans l'établissement de cette colonie n’a rien eu plus à cœur que la conversion de ces infidèles, a défendu la traite de l’eau de vie avec eux, Le comte de Frontenac qui la regardoit comme nécessaire pour rendre le trafic plus grand et plus abondant avoit paru la favoriser. Mais enfin sentant bd cher ce fatal moment où la vérité se découvre pour l’ordinaire à l’esprit dans tout son jour, a reconnu que le transport de cette liqueur a causé de très grands maux à cette église naissante et à la colonie et fâché d’avoir en cela commis son autorité à des gens qui en ont abusé, a professé que si Dieu ne le retirait pas de ce monde il agirait avec plus de circonspection. C'est ainsi, Mrs, que l’on revient de ses prétentions et qu’on en revient sans honte lorsque la doit d'esprit et la docilité de cœur sont appuyées sur un fond de religion. N'attendez pas que je vous fasse ici un fidèle récit de ses dévotions (41) ordinaires, de ces heures passées à répandre son cœur en la présence de son Dieu dans ce st. temple qu'il a choisi pour le lieu de sa sépulture, s’estimant heureux de (1) Dabis servo tuo cor docile. 3, L'vre des Rois, CO, 8,

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