PRES 1, ES
mieux dire, ce char de triomphe flottant qui ramenait le désiré des nations. Les illuminations dissipèrent les ténèbres de la nuit, tandis que les acclamations troublèrent son silence et sa tranquilité. Les rochers qui bordent ce vaste fleuve (!) en retentirent et leurs échos par une succession et fidelle répétition prévinrent dans es lieux éloignés la diligence de ceux qui portaient une si agréable nouvelle. Je m'apperçois que le souvenir de cette joie vous fait pleurer celui qui vous la causa, Je n’entreprendrai pas d'essuyer (36) vos larmes ne pouvant moi-même arrêter les miennes. Après tout, elles sont justes et jamais peuple n’en versa pour un meilleur “bn tas Quand je parle ici de la bonté du comte e Frontenac, ne vous figurez pas, Mrs, une bonté qui vienne de manque d’esprit et de courage, qui ne se sent pas ou qui-se néglige. II fut bon par vertu non pas par faiblesse. Cette vertu ne fut pas en lui 1n effet de son tempérament, ou si elle en fut un nous pouvons suivant la doctrine de S, Augustin regarder en lui le bon naturel comme une espèce de don (?) surnaturel qui étoit un effet anticipé de la grâce et une prochaine disposition à la vertu. La bonté dont je parle n’est pas précisément cette vertu qui rendoit notre sage gouverneur affable, facile, complaisant, compassif et indulgent. Elle faisoit, il est vrai, une partie de son mérite, mais elle ne l'achevoit pas. La bonté que je loue étoit comme une vertu générale qui comprenoit toutes habitudes de la charité et de la piété chrétiennes. Celle-là lui forma des entrailles de Père pour les peuples et celle-ci lui donna un cœur droit devant le Seigneur. :
Faut-il dans une administration publique avoir cette sollicitude dont parle St. Paul qui applique uniquement ceux qui en sont chargés à remplir tous les devoirs de leur état. Jamais Père tendre et passionné pour sa famille travaillait-il avec plus de soin à son établissement que le comte de Frontenac pour le progrès et la félicité
(1) Le fleuve St-Laurent qui passe à Kébec.
(2). Divinum naturaliter munus,