DE M. LE TELL1ER
seins , vos prétentions et vos fortunes , si vous ne les soutenez par vos bonnes œuvres, et si vous ne préparez comme lui par vos prières, par vos larmes, par l’usage des sacrements , une mort qui ne laissera pas un long espace à la correction et au repentir, ou à la sanctification de vos âmes.
Comme il avoit vécu sans passions, il mourut tranquille. Il n’y eut point dans son esprit de foiblesse à ménager. La chair et le sang n’amollirent pas son courage. La mort ne lui fut pas amere, parcequ’il n’avoit pas mis sa paix dans ses prospérité* ni daus ses richesses. On n’eut pas besoin de chercher pour lui ces tours ingénieux qui ne font entrevoir aux malades le danger où ils sont qu’au travers de feintes promesses, ou de vaines espérances de guérison. Il ne fallut pas emprunter la voix d’un prophète inconnu pour lui dire comme à Ezéchias (i) : « Vous mourrez. » Un fils osa rendre ce triste et charitable office à son pere ; et la fidélité de l'un fit voir la résignation de l’autre.
Il reçut saus trembler la réponse de mort, comme parle l'apôtre (2). Ou vit en lui cette tristesse de pénitence qui opéré le salut , et non pas cette douleur d inquiétude et d'abattement qui porte au péché; une confiance sans présomption, et une crainte saus foiblesse, une sublimité chrétienne, sans aucun mélange de vauité philosophique, d’autant plus dangereuse à l’extrémité de la vie, que l’homme, pré» d être jugé, doit s’humilier davantage devan* son juge.
(1) 4 Rie. ao, 1. — (a.) a Coi. a.
iga OR. FUN. DE M. LE TELL1ER.
Que si le commerce des hommes et la dissipation de l'esprit, inévitables dans les grands emplois, ont laissé quelque impureté dans une vie aussi sage et aussi chrétienne, achevez , mon Dieu, de purifier par le sang de votre Fils cette arue que vous avez conduite dans les voies de la vérité et de la justice , et que vous avez élue pour jouir sans fin de votre amour et de votre gloire.
Sacré ministre de Jésus-Christ (i), qui, dans la chaire évangélique, avec une éloquence vive et chrétienne , avez, avant moi, consacré la mémoire immortelle de ce grand homme , achevez d’offrir pour lui cette hostie innocente et pure qui lave les péchés et les fragilités du monde (a). Peuple, qui ressentez encore les effets de son exacte équité , reprenez le cantique qu’il avoit commencé des miséricordes éternelles. Et vous, vaillants et malheureux guerriers qui , dans cet hôtel royal , traînant le» restes de vos corps au pied de ces autels , attendant avec patience une mort que vous avez si souvent bravée, sacrifiez au Dieu de la paix les lauriers que vous avez cueillis daus les armées, et faites des malheurs de votre ambition et de votre gloire les fruits de votre pénitence, redoublez, pour son repos éternel, ces vœux ardents que vous avez si souvent faits pour une vie si utile et si précieuse.
(l) M. Bossuet , évêque de Meaux, officiant. — (9.) Misericordias Domiui in æteruuin cantabo. Ps. 88, 1.