‹ Oraisons funèbres de Fléchier, suivies de celles de TurenneChapitre 24 sur 58 · DE M. LE TELLIER · texte numérisé non relu

DE M. LE TELLIER

soutient les droits avec fermeté? Perdit-il une occa sion, ou de maintenir ses privilèges, ou de pacifier ses différents, ou d’appuyer sa discipline, et même d’étendre sa foi sur le débris heureux et inespéré de l’hérésie?

Quel spectacle s’ouvre ici à mes yeux, et où me conduit mon sujet! .le vois la droite du Très-Haut changer, ou du moins frapper les cœurs, rassembler les dispersions d’Israël, et couper cette haie fatale qui séparoit depuis long-temps l’héritage de 110s freres d’avec le nôtre. .Te vois des enfants égarés revenir en foule an sein de leur mere ; la justice et la vérité détruire les œuvres de ténèbres et de mensonge; nne nouvelle église se former dans l'enceinte de ce royaume; et l’hérésie, née dans le concours de tant d’intérêts et d’intrigues, accrue par tant de factions et de cabales, fortifiée par tant de guerres et de révoltes, tomber tout d’un coup, comme un autre Jéricho , an bruit des trompettes évangéliques et de la puissance souveraine qui l’invite ou qui la menace.

Je vois la sagesse et la piété du prince, excitant les uns par ses pieuses libéralités , attirant les autres par les marques de sa bienveillance, relevant sa douceur par sa majesté, modérant la sévérité des édits par sa clémcuce, aimant ses sujets et baissant leurs erreurs, ramenant les uns à la vérité par la persuasion, les autres à la cbarité par la crainte : toujours roi par autorité, et toujours pcre par tendresse.

H 11e rrstoit qu’à donner le dernier coup à celle ecte mourante ; et quelle main étoit plus propre à ce

i yo ORAISON FUNEBRE ministère que celle de ce sage chancelier, qui, dans la vue de sa mort prochaine, ne tenant presque plus au inonde, et portant déjà l'éternité dans son cœur, entre l’espérance de la miséricorde du Seigneur, et l'attente terrible de son jugement, méritoit d’achever l’œuvre du prince, ou, pour mieux dire, l’œuvre de Dieu, en scellaut la révocation de ce fameux édit qui avoit coûté tant de sang et tant de larmes à nos peres? Soutenu par le zele de la religion plus que par les forces de la nature, il consacra par cette sainte fonction tout le uiérite et tous les travaux de sa charge.

On vit couler de ses yeux, que sa foi seule sembloit tenir encore ouverts, ces larmes heureuses que tiroicut de son cœur attendri la piété du roi et la réunion de sou peuple. On vit tomber de leur propre poids ces mains fatales à l’erreur, qui ne dévoient plus servir désormais à aucun olJice humain et terrestre. 11 recueillit son ame; et, voyant avec joie le salut du Seigneur et la révélation de la vérité répandue dans toute la France, il acheva le sacrilice de cette vie mortelle, dont il avoit eu , sans émotion et sans crainte, l’affreux appareil présent depuis plusieurs jours.

11 l’ avoit bien connu, messieurs, que cette dignité et cette gloire douton l’houoroit n'étoil qu'un titre pour sa sépulture. Au milieu des grandeurs liuinuines, il en découvrit le néant : il se vil mortel, et se sentit tel que nous le voyons aujourd’hui. Illustres tètes qui m’écoutez, voyez cette pompe funèbre, lisez ces tristes caractères qui font l’éloge île ce ministre , et apprenez où doivent aboutir vos des-

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