‹ Oraisons funèbres de Fléchier, suivies de celles de TurenneChapitre 52 sur 58 · ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

ROI DE FRANCE

prononcée dans la Sainte-Chapelle de Paris.

Ecce magnus effectus sum , et pr.vcessi omnes sapientii qui fuerunt ante me in Jérusalem... et agnovi quod in bis quoque esset labor, et afflictio spiritûs.

Je suis devenu grand ; j ’ai surpassé en gloire et eu sa gesse tous ceux qui m’ont précédé dans Jérusalem ; et j’ai reconnu qu’en cela même il u’y avoit que vanité et affliction d’esprit. Ecoles, i, 16, 17.

Dieu seul est grand, mes freres, et dans ces derniers moments sur-toat où il préside à la mort des rois de la terre : plus leur gloire et leur puissance ont éclaté, plus, en s'évanouissant alors, elles rendent hommage à sa grandeur suprême : Dieu paroi t tout ce qu’il est ; et l’homme n’est plus rien de tout ce qu’il croyoit être.

Heureux le prince dent le cœur ne s'est point élevé au milieu de ses prospérités et de sa gloire ; qui , semblable à Salomou , n’a pas atteudu que toute sa grandeur expirât avec lui au lit de la mort , pour avouer qu’elle n’étoit que vanité et affliction d’esprit ; et qui s’est humilié sous la main de Dieu, dans le temps même que l’adulation sembloit le mettre audessus de l'homme !

Fi.f.cniER . a. j3

Oui, mes frères, lu grandeur et les victoires du roi que nous pleurons ont été autrefois assez, publiées : la magnificence des éloges a égalé celle des évènements; les hommes out tout dit, il y a longtemps , en parlant de sa gloire. Que nous reste-t-il ici que d’en parler pour notre instruction?

Ce roi, la terreur de ses voisins, l’étonnement de l’univers, le pere des rois, plus grand que tous ses ancêtres, plus magnifique que Salmuon dan» toute sa gloire, a reconnu , comme lui, que tout étoit vanité. Le monde a été ébloui de l’éclat qui l’cnvironnoit; ses ennemis ont envié sa puissance; les étrangers sont venus des isles les plus éloignées baisser les yeux devant la gloire de sa majesté; ses sujets lui ont presque dressé des autels ; ot le prestige qui se fermoit autour de lui n’a pu le séduire luiicêrnc.

Vous l’aviez rempli , ô mon Dieu, delà crainte de votre nom ; vous l’aviez écrit sur le livre éternel , dans la succession des saints rois qui dévoient gouverner vos peuples ; voua l’aviez revêtu de grandeur et de magnificence. Mais ce u’étoit pas assez ; il falloit encore qu’il fût marqué du caractère propre de vos élus : vous avez récompensé sa foi par des tribulations et par des disgrâces. L’usage chrétien des prospérités peut nous donner droit au royaume des cieux ; mais il n’y a que l'affliction et la violence qui nous l’assurent.

Voyons-nous des mêmes yeux, mes frères, la vicissitude des choses humaines? Sans remonter aux siècles de nos peres, quelles leçons Dieu n’a-t-il pas données nu nôtre? Nous avons vu toute la race

DE LOUIS-LE-GRAND. 2i5 royale presque éteinte ; les princes, l’espérance et l'appui du trône , moissonnés à la (leur de leur âge ; l'époux et l'épouse auguste, au milieu de leurs plus beaux jours, enfermés dans le même cercueil, et les cendres de l’enfant suivre tristement et augmenter l’appareil lugubre de leurs funérailles ; le roi, qui avoit passé d’une minorité orageuse au régné le plus glorieux dont il soit parlé dans nos histoires , retomber de cette gloire dans des malheurs presque supérieurs à ses anciennes prospérités, se relever encore plus grand de toutes ces pertes , et survivre à tant d’évènements divers pour rendre gloire à Dieu , et s’affermir dans la foi des biens immuables.

Ces grands objets passent devant nos yeux comme des scenes fabuleuses : le coeur se prête pour un moment au spectacle ; l’attendrissemeut finit avec la représentation ; et il semble que Dieu n’opere ici-bas tant de révolutions que pour se jouer dans l’univers , et nous amuser plutôt que nous instruire.

Ajoutons donc les paroles de la foi à cette triste cérémonie, qui sans cela nous prècheroit en vain : racontons non les merveilles d’un régné que les hommes ont déjà tant exalté, mais les merveilles de Dieu sur le roi qui nous est ôté. Rappelons ici ses vertus plutôt que ses victoires : montrons-le plus grand encore au lit de la mort qu’il ne l’étoit autrefois sur son trône, dans les jours de sa gloire. N’ôtons les louanges à la vanité que pour les rendre à la grâce ; et quoiqu’il ait été grand , et par l’éclat inoui de son régné , et par les sentiments héroïques de sa piété, deux réflexions sur lesquelles va rouler ce devoir de religion que nous rendons à la mémoire

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Je très haut , très puissant et très excellent prince, Louis XIV Ju nom, roi de France et de Navarre, ne parlons de la gloire et de la grandeur de son régné que pour en montrer les écueils et le néant qu'il a connu ; et de sa piété, que pour en proposer et immortaliser les exemples.

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