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Oraisons funèbres de Mgr. Bourget [microforme]

En présence de celte vie éteinte à laquelle se rattachent tant de souvenirs et de grandeurs ; en face de la dépouille mortelle de ce Pasteur, de ce Pontife qui pendant un demi-siècle a comme tenu en ses mains les plus graves intérêts du Canada ; devant cette figure inanimée qu’environne encore je ne sais quel rayonnement surnaturel ; au milieu de cette assistance empressée et émue, de cette pompe lugubre et de ces manifestations extérieurés qui semblent plutôt un triomphe que l’expression d’un tribut payé à la mort, on se demande ce qui doit l'emporter dans l’âme de l’admiration ou de la douleur, et on sent l'impuissance où l’on est de dire tout ce que renferme d’extraordinaire cette longue carrière de quatre-vingt-cinq ans, cet illustre sacerdoce de soixante-deux ans, ce prodigieux épiscopat de près de quarante-huit ans.

L: digne Prélat, faible de corps, mais doué d’une organisation intérieure peu commune, avait reçu de

Dieu une puissance d’action, une force d'un ordre supérieur, qui le rendit capable des entreprises les plus diverses et les plus difficiles :

Dedit ipsi Deus ‘ortitudinem.

Celte merveilleuse puissance que révéla en lui l'influence incroyable qu'il ne cessa d'exercer sur Îles hommes et sur les événements de son époque, il l’a conservée jusqu'au fond de sa retraite solitaire, jusqu'au dernier jour de sa vieillesse : ef usque in seneclulem permansil ii virtus ; etil en fait encore sentir les remarquables effets, après sa mort: Permansil illi virlus.

C'est cette force secrète et irrésistible qui au cri : Mox- SEIGNEUR BOURGET EST MORT, à soudain remué toute cette grande cité, tout ce vaste diocèse, toute: cette province. C'est cette force qui a ébranlé vos cœurs, qui de toutes parts, de toutes conditions, de tout âge vous a attirés en nombre immense vers ces restes mortels et qui, en ce moment, sous ces voûtes sacrées, parmi ces emblèmes de deuil, vous tient pressés, silencieux, autour de ce cercuei}, dans l'attitude d'\respect, de la reconnaissance et de l'amour, avec un indicible mélange de douleur et d'enthousiasme: Permansit ili virtus.

Cette force surhumaine élevant notre Pontife à une hauteur où le regard ne peut plus l’atteindre, sans que l'admiration vienne s'ajouter à la vénération, rehausse par là tout ce qu’il est et tout ce qu'il a fait,et imprime la grandeur à sa personne comme à ses actes.

Monseigneur Bourget fut vraiment grand. Il fut grand dans ses vertus, il fut grand dans ses œuvres. Ët c’est ce double caractère de grandeur que nous nous proposons de faire ressortir dans ce discours :

Grandeur dans les vertus, Grandeur dans les œuvres.

O Pontife vénéré, ce que nous allons rapporter de vous, dans l’effusion de notre âme, sera loin de répondre à la valeur de vos mérites, mais votre noble vie parle elle-même si haut et rayonne d’un si pur éclat que l’impression qu’elle a déjà formée depuis longtemps dans les cœurs suppléera, nous l’espérons, à l'imperfeclion du tableau que nous essaierons de retracer,

Sur la rive méridionale du Saint-Laurent, à la Pointe- Lévis, en face de Québec, se voit encore la modeste demeure où prit naissa ce le jeune sous-diacre que Pillustre archevêque de Québec, Monseigneur Plessis, anvoya remplir les fonctions de secrétaire auprès du premier évêque de Montréal, Monseigneur Lartigue, et qui devint le très-célèbre Evêque Ignace Bourget, assistant au Trône Pontifical, et plus tard archevêque de Martianopolis,

L'humble et pieux secrétairè se fit remarquer par des qualités d'intelligence et de cœur qui lui méritèrent de monter à pas rapides jusqu'aux gloires de l’Episcopat et bientôt de recevoir, aux acclamations de tous, l’hérltage du digne et vénéré Prélat à l'ombre duquel il avait grandi chaque jour en toutes sortes de perfections.

Ce fut surtout quand cet héritage sacré eut été mis en sa possession et qu'il eut à soutenir lui-même tout le poids de ce redoutable fardeau, que se révélèrent toutes les richesses cachées au fond de son noble et vaste cœur.

Nous n’entreprendrons pas de vous dire tous les dons de nature qui faisaient l’ornement de ce Pontife, de vous représenter ce qu’il avait de doux et de pénétrant dans le regard, de simple et de modeste dans lattitude, de vous peindre ce reflet du ciel qui paraissait sur son front, ce sourire d’innocence et de paik. qui donnait tant de charme à son visage angélique, ce’Cüractère aimable, affectueux et bienveillant, toute cette physionomie empreinte de bonté et d'énergie et cette rare facilité à accueillir indistinctement les grands et les petits, les riches et les pæuvres, avec une patience et une aménité qui ne connaissaient point de lassitude,

Laissons à d’autres le soin de rassembler et de décrire ces traits extérieurs.

D'une imagination heureuse, d’un cœur aimant, se plaisant à couvrir tous les défauts et invariablement idèle dans ses amitiés, d’un esprit facile, vif et clairvoyant, d’un amour pour l'étude et d’une capacité de travail s'étendant à tout et queles longues veillées de la

nuit, même après les journées les plus abaorbantes, pouvaient-à peine satisfaire, Monseigneur Bourget, qu'on croyait avoir fait le vœu de ne jamais perdre aucun instant, jouissait d’une fermeté de résolution et dune puissance d’activité dépassant les limites ordinaires.

Rien n'était beau comme de le voir se multipliant à l'infini, faisant face à tous ses devoirs, se prodiguant dans ses visites pastorales à tout le monde, et employant le temps du sommeil à ses correspondances, puis de retour à son 6vêché, passant des occupations les plus graves aux moindres services de la charité, allant sans cesse da son bureau au parloir, quittant la rédaction d'un mandement pour répondre à un vieillard dans la peine, à une pauvre femme des faubourgs, laissant en suspens les questions les plus sérieuses pour descendre enseigner le catéchisme aux enfants et leur expliquer l’'évangile appris pendant la semaine, et se faisant ainsi à toutes les situations les plus diverses, les plus opposés avec une liberté d'esprit, une sérénité de visage el une égalité-d’âme qu'on chercherait en vain à décrire, C'était un spectacle unique, véritable objet de ravissement, pour tous ceux qui en étaient témoins.

Les nombreuses courses pastorales que, malgré ses incessantes infirmités, il fit en tous sens dans son immense diocèse, ne parvinrent pas à épuiser cette infatigable activité, Toujours, comme sous l'empire d’une volonté toute puissante, sa vigueur renaissait quand s'élevait la voix du devoir, Et alors les distances ellesmêmes, les ” lus grandes, s’effacaient à ses yeux ; l'Océan et se mpêtes n'avaient plus pour lui rien d’effrayant, et les traversées, si laborieuses qu’elles fussent à son frêle tempérament, ne pouvaient mettre obstacle à ses déterminations. Comme autrefois le grand Apôtre il voulait voir Pierre, il avait besoin de voir Pierre. Son œil aspirait à se rassasier de cette vision sensible de la vérité, Il fit sept voyages en Europe et huit à Rome. Mais ces voyages étaient autant de pèlerinages qu'il accomplissail sans jamais se détourner de sa route, Et toujours il en revenait plus rempli de foi, plus attaché au Pape.

tes, get, “dre n et rdi-

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de lus ans ion s la ten dre uer ant us

de ain , de

Les souvenirs du catholicisme, qu'il avait puisés à leur centre et à leur foyer, lui servaient à féconder ses pensées, à nourrir ses conversalions, à enrichir ses lettres pastorales et ses mandements, au nombre de plus de trois cents et dont plusieurs resteront comme des gloires pour l’épiscopat canadien,

Où trouver plus de force, plus de puissance d'action, plus de courage et plus d'amour du devoir que dans le d eloppement de cette vie d'apôtre ?

Aucun pinceau ne pourrail rendre sous ses vraies couleurs cette étonnante physionomie, cet homme aux convictions profondes, d’une conscience intègre, d'une pureté de vue hors de discussion, d’une capacité d'action incroyable, d’un esprit d'entreprise ne connaissant de limites ue dans son amour pour Dieu et pour son diocèse ; âme de feu dans une constitution faible et délicate, volonté infrangible unie à une inaltérable douceur, invincible énergie jointe à une bonté inépuisable, modestie surprenante el cependant courage ne comptant jamais avec les obstacies, tout celà n’est qu'un pâle rayon de cette grande figure historique, de ce prélat qui a exercé sur ses contemporains un ascendant, un prestige dont on n’a pas encore mesuré toute l'étendue, de cet Evêque qui fut sans contredit, pour l’Eglise du Canada, l'homme le plus considérable et le plus prodigieux de son sièele,

Mais ce qui‘relavait ces brillantes qualités naturelles de Monseigneur Bourget, c'est que la puissance intérieure qui, en lui, mettait tout en mouvement, alla s'alimenter à des sources supérieures, aux sources pures de la foi, aux sources de cette foi divine que décrit .siadmirablement saint Paul et qui rend capable de si merveilleux effets, de cette foi qui illumine, élève, agrandit, de cette foi qui enrichit les facultés et transforme la.nature, qui fait le juste et fait l'homnie de Dieu.

Monseigneur Bourget vivait de cette foi pure, active, iumineuse, ardente ; elle lui communiquait cette extraordinaire énergie qu'on a peine à s'expliquer , elle l’établissait dans ceile sphère surhumaine où les pen-

sées éclairant son âme et les horizons se déroulant à

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ses regards, ont plus d’une fois par leur hauteur ou leur étendue, déconcerté les calculs et les raisonnements du monde ; elle le tenait uni à Dieu, plongé en Dieu, en commerce hebituel avec Dieu, n'ayant (d'aspiration, d'intention et, si j'ose dire, de passion que pour Dieu ; elle en a vraiment fait un homme de Dieu, un homme pouvant s'écrier avec saint Paul: ma vie u’est ni sur la terre ni pour la terre, mais se passe tout entière dons les régions de l'éternité : Nostra conversalio in cœlis est. (Philip. 3.)

Aussi qui n’a pas admiré en notre auguste Prélat cet amour, ce besoin, cette habitude de la prière par où se reconnait toujours sûrement l’homme de Dieu ? Qui n’a pas été frappé de son grand esprit de religion dans toutes ses fonctions épiscopales ; de son exactitude et de son pieux respect à l'égard des moindres règles liturgiques ; de sa gravité et de sa dignité au saint autel et dans les cérémonies sacrées ? Comme alors son visage paraissait se transfigurer et son âme se tenir au ciel, tandis que, sous les vêtements pontificaux, il remplissait si parfaitement les rites divins de la Sainte Eglise.

Quelle majesté ! s'écriait quelqu'un le voyant pontifier aux funérailies de l’ancien et remarquable archevêque de Québeé, quel spectacle ! et ce cri spontané de lémotion ne faisait que traduire ladmiration qui s'était alors emparée de toute l'assistance,

Et sa piété ! qu'on était touché en la contemplant si aimable et si onctueuse ; en respirant cette. bonne odeur le Jésus-Christ que partout elle répandait autour de lui; en subissant le charms indicible dont elle pénétrait toutes ses exhortations, tous ses discours, toutes ses conversations ef jusqu'à ses moindres relations. Piété aussi tendre que solide, il ne pouvait asséz en suivre les douces tendances : longues heures dans le recueillement et l'amour en présence du sacrement adorable de nos autels ; visites fréquentes et pleines d’ineffables délices dans les sanctuaires consacrés à la très sainte Vierge ; pratique filiale de déposer, avant de les publier, ses lettres pastorales et ses mandements aux pieds de Marie Immaculée, comme une offrande à la Mère de Dieu ; inénarrables effusions de foi et de

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ents Jieu, tion, jeu ; nine t ni tière 0 in

4 cel JÙ Se li n’a Jutes > son ques ; dans ) paciel, 1plislise.

tifier ôque émoalors

ant onne tour JénébuLes On.

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de

irité devant les reliques des martyrs et des saints ; ce n'était pas assez pour répondre à son insatiable besoin épañchement e& d'amour, et ls matin, longtemps avant

premières clartés du iour, où le soir bien avant dans

la nuit, quand 1out sommeilsit, quand personne ne bouvail surprendre les secrets de sa veriu, 118 agenouL!Ialt à chaque station du chemin de la croix, médi 14 la passion du Sauveur, ei faisant ainsi son pèleri 26 du Cœur.

urtout qui n'a été ravi de sou inébranlabie confiance | Dieu ? de cette imperturbable paix avec laquelle, énétrant les desseins de la “egesse éternelle, adorant main de Dien au fond de tous les # leMments, 1) 1, SUT S4 puissance infinie autant JUuG SAT SOn ondable amour, il défiait toutes les épreuves, affronlait toutes les difficultés, se jouait des impossibilités hu maines &i derseurait forme dans set} rojets, parfois seul

tn ; 4 ARE LAS ue TPE Se 4 van lit

contre tous, DOUrFVU qu'il SUr Que jLJIOU OLA AVEC I on bon cœur s'attristait de la conduite des mondains, ui ne s'appuient que sur Jeurs richesses et sur eux-

mes. Et un incendie étant venu tout à coup détruire

un de leurs plans les mieux concertés : Ah ! s'écriataik

se glorifiaient de leurs avantages temporels at voilà pourquoi la main de Dieu tout ranversé en an instant ! }} curribus et hs in enuis : MAIS pour néaus, noùs

LLONS noire JSperance ei LIEU ; 710$ rulerm in nomine ni, et Dieu ne nous fera jatnais défaut {l'est pourjuor en lémoignage perpétue; d6 celle ivine Contlance,

ulut que son œuvre de prédilection portât le nom de nidence

(Giu'ellas sont belles, mes frères, les manifestations de présence surnaturelle de Dieu dans uh cœur dogile à ice; qu'il est grand noire Evêque ! grand par sa grand dans son union avec l'Intini: quells religion, ai esprit de prière, quelle piété, quelle confiance en

Dieu ! c'est la grandeur surnaturelle envisagée dans ses effets du côté de l’éternit

Mais comme on ne peut s'élever à Dieu sans ‘quitter la terre, l'union à Dieu considérée sous ce nouvel aspect

es

produit trois autres. effets dans l'âme, Elle détache «

t L'o ” ç A sn 1? N CUS ‘A0 Ci monde Dar :6 désintéressement 8 a dés

tache de l’entrainement des sens par la mortification ; te

elle détache des séductions de l'orgueil par l'humilité. .

Oh ! Pontife vénéré, que nous retrouvons admirable- p

ment ces merveilleux effets dans votre belle et sainte sé

existence | Lo

Ah ! le Sage se plait à mettre un homme désintéressé a

parmi les prodiges du monde et il le regarde comme D

le plus heureux et le plus innocent des hommes : Bealus lu

qui inventus est sine maculä el qui post aurum non à

abiil, nec speravil in pecunid et thesauris. Ecclé. ve

31, 8. Où est-il et où le trouver? Quis est hic? Nous el

le comblerons de louanges quand nous l’aurons trouvé : | se

Et laudabimus eum. Car sa vie est un miracle: fecil e

enim mirabilia in vild sud. ét

Cet homme désintéressé, ce prodige, ce miracle, dont se

parlent les saintes Lettres, nous l’avons trouvé, mes ét

frères. C’est l’illustre Pontife dont les restes semblent re

encore respirer la vie au milieu de nous. Qui n’a connu ° fre

son détachement des biens de la terre? la simplicité : po

de tout ce qui servait à son usage? simplicité dans tre

ses vêtements, simplicité dans son ameublement, simpli- A

cité et détachement poussés si loin que lui, qui d'un | l'a

5 signe faisait s'ouvrir toutes les mains et toutes les su bourses, plus soucieux de Ja perfection évangélique qu

. que de son bien-être en ce monde, pauvre durant sa mi

vie et pauvre à sa mort, infatigable à réclamer des au- . mi

mônes pour la gloire du- culte, pour la cause du Pape e. | la

et de l’Eglise, pour le soulagement des malheureux,

mais constamment oublieux de lui-même, ne possédait

| rien en propre et s'était fait une loi de ne jamais porter les k. aucun argent. Gol E 40 ”. Il revenait de Kingston ; il perd son passage à Corn- Un | wall ; quatre lieues le séparent de la station à laquelle | el | x | il lui faut parvenir, Que fera-t-il ? Il est sans argent, il Lot Ke n’a pas même la modique pièce de monnaie dont n’est fer he | pas toujours dépourvu le dernier des pauvres; à la ch [AN manière des apôtres, qui ont tout quitté, le saint les ti Evêque se met à cheminér, faisant à pied sa route de il © Feu quatre lieues, priant et bénissant Dieu ; et quand il ar- im]

(4 rive à Montréal à dix heures du soir, il est depuis nal 1 quatre heures du matin sans avoir encore pris de nour- a 8

| riture. *

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e88é nme alus non celé.

Vous 1VÉ :

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dont mes ent nnu icité dans nolid'un les ique t sa auape UX, dait brter

ornelle t, il est à la

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Dur-

Si son désintéressement fut grand, que dire maintenant, à en juger par ce trait, de sa mortification ? Quelle puissance sur lui-même, quelle sévérité pour sa propre personne, avec quel empire ne tenait-il pas sous sa main tous les emportements, toutes les saillies, toutesles émotions de la nature. Ne semble-t-il pas qu’il avait fait avec son corps le pacte de, ne jamais rien accorder à ses aises, encore moins à ses caprices, de lui retrancher même du nécessaire, et qu’il se plaisait à disposer de cejcorps comme d’un objet étranger, souvent même à le traiter en ennemi? Partout se trahissait en Monseigneur son irrésistible attrait à dompter ses sens pour mieux appartenir à Dieu. Sa sobriété était . exemplaire, ses jeünes se multipliaient, ses privations étaient continuelles; s’il s’asseyait, c’étuit sans s’adosser, s'il priait, il évitait tout appui; ses occupations étaient sans trêve ni répit; les récréations, le jeu, le repos lui étaient inconnus; la maladie elle-mème, si frequente dans cet organisme épuisé de travail, ne pouvait l'emporter sur cette volor : souveraine qui trouvait dans les souvenirs de la : .;sion de Jésus- Christ le secret de se jouer avec la douleur. Et quand l'accablement physique de la souffrance l’obligeait à subir les secours de l’art, alorsrien n'était plus édifiant que sa patience, il ne savait ni se plaindre ni murmurer, ct ne songeait qu’à témoigner de sa docile soumission à ce qui devenait pour lui le signe extérieur de la sainte volonté de Dieu.

Quand l’homme de Dieu à vaincu le monde et vaincu les plaisirs des sens, tout r’est pas fini, il lui reste encore à se vaincre lui-même en ce qu'il a de plus intime et de plus personnel, à vaincre son amour-propre et son orgueil. Sainte humilité, c’est là Lon ouvrage et ton triomphe ! Que cette vertu du ciel, mes frères, était ferme et profonde en notre auguste Prélat ! Comme il cherchait, par une sorte d’inclination secrète, à fuir les regards, comme il était insensible à l’opinion, comme il aimait à s’isoler des spectacles humains, avec quelle impénétrable discrétion il taisait tout ce aui le concernait, quelle habileté n’avait-il pas à renvoyer toujours à son peuple, à son clergé, le mérite des œuvres au

sujet desquelles on ne pouvait s'empêcher de Jui adresser de justes louanges. Le sentiment de son indignité, qu'il exprima en termes si touchants dans le premier de

ses mandements, ne fit que croitre et se fortifier pen-

dant lesmille vicissitudes de son brillant épiscopat., Hien . ne paraissait mieux aller à ses attraits que de se faire

petit avec les petits et pauvre avec les pauvres. Les

emplois les plus bas lui offraient un charme indicible ; d et il s’y prêlait avec un vrai bonheur, Et s'il est un

spectacle attendrissant c’est celui de ce grand Prélat

quittant la nuit sa chambre épiscopale, descendant

silencieux dans la cour pour fendre du bois et empor-

tant ce bois dans ses bras afin de réchauiler l’apparte-

ment de son serviteur malade. O humilité! O gran- À P deur des vertus de notre vénéré Pasteur ! ru ui

Voilà, mes frères, le Pontife que Dieu a choisi, selon son cœur, entre tous les hommes : Ælegi eum ex om-

nibus.… mihi in sacerdotem, 1 Reg. 2-28. Voilà l’homme à de Dieu qui depuis les jours de son enfance et de sa jeunesse n’a jamais quitté les sentiers de la vertu: dé Ambulavil pes meus üiler reclum à juventute med. s Eccli. 51, 20. Voilà celui qui fut notre Pasteur, £ntre pi Père, notre Evêque. Le portrait qui viant de vous en sé être fait est, hélas! étrangement décoloré. Et cepen- fs ’ dant sous ces lignes inhabilement tracées, quelle incomparable figure ! Quel rayonnement de grandeur dans les dons naturels comme dans les dons surnatu- de rels, dans les vertus qui unissent à Dieu comme dans 6 celles qui détachent du monde et de la nature. P° Aussi ne vous étonnez pas de cet empire mysté” nd rieux et irrésistible qu'il a eu toute sa vie sur son

peuple,.sur les masses, sur tous les cœurs. Personne na pu s’y dérober complètement.. Non est qui se abscondat à calore ejus, ps. 13. Voyez les enfants qui accourent, les intirmes qui avancent à pas lents, le vieillard qui s’émeut, la mère éplorée portant en ses bras son jeune enfant, cet ouvrier chargé du message de quelque malade, où vont-ils, que veulent-ils, formant cette longue et perpétuelle ascension vers les degrés du palais épiscopal et plus tard vers la solitude du Sault-au-Récollet ? Ils vont trouver le saint évéque,

BSté, de

ire Les ble “un élat ant porrteran-

elon om nnme e sa rtu :

med.

ils veulent voir le saint évéque, lui parler, l'entendre, recevoir de lui une parole, une bénédiction, une prière, agenouiller avec lui et prier un instant avec lui et près de lui,

C’est l’hemme de Dieu qui les attire, la grandeur de ses vertus, et cette sainteté qui depuis de si longues

années éclate et rayonne partout, dans le diocèse et dans la Province.

JT.

Ce que le Sage dit de Josué s'applique à notre illustre Pontife : grand selon son nom et dans ses vertus, il fut très-grand dans ses entreprises pour le salut des élus de Dieu : magnus secundum nomen suûum, maximus in salulem eleclorum Dei. Eccl. 46 !. Si la sainteté fut le caractère de sa vie, la magnificence est le caractère de ses œuvres: sanclimonia et magnificenlia.

Dieu ne lui a pas seulement donné la science des saints pour sa propre perfection : dedil illi scientiam sanctorum, Sap. 10, il l’a encore rendu glorieux dans ses travaux et il l’a comblé de bénédictions dans ses entreprises : honestavil illum in laboribus et complevit labores illius. Ibid.

Trois objets se sont partagé tous les battements de ‘

son grand cœur : son pays, son diocèse, l'Eglise, Ce qu'il a surtout aimé pour son pays, c'est sa prosrérité et son extension.

Dans son diocèse, il a aimé son clergé, ses communautés, son peuple. À

Et dans l’Église, ce qui a particulièrement concentré ses affections c'est le Pape, ce sont ses droits et ses privilèges, ses doctrines et ses principes.

Voilà ce qu'il a aimé, Et de cet amour, devenu en lui comme une puissance féconde et irrésistible, sont sorties loutes ses œuvres, innombrables œuvres qui lui survivent et qui perpétueront à jamais la mémoire de son glorieux épiscopat.

Vous savez assez, mes frères, combien Monseigneur Bourget a été dévoué à son pays ; vous savez ce qu’il a écrit, ce qu'il a dit,ce qu’il a fait pour ranimer dans les

cœurs canadiens" lefsentiment national; vous vous souvenez encore de ses ajpels chaleureux à la population, . dans le but de l’attacher au sol natal et de développer la grande œuvre de la colonisation.

Vous connaissez la peinture charmante qu'il a faite des richesses du Canada et de ses inépuisables res sources,

Vous n'avez pas oublié avec quelle ardeur il a cher. ché par tous les moyens à déraciner du miiieu de son euple chéri les vices qui tendent à l’appauvrir, à l'a-

aisser, à le ruiner,

Toutes ces choses sont encore présentes à votre mémoire,

Mais parlons plutôt des œuvres du Pasteur,de ces œuvres qu'il a conduites avec tant de forces et d’un regard si étendu et si élevé, qu’il leur a comme imprimé le caractère de la grandeur et de l’immortalité,

Tout se féconde et prend éclosion sous la chaleur puissante de son zèle et de sa charité.

OEuvre liturgique. La Sainte Liturgie Romaine commence tout d’abord à occuper ses pensées et son acti-

vité. Toute son énergie se dirige à l’établir dans sa pu. :

reté, dans son intégrité, dan sa splendeur. Il veut qu’elle règne dans son diocèse, qu’elle y soit la loi des cérémonies et des pompes religieuses, El sous son impulsion, on la voit bientôt jeter partout son éclat dans les communautés religieuses et dans les paroisses, puis, de son Diocèse se répandre dans toute la Province et au delà de la Province.

OEuvre doctrinale. Sans cesse il eut devant les regards cette grave recommandation de l’Apôtre à l’Evêque Timothée : Atlende tibi el doctrinæ 1. Tim. 4. 16. Veillez non seulement sur vous mais encore sur la Doctrine * veillez à sa pureté, à la pureté des dogmes, à la pureté des principes. A{/ende doctrinæ. Toute sa vie ce fut là l’objet de sa constante sollicitude, et jusqu'aux portes du tomheau, le grand Evêque, toujours en éveil, fut le grand défenseur de la vérité catholique. La parole fameuse de saint Augustin semble avoir êté sa fidèle devise: Vincamus mundum cum erroribus suis : vainquons le monde avec ses erreurs. Et afin

de pie dog vér son pou de &

men Lion.

foi, :

dia man tidèl.

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cura gran

chré tous mairé

q uabl cela t le Pa avec

chère ment, placel bonhe mon ti dogmi

L- SA Ne | LL: de rendre invincihle ce zèle doctrinal, il s'attache à la | sr piaire fondamentaie sur laquelle reposent tous les fl dogmes cathohques, à la coïoane qui soutient toutes les | jé vérités de notre foi, au Pontife de Rome ; il lui consacre | | son amour et son dévouement ; et cet amour devenant | pour lui un culte sacré, une religion, devenant le mobile | 2 de ses plus généreuses ardeurs et ?° principe le ses plus | “ beaux sacrifices, lui fait embrasser en plénitude toutes | fa les causes du Saint Siège et ropondre avec intrépidité | à à tous les appels qu'il en reçoit, | | 14 [l'est à Rome quand est défini parmi les applaudisse- | | fs ments de l'univers le Dogme de l’Immaculée:Concep- {IR rs ion. son âme s’'émeut à la voix du Pontife Suprême ; sa all be . foi, sa piété s’altendrissent en contemplant le nouveau qi à diamant qui va enrichir la couronne de Marie, et le (Il | mandement si onctueux qu’il adressa alors à ses chers | El lidèles demeure comme un glorieux monument de sa (l piété filiale envers l’immaculée Mère de Dieu. | -Il est à Rome lorsqu’apparait la célèbre Bulle Quanta (I mn- cura avec l'Immortel Syllabus qui l'accompagne. Ce | U-. grand code catholique de la philosophie et des sociétés (l Ue, chrétiennes fut invariablement le flambeau qui éclaira IA le tous ses actes, Et l’on ne saurait assez admirer le som- qu | 0- maire pré.is, ferme, intelligent qu'il fit aussitôt, pour (fl A son troupeau, de cet impérissable document. | m- Il est encore à Rome, à la définition solennelle de il son l'Infaillibilité Pontificale. Dire ce qu’il éprouva en se |f elà VOy juge de la foi parmi les Évêques et les Pa- (fl triarches de l'univers entiers; dire les impressions qui if re- s’emparèrent de son âme au moment où il eut à donner |A 'E- son placel décisif, nous serait chose impossible; lui if 16. seul peut nousle donner à entendre par les remar- | ‘la quables paroles qu’il nous a laissées. “Oui, s’écrie-t.il, il es, cela me plait, je le déclare, je le proclame, je le juge : fl sa D le Pape est infaillible, placet. J'en faisais autrefois, } | us- ” avec les plus sayants docteurs, ma croyance la plus f | airs chère, j'en ferai maintenant avec toute l'Eglise l’ali- | | ue, ment, et le soutien de ma foi: le Pape est infaillible, (fl! eu; | placet. C’est ma joie de le prononcer, ce sera mon i | JUS bonheur et mon salut de le croire et de l’enseigner à ll fin mon troupeau : le Pape est vraiment infaillible dans les | |

dogmes comme dans les principes des mœurs, placet,”

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& la vigilance qu'il dé] docirine, s’etendant non règles de la conduite hum

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lu plus pradent des moralistes de noûwe époque, du

grand Docteur contemporair à . Æy ‘ his () Pontliel vous avez Dial z soutenu pour sa défs

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par le feu qui consumait

Canada, ces zouaves eg'nhéreux, lroits di

combulire pour lé licité, de celui qui protège V otre | devoir.a ET pour fous, l'heure de la ré

LES Mais jà ne 3

faut répondre au SOIN {

cesse, AU Drogres tué Î el

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étonnant qui se fait partout dans 1]

1, 5, Alphonse de Liguori, 1 veillé aur la doctrine: vous use le Aus vaillants com-

les cœurs de vos enfants

le vôtre, et ces enfants du vous le Avez E6riVOVeES 1 Père commun de la catho

toute verité et toute morale

noblement rempli; c'est maintenant,

nm pense,

rrôle pas, mes frères, ce zèle fécond,

Vient l'œuvre des paroisses, Pasteur des âmes, il

l'expansion de son vaste dio

ent rapide de cos farnilles

pures et chastés crue Diet ne cesse de bénir, C'esi par les paroisses que ie poupie s6 groupé 6t se développe, que la religion se répand d'une manière plus régnlièr et plus efficace parmi Le troupeau, Il crée donc des pu oi »s multiplie, les affarmit, les onzanise : ét sous a jurisdiction, par son iuiliative, son-inspiration, son autorité, T9 paroisses nouvelles sont érigées dans son seul diocèse, soit clans la ville de Montréal, soit dan

168 CAMPALTÉS

Et l'œuvre de

’ 4 . D, Lhhnasss tenant à en parier tr Pouv:

élire insensible à ce qui | gimes ? Vovon:

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