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le collège Ste-Marie sous la conduite des illustres fils dé S, Ignace, ces habiles maitres de la jeunesse, ces vaillants séldats, loujours à l'avant-garde des armées qui combattent pour la foi et pour les grands intérêts de l'Eglise, S’ouvrent ensuite, chacun avec son mérite réel, les collèges de Joliette, de St-Laurent, de Rigaud, tandis que les plus anciens établissements continuent de grandir et de prospérer.
Et les Frères des Ecoles chrétiennes, ne les mentionnérons-nous pas ? C’est encore sous ce grand Evèque qu'ils viennent prodiguer à Montréal les fruits de leur dévouement comme aussi de leur pieux et solide enseignement,; et son bien veillant patronage est pour eux celui d’un père sous les bénédictions duquel ils croissent et se multiplient au Canada et ailleurs dans l'Amérique.
Les institutions des jeunes filles participent à ieur
tour à ce mouvement général.
Les Sœurs de ia Congrégation de Notre-Dame, dont l'existence remonte à l’origine de la colonie, prennent un essor nouveau. Leur. Institut se développe, leurs écoles, leurs académies, leurs gran'is pensionnats augmentent en nombre et en importance, et tandis qu’elles commencent leurs fondations de Kingston, elles descendent d'autre part jusque dans les provinces qui bordent l'Atlantique.
Arrivent alors les Dames du Sacré-Cœur apportant d'Europe en Canada, avec leur renommée, les bienfaits de leur méthode.
Presque en même temps nait l’Institut des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie dont le3 rapides développements se font sentir jusqu’à la Floride, la Californie et l'Orégon, :
Et sous la même action, les Sœurs Marianites de Sainte-Croix ouvrent leur maison principale à St.Laurent, sans nuire en rien aux Sœurs de Ste-Anne qui se fondent à Lachine et ne tardent pas à se voir appelées dans la Colombie Britannique,
Ajoutons encore, pour ne point les omettre, et les admirables Religieuses du Carmel, et les pieuses Sœurs du Précieux Sang, les unes et les autres anges de prière
et d’abnégation, sans cesse intercédant pour nous, afin d’écarter de nous la colère de Dieu et de nous gagner sa miséricorde,
Après cela,-que faut-il de plus ? Que reste-t-il encore pour assouvir l'infatigable zèle de noire Pasteur? A quelle œuvre nouvelle peut s'étendre ce zèle ?—- Ne croyez pas cependant, mes frères, que sa charité soit satisfaite. Entendez le cri qui s'échappe de sa brûlante poitrine : Charilas Christi urgei nos. La charité de Jésus-Christ nous presse, Considérez les orphelins, les pauvres, les malades, les vieillards infirmes, les âmes perdues el repentantes, et tous les déshérités de la terre tendant vers lui leurs mains désolées et suppliantes. Son cœur aimant et généreux, ce cœur qu'on a ‘vu autrefois, parmi les ravages du typhus, s’attendrir et s'immoler d'une manière si héroïque devant les pauvres malades Irlandais, émigrés de leur chère patrie, ce cœur si bon peut-il être insensible à ce spectacle? Si la charité est féconde n'est-ce pas surtout envers les délaissés de la fortune et de la nature ?
OEuvres de charité, c'est de vous qu'il nous fut ici parler ! |
D'abord, l'Hôtel-Dieu, où se sacrifient depuis plus de deux siècles tant de saintes Filles ct qui a toujours eu dans ses affections une place si marquée, s'agrandit, se dilate sous ses conseils, offre des salles plus spacieuses à des malades plus nombreux, et se trouve encore capable de faire face à plusieurs fondations importantes.
Les Sœurs Grises entrent, elles aussi, dans une phase nouvelle, Il se réjouit de les voir s'étendre avec leurs asiles, leur refuge, leur salle des enfants trouvés, leur Institut des aveugles, en même temps qu'il désigne à leur amour pour les âmes et pour les privations les vastes et rudes missions de la Rivière-Rouge.
I faut à la charité un plus grand nombre de mains pures et dévouées, Monseigneur Bourget y pourvoil.
Ii fonde lAsile de la Providence, sa création la plus chère, celle dont il fut plus particulièrement le père et le bienfaiteur, qui compte avec sa Maison-Mère, un orphelinat, des éccies de pauvres, un vaste Hôpital
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des aliénés, son remarquable Institut des sourdesmuettes, un Hospice pour les prêtres infirmes, et qui possède de plus ses lointaines missions de l'Orégon.
Ce n'est pas encore assez pour toutes les misères.
L'Institut des Sœurs de la Miséricorde, entouré de difficultés sans nombre, traverse ses épreüves, triomphe de ses mille obstacles, se voit en possession d'un vaste établissement où vient s’abriter le malheur le plus voisin du désespoir et tient bientôt une succursale dans la capitale du Dominion,
Et pour les pauvres brebis perdues d'Israël, dont le repentir sincère doit réparer les égarements, accourent par delà l'Océan les Religieuses du Bon Pasteur, qui ne tardent pas à occuper plusieurs maisons importantes dans le seul diocèse de Montréal.
Et maintenant, mes frères, ne dirons-nous pas combien le vaste cœur de notre Evêque embrassail tous les intérêts et tous les besoins des âmes, aimait à fuvoriser les missions et à procurer des prêtres aux diocèses étrangers, jusque sur les côtes du Pacifique ?
Oublierons-nous ce qu'il a fait pour les Vénérables Pères Oblats, ces vrais enfants de Marie-Immaculée, ces intrépides missionnaires toujours prêts à affronter les plus rudes climats pour y sauver des âmes? Ne “appellerons-nous pas qu'ils se plaisent à le considérer comme leur second Wondateur, et que c’est à lui qu'ils attribuent d’avoir vu s'ouvrir à leur zèle infatigable les inmenses et âpres prairies du Nord-Ouest ?
Ne passons non plus sous silence ni les Pères de Ste-Croix, dont les succès sont si connus, ni les Frères Viateurs, qui avec leurs Collèges dirigent de plus leur remarquable Institut des Sourds-Muets, ni les Frères de la Charité, si bien doués pour réformer le cœur et le caractère des jeunes délinquants.
Mais nous n’en finirions pas si nous voulions tout énumérer : et ce Chapitre qu'il fonda dans les premières années de son Episcopat et qui ne fut y°s sans avoir ses jours glorieux ni lui fournir des auxiliaires dévoués, et ce commentaire sur le cérémonial des Evêques, qui reçut plus d’un éloge en France et en Italie, et ces conférences ecclésiastiques dont il nous reste sur le mariage un travail sérieux.
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Les œuvres de piété n’auront-elles pas ici leur place ? Citons seulement les principales : la propagation de la foi, l'archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, les sociétés de Tempérance, l'OEuvre des bons livres, les Quarante-Heures, l'Union de prières, le Tiers-Ordre de saint François, l’Apostolat de la prière, et tant d’autres fondations pieuseg qui ont été autant de fruits dus à son activité, à son initiation ou au moins à sa protection,
O Grand Evêque ! O Episcopat puissant et fécond ! O œuvres magoifiques, créées avec le double caractère de la force et de la grandeur: ‘in fortiludine,” 1n « sublimilale ! ”
Un Grand Séminaire fondé et cinq nouveaux Collèges ou Petits Séminaires établis et florissants ; les trois anciennes Communautes de Religieuses accrues et développées ; six nouvelles Communautés d'hommes attirées et mises dans de solides conditions de prospérité; quatre Communautés de femmes fondées, cinq autres introduites et admirablement secondées ; la Liturgie Romaine établie; les Doctrines Romaines et les grands Principes Catholiques toujours puissamment et vaillamment propagés et défendus ; suixante-quinze paroisses nouvelles érigées; ces missions lointaines favorisées ; plus de trois cents lettres pastorales ou mandements laissés à notre piété ; une immense Cathédrale en voie de construction, les finances de l’Evôché tirées de péril par des courses héroïques et des quêtes à travers toutes les paroisses et les institutions du Diocèse à l’âge de plus de quatre-viagls ans ; quelles œuvres que celles de notre Pontife !
MÆuvres à la fois grandes par leur excellence, grandes par leur multiplicité, grandes par leur impérissable durée.
O Prélat vénérable, dont la vie fut un prodige: Tanquam prodigium factus sum jrs. 70, et dont Kexistence fut un enchainement de merveilles : In vilé sud fecit monstra. Eccli. 48.
Vous avez été ce Pontife illustre qui à su augmenter le bonheur et la puissance de la cité : Sacerdos magnus.… qui prœvaluil amplifioare civilalem, Eccli.
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0, qui s'est acquis la gloire au milieu de sa nation : adeptus est 'gloriam in conversatione gent, Ibd., et qui a élargi et étendu la maison de Dieu : ef ingressum domnts et alrii amplificavil, Ibid, Vous êtes semblable au Pontife fils d'Anias ; vous avez éclaté comme l'étoile du matin au milieu des nuages; vous avez brillé dan le temple de Dieu comme un soleil rayonnant de iumière,. comme une flamme qui étincelle, comme un vase d’or massif orné de pierres précieuses.
Les mérites de vos œuvres vous ont suivi, les bienfaits nous en restent, c’esi à nous de vous giorilier.
Nous vous glorifierons en suivant selon nos forces les traces de vos pas, les exemples de vos vertus ; nous vous glorifierons en nous attachant avec un cœur dévoué aux pures et saines doctrines que vous avez lant travaillé à inculquer parmi tous les rangs de votre peuple ; nous vous glorifierons en nous appliquant généreusement à continuer les œuvres cha”itables que vous avez si admirablement muliipliées dans votre beau et vaste diocèse ; nous vous glorilierons en nous attachant à honorer et à aimer le digne Prélat qui a reçu la riche succession âe vos œuvres, de vos exemples et de vos vertus ; nous vous glorificrons en priant alin que l'heure de la délivrance arrive vientôt pour vous, si déjà vous n'êtes pas en possession de votre récompense el de votre couronne.
Et vous, notre Pontife et notre Père, qui tant de fois avez béni votre diocèse, votre peuple et vos enfants, encore du haut des cieux, du sein de votre repos, levez les mains et bénissez-nous, Donnez-nous une bénédiction de ce cœur aimant, de ce cœur charitable, de ce cœur dapôtre au dévouement sans borne ; une bénédiction qui nous pénêtre du sentiment des vertus dont vous étiez orné; une bénédiction qui nous affermisse dans les sentiers du devoir et du salut; une bénédiction qui fasse qu’un jour, dans la Patrie Elernelle, nous nous voyions tous rangés autour de vous, comme une couronne d'enfants autour de leur Père vénéré,
Ainsi soit-il,
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DiscoRRS PRONONCÉ PAR MGR TACHÉ
A la Cathédrale de Montréal, samedi le 13 juin
Lors DES OBSÈQUES DE Mar Bouraxr
Quid sunt duæ olivæ istæ ? Isti sunt duo filii olei, qui assistunt Dominutori universæ terre.
Que signifient ces deux oliviers ? Ce sont les oints de l’onction sainte qui assistent devant le Domina teur de toute la terre.??
Zacharie, chap. IV, v. 11, 14,
Messeigneurs et mes frères,
Nous sommes au dernier jour d’une semaine bien grosse d'émotions, non-seulement pour cette riche cité, mais même pour ce vaste diocèse et pour tout notre cher Canada. Je ne suis point monté dans cette chaire pour ajouter à l'abondance de vos larmes, ni à l’intensité de vos regrets. I! faut au contraire m'’efforcer de | comprimer les sentiments qui se pressent dans mon el ‘œur comme dans les vôtres, afin d’être en état de vous a adresser quelques paroles. ||
Dimanche, une nouvelle se répandit non-seulement avec la vivæcité de l'électricité, mais biem encore avec
- l’ardeur du sentiment le plus affectueux et le plus reconnaissant ; cette nouvelle a fait vibrer dans les cœurs les élans de l’amour et de la reconnaissance la mieux sentie.
Cette nouvelle disait que Mgr Bourget était bien malade, qu'il touchait même à ses derniers moment.
La surprise fut si grande que l’on se refusa pour ainsi dire à croire à la possibilité du trépas de celui que l’on aimait tant. Lundi une autre nouvelle vint non-seulement confirmer la première, mais apporter le comble à notre douleur : il était mort! Nu
Et depuis ce jour toute la ville de Montréal est en émoi, et depuis ce jour le diocèse de Montréal ressent la perte immense qu'il a faite Tout le Canada comprend que le ciel s’est enrichi aux dépens de la terre en la privant de l’un de ses plus grands citoyens.
L'écho des voix douloureuses que l’on entend de toute part retentit même au-delà de notre patrie pour se répercuter jusqu'à l'étranger.
On comprend la juste douleur qui anime tous ceux qui sont ici présents, la juste douleur qui anime le vénérable prélat qui succède à celui qui l’a précédé avec tant de gloire et de distinction. On comprend enfin que nous sommes des enfants attendris, qui pleurons sur la mort d'un père qui avait toute notre tendresse et notre affection,
Puis, jeudi, on a vu se dérouler un convoi funèbre tel que cette ville n’en avait jamais contemplé. Oui, jeudi, sur un parcours de sept milles entiers on a vu les populations se presser avec un enthousiasme recueilli, avec un sentiment tellement profond de respect, d'amour et de reconnaissance que le convoi qu’elles venaient grossir avait plutôt l'apparence d'une marche triomphale que d’une procession funèbre, +
Et qui redira, mes frères, ce qui s’est passé hier dans la magnifique église de Notre-Dame ? Qui redira ce concours imposant d’évêques, venus de points différents et de grandes distances, pour aflirmer leur respect envers celui qui, depuis de longues années, était leur doyen dans l'épiscopat, envers celui qu’ils ont toujours regardé éomme leur modèle ? Qui redira ce nombre si grand de prêtres, qui se pressaient autour de l’autel, non pas tant, ce semble, pour prier pour celui qu’ils pleuraient, que pour remercier Dieu des grâces si abondantes qu’ils ont recues par son intermédiaire ? Qui redira le spectacle offert par cette foule innombrable qui non-seulement a envahi la vaste enceinte de
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l'église, mais qui s'est répandue sur la place publique et dans toutes les rues avoisinantes ? Il serait impossible de décrire les émotions qui ont fait vibrer les cœurs de cette multitude, lorsru’elle a vu le char funèbre, qui avait reçu les dépouilles mortelles de Mgr Bourget, prendre non la route qui conduit à cette Cathédrale, mais celle qui conduit à l’église où reposaient les restes de son noble et illustre prédécesseur ?
à, un autre char funèbre devint le char de triomphe sur lequel on plaça ce qui reste du corps de Mgr Lartigue, premier évêque de Montréal. C’est ainsi que ces deux grands prélats, qui s'étaient tant aimés pendant leur vie, se réunirent après leur mort et cheminèrent ensemble par les rues de cette ville qui leur fut si chère, pour laquelle ils ont collaboré avec tant d’ardeur pendant vingt ans, pour laquelle ils ont continué de travailler pendant quarante autres années, même après la mort d: l’un d'entre eux. Quel spectacle, pour ja première ville de notre Canada, que là vue de ces deux cercueils renfermant ce qu’il y a de périssable de GBux existences qui se sont consumées pour sa gioire, son agrandissement et sa sanctification !
Ce spectacle nous rappelle tout naturellement la vision qu'un ange fit briller aux yeux du prophète Zacharie, en lui montrant deux oliviers placés en un endroit élevé et environnés de gloire et de lumière, Le prophète demande à l'ange : ‘Que signifient ces deux oliviers ” ? Et l’envoyé céleste lui répond : Ce sont les deux oints de l’onction sacrée qui assistent devant le Dominateur de toute la terre. Oui, les deux prélats: qui ont parcouru les rues de cette ville hier sur des chars funèbres, y étaient placés comme les deux oliviers vus par le prophète; car ils ont été les deux oints qui les premiers ont reçu l’onction suprême qui les a mis à la tête de ce diocèse où ils “ont assisté devant le Dominateur de la terre” pour lui préparer un peuple d’adorateurs. Nous avons marche à la suite de ces ‘‘ deux nobles oliviers, ” nous sommes groupés en ce moment autour de ces deux ‘‘oints de l'onction sacrée.’ Etudions ensemble quelques instants :
i® Quelles sont les circonstances qui ont réuni: ces deux existences ;
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2° Quelles ont été les conséquences de cette union pour nous tous.
Dieu a envoyé son Fils éternel sur la terre. Le Fils a accepté la mission qui lui était contiée. Il est venu racheter l’homme, racheter les peuples et les nations, et pour le récompenser de son œuvre, Dieu a donné à son Fils toutes les nations en héritage.
Et ce Fils, pour assurer sa domination sr toute la famille humaine, a établi son Eglise comme un bercail commun dans lequel il veut réunir tous ceux qui lui sont donnés en héritage.
Il a préposé à la direction de ce bercail un pasteur suprême ; et il a associé à ce pasteur suprême des pasteurs qu'il a placés aussi dans une sphère bien distincte, car, comme dit l’Ecriture, ‘le Saint-Esprit a placé des évêques pour conduire l'Eglise de Dieu.”
La mission de l’Episcopat dans l'univers entier est partout la même ; elle est partout la même parce qu'elle vient de la même source : ‘De même que mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie.”
te Fils adorable de Dieu était venu pour établir la sainteté sur la terre; les évêques sont institués pour continuer son œuvre.
Le Fils de Dieu était venu pour guérir toutes les maladies de l'humanité, les évêques ont la mission de prodiguer les mêmes soins à l'humanité souffrante.
Jésus-Christ était venu pour éclairer tout homme qui est ici-bas ; et les évêques ont la douce obligation aussi de montrer aux hommes la voie qui doit les conduire à la félicité.
Le Saint-Esprit, en un mot,‘ a placé les évêques pour conduire l'Eglise,” et l’histoire nous montre que depuis dix-huit cents ans l'Episcopat catholique a été fidèle à cette sublime obligation,
Ce qui s'est produit dans l’ancien monde devait se répèter dans le monde nouveau, Aussi il est tout naturel de voir que peu après la fondation du Canada, un évêque y est envoyé par le chef de l'Eglise.
Dieu sait donner aux hommes qu'il choisit les qualités nécessaires à l’accomplissement des desseins qu'il a sur eux.
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Le premier évêque arrivé à Québec devait travaillér au développement d’une œüvre grande, aussi il fut grand ce Laval qui occupa la première chaire épiscopale de notre pays. 11 fut envoyé pour être le premier olivier planté sur la rive du Saint-Laurent, pour y être dans la plus ample acception du mot le premier fruit de l'huile sacrée, réunissant dans sa personne vénérée la triple onction qui fait le chrétien, le prêtre et le pontife.
Aussi ils ont été abondants les flots de grâces qui ont découlé de cet olivier sacré, ils ont été d’une bien douce saveur les fruits de sainteté que l’oint du Seigneur a fait mürir pour notre chère patrie.
Je ne prononce jamais sans émotion le nom de ce grand évêque, mon cœur est toujours vivement impressionné quand je nomme l’ancienne cité de Québec, où Monseigneur de Laval a fondé ou développé les institutions dont la capitale de cette province s'honore à si juste titre,
Pour peu que nous reportions nos regards en arrière, un grand nombre d’entre nous se souviendront que leurs pères ont été élevés dans ce séminaire de Québec que Mgr Laval avait fondé et qu’il environna de tant de prédilection. Puis n’est-ce pas encore dans une institution de cette vieille cité que nos mères, à un grand nombre d’entre nous, ont puisé ce sentiment exquis de délicatesse chrétienne qui nous est si précieux et si utile?
Mgr Laval s’est reposé de ses fatigues, d'autres lui ont succédé : aux jours mauvais qui ont éprouvé la Nouvelle-France, un vêque était au milieu de son peuple désolé ; il prit une part si sensible aux épreuves, aux angoisses et aux malheurs de ses ouailles que son cœur ne put pas la contenir, et il mourut de mort prématurée, Dieu le remplaça par un autre pasteur aussi intelligent que dévoué qui contribua puissamment à empêcher que la conquête de notre patrie ne devint trop préjudiciable à notre foi et aux autres choses que nos aieux aimaient, et que nous aimons comme eux; aussi c'est chose merveilleuse de voir cette poignée de Canadiens laissés dans l'isolement par la conquête,
séparés de la mère patrie par Un océan infranchissable, environnés de toutes parts d'hommes qui leur étaient hostiles, ruinés par la guerre, poursuivis parle mépris et la défiance, oui c’est chose merveilleuse et digne de toute notre reconnaissance envers Dieu de voir ces quelques descendants de Français soutenus par leurs prêtres, guidés ainsi que £es derniers par leur évêque, envisager avec calme leur position, en accepter avec courage les conséquences et les obligations, et commencer sur ce continent une existence nouvelle que les hommes sérieux admirent et dont nous recueillons les heureuses conséquences.
Le dix-huitième siècle était terminé et dès le commencement de ce siècle-ci, Dieu donna à l'Eglise du Canada un autre grand évêque, noble figure que l'histoire proclame comme l’une des gloires les plus jeunes de notre race, un des bienfaiteurs les plus signalés de notre pays.
Il avait pour nom de famille Plessis. Lui ausei était évêque de Québec. Sa juridiction embrassait, entre autres terres, tout ce qui constitue aujourd’ bui la puissance du Canada.
Oh ! que j'aime à me rappeler cet illustre Prélat, placé sur ce Cap élevé, où est assise la ville de Champlain, et dans une attitude majestueuse contemplant le panorama unique qui de ce point se déroule aux regards de l’observateur enthousiasmé ! Oui, là aux pieds de la citadelle autrefois réputée imprenable, sur les bords du majestuuux Saint-Laurent, qui va porter à l'Océan le tribut des eaux limpides de nos grands lacs, oui c'est là que j'aime à me représenter Mgr Plessis, édit, dans sa vaste intelligence et dans son grand cœur, les destinées des pays confiés à sa sollicitude pastorale. Il voyait ce fleuve immense couler vers ce que nous appelons les Provinces maritimes, il ie voyait venir du pays que l’on appelle maintenant Ontario. Il voyait même au delu des sources du fleuve géant, les interminables prairies du Territoire du Nord-Ouest, et par delà les chaines colossales qui s'appellent les Monts Rocheux, il voyait encore toute la Colombie Britannique. C’est dans cette méditation que
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seul devant son Dieu, il lui disait : Voyez, Seigneur, je ne puis suflire à la tâche, vous n'êtes pas assez connu, vous n'êtes nas assez aimé dans les limites de cette juridiction que votre Vicaire m'a donnée.
Dès cette époque, le zèle épiscopal de Mgr Plessis enlaçait dans les étreintes de sa charité pastorale l'étendue de pays que traversent aujourd’hui les chemins de fer qui sillonnent depuis Halifax jusqu'à New Westminsier. La pensée du grand évêque voyait surgir les provinces ecclésiastiques et les diocèses qui se sont formés depuis, qui, comme autant de phares lumineux, devaient faire briller l'Evangile de tout son éclat au milieu de nos populations. Il voyait tous ces foÿers ardents d’où la charité divine ferait surgir les œuvres merveilleuses qui contribuent si puissarmment au soulagement de l'humanité.
Les provinces ecclésiastiques de Québec, d'Halifax, de Toronto et de St-Bonifäce, ainsi que les vingt-cinq circonscriptions épiscopales qu’elles renfermaient, prouvent surabondamment que Mgr Plessis connaissait notre pays et ies desseins de miséricorde de Dieu envers lui,lorsqu’il pensait à la création d’évêchés tant dans les provinces du Golfe que dans le Haut- Canada et les territoires du Nord-Ouest.
Tout en étudiant les besoins de ses ouailles éloignées le bon pasteur pensait à d’autres plus rapprochées, sa pensée s'arrêtait souvent sur Montréal et les districts environnants. Montréal était à cette époque la première ville du pays après Québec, et ses environs renfermaient une population nombreuse. Les grandes idées de la foi élevant Mgr Plessis audessus des considérations ordinaires, lui faisaient désirer vivement l'érection d’un siège épiscopal à Montréal. Il prévoyait, dans un avenir assez rapproché, la- pros; érité et le développement qu'atteindrait cette grande cité,
Il voulait absolument la ré‘lisation de cette idée. Force lui fut pourtant d'attendre ; car faut-il le dire ? souvent les pouvoirs humains ne comprennent pas assez la mission de l'Eglise de Dieu pour lui laisser sa hberté d'action. :
Nos conquérants avaient tellement eu peur du cordon
de Saint-François qu'ils avaient expulsé du pays ces humbles religieux. On avait tellement craint le chapelet pendu à la ceinture des fils de Saint-[gnace qu’on les avait bannis de la Nouvelle-France, Est-il étonnant après cela que ces mêmes conquérants pedoutassent l2 croix qui brille sur la poitriné de celui qui s’appelle évêque.
Ils oubliaient que cette croix épiscopale ne fait pas de victimes, et que la seule victime qui doit y être attachée est celui qui la porte sur sa poitrine.
Les événements vinrent dissiper ces craintes mal fondées, et prouver à ceux qui gouvernaient le pays, que l'Eglise est le soutien des trônes et de l'autorité. La guerre éclata entre l'Angleterre et les Etats-Unis : le Canada devait en être le tiéâtre. La Grande Bretagne, embarrassée par les luttes européennes, ne semblait pas pouvoir protéger efficacement sa colonie.
Mgr Plessis fit un appel aux populations canadiennes. La voix du grand patriote s’accentua de toute l’autorité du grand évêque. Les ouailles éccutèrent les avis de leur premier pasteur. La jeunesse s’enrôûla avec un empressement digne de l'esprit chevaleresque de nos pères. Des chefs habiles et intrépides commandèrent ces milices, des prodiges de valeur et d’héroïsme furent accomplis, l'ennemi fut repoussé et le Canada conservé à l'Angleterre, La noble figure de Mgr Plessis fut entourée d’une auréole nouvelle de gloire, qui porta jusqu’au pied du trône le sentiment de respect et de reconnaissance nourri par ceux qui gouvernaient le pays.
L'évèque de Québec comprit que le moment était favorable pour faire accepter ses projets en Angleterre et les faire sanctionner à Rome. Aussi il se détermina à passer en Europe.
Pour faire ce voyage il lui fallait un compagnon ; mais un compagnon qui pût l'aider dans sa mission diflicile et délicaie, un compagnon qui, à de fortes études légales et théologiques, joindrait la prudence, la discrétion, l'esprit A y la connaissance des hommes et du monde. Os qualités diverses se trouvent rarement à un degré éminent dans un même
homme, Mais Dieu, dont les desseins sont inconnus des hommes, les avait rénnies dans un onfant de Montréal, plus tard avocat de la mêine ville et ensuite prêtre du vénérable séminaire de Saint-Sulpice. C'est donc dans !l’humble cellule d'un Sulpicien que Mgr Plessis trouva messire Jean-Jacques Lartigue et qu'il se l’associa pour aller, par delà l'Océan, traiter les plus importants intérêts de l'Eglise du Canada.
Le voyage réussit ; les hommes d'Etat d’'Angleterre, en présence de Mgr Piessis et de monsieur Lartigue, comprirent que leur opposition ne pouvait que paraitre puérile. Sans demander à leur souverain un assentiment final et entier, il laissèrent entrevoir que les diflicultés linira'ent par s’aplanir. L'évêque de Québec se rendit à Rome et obtint des bulles pour celui aïquel il voulait confier l’administration du district de Montréal, Monsieur Lartigue, déjà si avantageusement connu, s'était révélé dans toute son excellence pendant les négociations poursuivies en Angleterre, et de compagnon de voyage il devint le compagnon en Episcopat de Mgr Plessis.
Il fut sacré comme évêque de Telmesse le 21 janvier 1821. Voilà donc l’un des oliviers qui reposent ici, devenu l’oint de l’onction sainte et placé comme évêque devant le Dominateur de toute la terre.
Le nouvel évêque comprit qu'il fui fallait, à lui aussi, un compagnon doué de qualités spéciales avec lequel il pût cheminer en toute confiance et liberté, au milieu des dangers et des difficultés qui se dressaient si formidables devant son administration.
Mgr Plessis, qui se connaissait en hommes, eut l’honneur et le mérite de ce second choix. Il indiqua à' Mgr de Telmesse le jeune abbé Ignace Bourget, comme digne de toute sa confiance.
Mgr de Telmesse agréa volontiers la suggestion, et M. Bourget devint le secrétaire, le compagnon, l'ami, puis plus tard: le coadjuteur et le successeur de son évêque. Haec sunt duæ olivæ, duo filii olei Telles sont, mes frères, les circonstances qui ont réuni ces deux arbres précieux, véritables oliviers qui ont fourni l'aliment à un grand nombre de ceux qui avaient faim
et soif de la justice, le remède à tant d’affligés et la lumière à bien des cœurs qui sans eux seraient restés dans les ténèbres et l’obscurcissement
ies dernières réflexions nous amènent à examiner quels ont été les résultats de la réunion de deux hommes devenus deux illustres prélats, devenus les deux premiers évêques de Montréal.
Ne m'en voulez pas, mes frères, de vous parler si froidement, dans une circonstance si émouvante; je le répète, il me faut faire effort pour comprimer ce qui se passe dans mon cœur, et faire quelques réflexions qui dans leur simplicité ont aussi leur enseignement,
A l’époque dont nous nous occuyrans, Montréal n'était encore qu'une ville comparativement de peu d’imnortance, Son district, qui s appuyait an sud sur les Etats-Unis, s'étendait au nord jusqu'à la Baie d'Hudson, et courait de l’est à l’ouest depuis le district des Trois-Rivières jusqu'aux limites occidentales de notre province actuelle de Québec.
Ce pays riche, fertile, était habité par une population intelligente et active; cependant il était loin d’avoir le développement qu'il a acquis depuis.
Un chainp immense s'offrait donc au zèle si intelligent de Mgr Lartigue, qui fut généreusement et constamment secondé par Mgr Bourget, jusqu’au momênt où ce dernier rempluça son prédécesseur, dont il continua l’œuvre grandiose.
Dans ce district de Montréal il y avait bien des misères, mes frères, misères dans l’ordre intellectuel, misères dans l’ordre moral et temporel, Que je ne vous étonne pas, je vous en conjure, veuillez ne pas vous offenser si je prends la. liberté de vous inviter à jeter un regard pénible sur une période de notre existence nationale pendant laquelle vivaient un grand nombre de ceux qui nous furent chers.
L'homme qui fait son examen de conscience n’en est ni pas méchant ni plus méprisable; l’homme qui reçoit les conseils que la bienveillance inspire, ne peut rien perdre par l’attention qu'il prête à ces avis. Ce qui est vrai pour l'individu est vrai pour la famille, et ce qui est vrai pour l'individu et pour la famille l’est aussi pour la société,
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La société a besoin d'examiner ce qu’elle est, elle a même besoin qu’on lui dise ce qu’elle doit être, Aussi, je sens que je n'ai pas besoin de vous demander excuse pour dire que le Canada v’était pas parfait,
Notre chère patrie avait été victime, dans l'ordre politique, de ceux qui prêtaient une oreille trop attentive aux pernicieuses erreurs qui débordaient en Europe.
L'Océan qui semblait trop vaste pour que l’ancienne France püt porter secours à la nouvelle avait vu ses bords se rapprocher pour laisser pénétrer jusqu’en Canada les horribles blasphèmes des prétendus philosophes français,
Le poison de l’erreur est si subtil qu’il pénétra dans l’âme d’un trop grand nombre de Canadiens qui se l’assimilaient sans même sembler s’apercevoir qu’en cela ils se faisaient l'écho de l’homme qui avait le plus cruellement insulié à leurs malheurs. Bien des voltairiens habitaient les rives du Saint-Laurent. Les sarcasmes infernaux de l'ennemi de Dieu et de la société recevaient l'hospitalité dans un trop grand nombre de nos meilleures familles canadiennes.
Il me suffit, mes frères, de me rappeler mes propres souvenirs, Petit enfant j'ai entendu ce que je n’aurais jamais dû entendre. Petit enfant, j'ai constaté que des hommes qui auraient dû être à la tête de la société pour la porter au bien, lui donnaient l'exemple de l'indifférence et même de l’impiété,
L'égarement intellectuel condtit à l’abaissement moral, et le peuple, à l’époque dont je parle, mésurait des dons du ciel pour offenser Celui qui les lui prodiguait. Dans plusieurs de nos meilleures campagnes le vice affreux de l’ivrognerie faisait des ravages épouvantables, et par la ruine morale de notre peuple, il le conduisait jusqu’à la raine matérielle,
Heureusement pour notre société canadienne, Dieu s’est souvenu de la foi de nos pères, et il a placé au milieu de notre peuple les ‘ deux oints de l'huile sainte ‘’ dont la dépôuille mortelle repose ici et que nous contemplons avec un légitime orgueil et une arconte reconnaissance, Ces deux hommes ont compris
le mal intellectuel, la plaie sociale qui menaçait le Janada, d
Tous deux se sont mis à l’œuvre de notre régénération et y ont travaillé sans relâche. Doues, l’un d’une éloquence irrésistible, l’autre de la puissance d'attraction qui s’attachait à sa voix émue et persuasive, tous deux se sont consumés avec fruit pour le bien des peuples confiés à leur sollicitude.
La saine doctrine, dans toute sa pureté, a lui aux regards de ceux qui avaient souci de leurs véritables intérêts. Sans hésitatiou, sans tergiversation, comme sans compromis, les faux enseignements ont été démasqués, Ja littérature dangereuse flétrie, les misères soulagées, et rien n’a été omis de ce qui peut rendre le peuple instruit, bon, heureux et prospère.
Disciple de Celui qui a dit : ‘“ Laissez venir à moi les petits enfants,” dès l’année 1837, Mgr Lartigue appelle au Canada cet admirable institut qui s'appelle ‘“ Les Frères de la doctrine chrétienne ? pour lui confier la mission sublime d’instruire les enfants du peuple.
D'autres congrégations viendront plus tard pour agrandir cette noble sphère d’action. C'est aussi sous l'administration du premier évêque que l’on voit s'établir les collèges de Saint-Hyacinthe, de Chambly et de l’Assomption. Nobles émules du collège fondé à Montréal bien des années auparavant par la dévouée
‘compagnie de Saint-Sulpice, ils seront suivis plus tard d’autres fondations du même genre, en si grand nombre que le district de Montréal possède dans une proportion étonnante les avantages d’une éducation aussi saine et élevée que facile et abondante.
Mais tout cela ne suflisait pas encore aux cœurs des deux grands apôtres. Pardonnez si je confonds ici leurs œuvres, celui qui a survécu a souvent répété, pendant sa longue carrière, qu'il ne faisait que réaliser les projets de son vénéré prédécesseur. Il est bien permis de les réunir dans la même admiration comme ils sont réunis tous les deux ici tous le même .1 catafalque. Un zèle identique, une ardeur égale pour le bien, leur ont fait concevoir d’un commun
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Mgr Lartigue meurt, mais son esprit lui survit dans son disciple et son successeur, À peine monté sur le trône épiscopal, la première pensée de Mgr Bourget est pour le père commun des fidèles et des pasteurs, son premier regard se tourne vers Rome; son premier voyage vers la ville éternelle, Il part pour ce pèlerinage qu'il a accompli avec tant de foi et de dévoüment, qu'il est impossible d'en connaitre les particularités sans en être profondément ému et sensiblement édifié,
Il voit le Souverain Pontife, il lui soumet ses vues, il reçoit l'approbation des projets qu'il a conçus avec Mgr Lartigue. Fort de l'approbation & de la bénédiction du Saint-Siége, il reprend le chemin de sa ville épiscopale, bien décidé à ne permettre à aucune considération humaine où personnelle d’entraver l’œuvre de Dieu, à laquelle il renouvela la consécration de son existence, Persuadé que toutes les forces de l'Eglise ont besoin d’être mises à contribution pour assurer le salut des peuples, Mgr Bourget comprit que le Canada avait une réparation à faire. Il était décidé à lui rendre les secours dont il avait été privé par l’expulsion des religieux.
C'est sur la voie de Rome que l’évêque de Montréal rencontre l’évèque de Marseille, Déjà depuis quelques années, Mgr de Mazenod a fondé la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée. Ce cœur généreux avait été ému à l'aspect des ruines de toutes sortes, accumulées par la révolution française, il se laisse entrainer par la noble ambition de réparer ce qu’il pourra des désastres de cette trop regrettable époque. Les Oblats suppléeront autant que “assible aux ordres religieux expulsés. La pensée de Mgr Bourget s’identilie avec celle de Mgr de Mazenod. Ces cœurs généreux se comprennent. Mgr Bourget demande des Oblats; Mgr de Mazenod semble entrevoir que l’évèque de Montréal sera comme un second fondateur de sa Congrégation chérie sur la terre du:Canada. Il acquiesce à sa demande, et au commence-. ment de décembre 1841, les Oblats arrivent à Montréal.
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Merci, vénéré et bien aimé père d’avor amené dans notre pays la Congrégation religieuse à laquelle je suis si heureux d’appartenir, Merci de m'avoir fourni l’occasion et donné la permission de suivre, dans cette Congrégation, la vocation qui a fait le bonheur de ma VIS TT,
Les vues de Mgr Bourget étaient trop grandes et trop catholiques pour se contenter d'assurer le bonheur des populations soumises immédiatement à sa juri diction. Son zèle et son cœur d’évêque le poussaient plus loin. Tout ce qui tenait aux missions lui était cher. Sans parler d'autres pays, qu’il me soit permis encore ici de lui offrir mes remerciements pour ce qu'il a fait, non-seulement pour le Canada d'alors, mais avssi pour le Canada d'aujourd'hui.
Je n'hésite pas à le dire, c’est à ‘lui surtout que nous devons cette chaîne de missions qui s'étendent depuis Bethsiamits et le Labrador jusqu'à New- Westminster, sur les rivages de l'Océan Pacitique,
Aux jours mauvais que traversent nos missions du
. Nord-Ouest, il semble que Dieu avait préparé au pro-
tecteur de ces missions une consolation qu’il ne désirait pas, mais qui emprunté aux circonstances un cachet de dévouement digne de sa grande âme. Nonseulement les Oblats de Marie-Immaculée ont prêché l'Evangile aux sauvages dans le Nord-Ouest, mais deux d’entre eux viennent d’y cueillir la palme du martyre.
Les Pères Fafard et Marchand, jéen ai la douce confiance, ont reçu au ciel la récompense de leurs travaux et de leur mort Et lundi dernier, lorsque l’âme de Mgr Bourget, détachée de son enveloppe mortelle, a pris son essor vers le séjour: des élus, les âmes de nos nouveaux martyrs sont allées à sa rencontre, pour la remercier de leur avoir fourni l’occasion de mourir pour Dieu, pour remercier le pieux Pontife des avantages qu'eux et nos autres Pères ont procurés à un grand nombre de sauvages et ont offerts à un plus grand nombre encore.
Le sang des martyrs est une semence féconde. Mgr Bourget savait apprécier la valeur de ce sang géréreux ; il savait que notre terre du Canada en avait té
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abondamment arrosée et que ce sang des martyrs coulant sur la terre canadienne avait préparé au ciel des trésors inépuisables de libéralité divine. I] savait que parmi les martyrs dont les noms ornent si noblement les premières pages de notre histoire étaient les enfants de la Compagnie de Jésus, les fils de Loyola.
Je le répète, on avait eu peur du chapelet qu'ils portent à leur ceinture, on les avait expulsés; mais le zèle généreux de Mgr Bourget avait conçu l’idée de ramener les Jésuites sur l’ancien théâtre de leurs travaux et de leur dévouement, Ce projet ne tarda pas à se réaliser. Imbus de fausses idées, des hommes, bons d’ailleurs, s'étaient un peu trop habitués à ne plus voir la bure du pauvre religieux, la pauvre robe du Jésuite, l’habit de ceux qui ont tout sacrifié pour Dieu.
F1 y eut un instant d’hésitation chez les uns comme un vrai sentiment de bonheur chez les autres; mais la lumière ne tarda pas à briller de son plus vif éclat. On comprit ce que le pays%evait de reconnaissance à ceux qui revenaient non comme dans une terre étrangère, mais bien au contraire dans leur domaine. Crtte terre du Canada, l’ordre célèbre l'avait autrefois conquise non par le glaive et la guerre, mais par la croix et le dévouement ; non pas en versant le sang des autres, mais en versant leur propre sang pour le bonheur de leur terre d'adoption. Aussi le Canada sait gré à Mgr Bourget des avantages dont il l’a remis en possession, et, pour ma part, j'espère que les plaines de lOuest reverront bientôt les Jésuites qui ont été les premiers à les explorer, :
Quand on se sacrilie entièrement soi-même on ne tient guère compte des choses de la terre et du temps. Les âmes ardentes et dévouées qui soupirent après les r.chesses impérissables du ciel négligent les trésors si frivoles de la terre, ou nieux, si elles en ont l’occasion eiles savent les tourner au profit de l’humanité souffrante: c’est ce qu'ont accompli les ‘deux fils de l’onction sainte” dont la dépouille mortelle repose ici.
Qui pourrait dire tout ce qu'ils ont fait pour les pa:tvres, les malades, les orphelins, les afiligés de
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toute sorte; non-seulement ils leur ont voué leur cœur et prodigué les consolations les plus douces et les plus abondantes ; mais ils leur ont sacrifié généreusement tout ce qu'ils pouväient pesséder eu espérer. Aussi, après soixante ans d’un douole épiscopat, ces deux généreuses existences se sont éteintes successivement dans le dénûment le plus complet, ils ne possédaient rien. Le bilan des choses de la terre ne leur aurait pas même permis de pourvoir aux frais de leur sépulture.
La pompe avec laquelle ils sont conduits à leur dernière demeure prouve surabondamment qu’on a compris leur généreuse abnégation; la ville et le diocèse ont payé un noble tribut à leur désintéressement,
Voilà, M. F., en quèlques mots bien mal esquissés, quelques-unes des œuvres qui ont été accomplies par les deux premiers évêques de Montréal. On se ferait illusion si l’on allait croire que tout s’est fait sans difliculté et sans embarras. La vie de l'homme est un combat, le chrétien est un soldat, les ministres de Jésus-Christ sont les chefs de sa milice sainte, les évêques sont à la tête des phalanges qui combattent les bons combats, les combats du Seigneur.
Si chaque individu a ses heures de lutte, ses heures de trouble, ceux qui sont à la tête de la société chrétienne ont une plus large part dans tout ce qni éprouve le cœur,
Qui dira les peines, les sollicitudes, les souffrances de ces deux hommes? Ils étaient trop grands pour s’épancher au dehors, mais dans l’intimité de leurs relations ils ont versé l’un dans l’autre leur cœur d’apôtre. Mais c’est surtout dans le cœur de leur divin Maitre qu'ils aimaient à s’épancher et à chercher la consolation dont le cœur humain est si avide. Qui redira ce qui s’est passé aux pieds des autels, ici même, dans cette cathédrale provisoire, où pendant vingt ans Mgr Bourget a*oficié, où pendant plus de vingt ans ii a prié ? Qui redira les émotions dont cet autel a été témoin ou qu'il a fait naître? Là dans ce tabernacle se cachait la victime de l’ämour, là aux pieds de ce même
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tabernacle l’amour amenait une autre victime qui, en s'offrant à son Dieu, lui demandait force et lumière. C'est aux pieds des saints autels que l’on cherche les enseignements véritables et l’inébranlable constance nécessaire pour faire le bien au milieu des luttes et des difhcultés. Ne nous étonnons pas de ces luttes, ce sont elles qui justifient ce que j'ai dit tout à l'heure, que la victime qui doit s'attacher à la croix qui brille sur: la poitrine de l’évêque est celui-là mème qui porte cette croix, mais ces luties étant toutes pour Dieu, elles n’ont jamais provoqué de plaintes amères, de paroles acerbes; quand il n’y a pas de fiel au cœur, il ne peut y avoir d’amertume sur les lèvres.
De ces ‘luttes que restera-t-il ? un sentiment profond de vénération et de reconnaissan£e.
On a compris que l’évêque doit voir les choses à un point de vue plus élevé que les autres ; plus élevé non-seulement que le commun des fidèles, mais que la plupart des membres de son clergé.
L'évêque, par son élévation, . est placé comme sur une montagne d’où il contemple les choses du: Ciel afin de préparer les choses de la terre de façon à ne pas détourner lies hommes de leur fin dernière. L'’évèque peut avoir des raisons d’un ordre élevé qu'il ne peut communiquer à tous, mais que tous doivent accepter comme l'expression de la volonté de Dieu. Laissez-moi 7ous en citer un exemple :—Un cruel incendie avait dévasté la ville de Montréal, c'était en 1852. Le résultat de 30 années de travail et de sacrifices avait été détruit avec l'établissement épiscopal, la cathédrale et le palais étaient en ruiae. On vint alors faire des offfes à Mgr Bourget, on ne lui demande qu'une chose, de rester à Saint-Jacques, à Saint-Jacques qu'il aime tant! où il avait travaiilé et prié pendant de nombreuses années, où il avait été sacré évêque,—Saint-Jacqués! où le souvenir de son vénéré prédécesseur était si profondément gravé, et où son cœur aurait goûté de si douces jouissances, On ne lui demande que de rester et on fera le reste.
Le saint évêque se recueille devant son Dieu, il est éclairé d’une lumière divine, il voit comme les hommes
né savent pas voir, et ii se décide à refuser ce qui naturellement lui était si agréable. 11 m'a confié les raisons qui l'ont déterminé à une démarche qui a tant surpris et tant contristé; je ne violerai pas un secret, mais je vous dirai mon appréciation. Dans sa carrière toute marquée au cachet de la grandeur rien ne m'a plus frapp> que la détermination qu'a prise Mgr Bourget de venir se fixer ici. Les considérations qu'il m'a données m'ont paru d’un ordre si élevé, si au-dessus de ce que l'homme ordinaire conçoif, que je me suis dit: Oh!qu'il est grand! Qu'il est héroïque! Quel acte inspiré |!
Voilà comment j'ai apprécié les motifs d'une démarche que je ne comprenais pas moi-même.
Gette circonstance ajoute à la conviction où je suis que nous devons accepter avec respect et soumission les décisions de ceux qui ont mission de nous conduire lors même qu’on ne connait pas les motifs qui les déterminent à agir. Nous sommes tous les enfants du chef de l'Eglise, vous êtes les enfants du chef de ce diocèse, acceptez ce que l’un ou l’autre vous dira, lors même que vous n’en verriez pas la raison, persuadés que Dieu saura tourner à votre prolit, ce que vous accepterez par obéissance et dévouement.
Dans quelques instants, mes frères, on va procéder à l’inhumation des dépouilles mortelles des deux premiers évêques de ce diocèse; tous deux dorment du dernier sommeil, cette mort apparente n’est plutôt qu'une phase nouvelle dans les fonctions sacrées qu’ils accomplissaient, ‘ Defuncti sunt,” ils ont changé de fonction ; adorateurs visibles sur la terre, ils sont devenus adorateurs invisibles à nos yeux au ciel; nos pères, nos protecteurs ici-bas, ils sont devenus pour nous des tuteurs encore plus puissants par leur admission au séjour de la gloire. Ils se sont efforcés de nous rendre saints, la communion des saints nous rend encore plus chers à leur cœur, et plus certains de leur assistance, fr ot
Leurs corps vont être déposés dans les caveaux du grand monument que Mgr Bourget a fait commencer à la gloire de Dieu et comme preuve de son amour pour la sainte Eglise de Jésus-Christ.
On a attendu, pour ainsi dire, sa mort pour qu'il puisse s’en saisir, y pénétrer et y habiter. Il n'a pas voulu y entrer seul, il a été chercher celui qui l'avait précédé dans la tombe après l’avoir familiarisé avec les nobles et grandes idées, dignes de l’épiscopat.
Tous deux s’en vont reposer dans la cathédrale de Saint-Pierre de Montréal,
Quel devoir vous incombe à cette occasion, M. F.? Quel devoir incombe à Montréal, la grande cité du Canada, à ce vaste diocèse, pour lequel ces deux illustres évêques se sont consumés ?
Ce devoir, c’est celui de compléter cette cathédrale, eile devient le mausolée de vos deux évêques, elle sera peut être, mais pas de sitôt je l’espère, la dernière demeure de celui que vous voyez aujourd’hui avec tant de joie à la tête de ce diocèse—-Laisserez-vous cêtte église plus longtemps inachevée? Laisserez-vous le tombeau de vos évêques exposé à toutes les intempéries des saisons? Geite cathédrale qui sera votre gloire deviendrait votre honte si son achèverment se prolongeait indéfiniment. Pardonnez-moi, Monseigneur, d’oser donner ce conseil à votre peuple, sans vous en avoir demandé la permission, en voyant.cetté cathédrale inachevée, en pensant à Mgr Bourget, et à tout ce qu’elle a coûté d’angoisses et de sollicitudes, je me suis dit que tous les fidèles du diocèse de Montréal, que tout le clergé de ce diocèse, que tous ceux qui lui doivent quelque chose, que cette riche cité en particulier, que tous en un mot feront ce qui est en eux pour achever ce monument, et il s’achèvera.
On va faire des pèlerinages à Saint-Pierre de Rome pour visiter le tombeau des saints apôtres, on viendra ici faire le pèlerinage à Saint-Pierre de Montréal, pour visiter la tombe des deux prélats qui ont fondé ce diocèse, et l’ont si noblement doté.
Avant de nous séparer définitivement des dépouilles vénérées que nous contemplons,écoutons l'enseignement qu’elles nous donneni encore : “ Defuncli adhuc loquuntur.”
Et que nous disent-elle: ? Le voici : ‘ Nous sommes ‘ Jes fils de l’onction sajate, nous avons recu l’onction
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‘“ sacrée conme Chrétiens, comme prêtres, comme pon- “tifes.”” O. M. F., tous ceux qui sont ici présents ont participé dans une certaine mesure à quelques-unes des grâces qui ont fait des saints de ceux que nous pleurons.
Vous, chrétiens, vous avez reçu les onctions du baptême. et de la confirmation, vous avez été oïints de
l'huile sainte et du saint chrême, qui vous ont consacrés à Dieu; ne vous séparez pas de ces restes vénérés sans leur promettre que comme eux vous serez fidèles aux promesses de votre baptême, aux grâces du sacrement de confirmation qu’ils nous ont administré.
Vous, prêtres de la sainte Eglise, ministres de Jésus- Christ, vous avez reçu l'onction sacerdotale, les mains de plusieurs d’entre vous ont êté ointes par leurs mains, en présence de leur cercueil rappelez-vons que vous êtes prêtres pour l'éternité et pour que la couronne sacerdotale brille sur vos fronts de tout l'éclat dont elle luit sur,les leurs, il faut suivre leurs exemples, marcher sur leurs traces et être comme eux de saints prêtres.
Et vous, mes ‘vénérables frères dans l’épiscopat, me permettez-vous de vous dire, que comme eux nous avons reçu la plénitude du sacerdoce, que comme eux nous : sommes les oints de l’onction sainte qui assistons devant le Dominateur de toute la terre.Nous aussi nous trouvons ici des modèles, et en déposant nos regrets sur ces tombes vénérées, persuadons-nous bien que ‘“ le dis-
N ciple n’est pas plus que son Maitre, ” afin de ne pas nous étonner au milieu des luttes et des difficultés que nous rencontrerons dans notre carrière épiscopale.
Le grand speciacle dont nous sommes témoins prouve que si, en maints endroits, il ÿ a de la faiblesse, on sait aussi reconnaitre, aimer et admirer. Ges sentiments sont comme prodigués à ceux que nous
sommes venus pleurer ensemble et couronneront la
carrière que vous poursuivez en modelant votre vie sur
celle de ces deux illustres évêques. Tous donc, M. B.
GC. F., nous trouvons ici un enseignement, acceptons-le
et espérons que ce sera le moyen pour tous d'arriver à
la gloire éterneile.—Ainsi soit-il,
| ot = Ë à