Daniel de Cosnac. I, p
4. Falconibrid<ie, Dispa(clies.26 february 1670 (comte de Bâillon, p. 581).
lions menées par Charles II à l'effet de conclure avec le roi de France « un traité particulier de bienveillance et d'amitié », son rôle devint-il tout à fait capital.
Et l'on voit aisément, dans sa correspondance avec son frère, qu'elle sait le prendre au sérieux. Elle qui, d'abord, finissait ses lettres à Charles II en disant nonchalamment qu'elle « était toute endormie », elle s'applique, elle prend de la peine, elle étudie les documents diplomatiques, elle se pupie d'honneur à démêler, dans ce qu'on lui dit ou écrit, les vrais sentiments que dissimulent les paroles conventionnelles. « Je suis sur des épines, écrit-elle à son frère, quand je n'y vois pas clair pour vous en rendre compte*. » Une première fois, elle échoua, et ses bons oflices ne purent empêcher, en 1605, que la guerre n'éclatât entre les deux pays, Louis XIV ayant pris parti pour l;i Hollande. Mais, bientôt, les relations reprirent, et les offres (le Charles II en vue d'une étroite union avec la France se firent plus précises: alliance offensive et défensive contre la Hollande, et subsides annuels fournis au roi d'Angleterre, — moyennant (pioi il S(^ l'erait catholique, se mettant ainsi à la merci de Louis XIV. — Propositions graves, dont le succès dépendait d'un secret absolu. Aussi les ambassadeurs des deux pays n'avaient point connaissance de cette partie des négociations : Colbert de Croissy et le lord Montagu n'étaient occupés qu'à préparer, l'un à Paris, l'autre à Londres, un traité de commerce; en France, Lionne, Louvois et Turenne étaient les seuls dans la conlidence^; — et le duc d'Orléans lui-même n'était pas au courant du « grand projet » dont sa femme était l'intermédiaire. — Quant à elle, cette besogne diplomatique ne lui était pas une sinécure. En février 1670, à Saint-Germain, elle passait presque toutes ses journées en conférence avec le roi. « Quoiqu'elle habitât, avec son mari, le château neuf, elle avait, au vieux château, un vaste appartement, de plain-pied avec celui de Louis XIV, où elle venait s'installer chaque après-diner; le roi pouvait ainsi converser librement avec elle de ces affaires d'Ktal^. » 11 était incontestable cependant que de si délicats intérêts eussent gagné à être traités directement par les deux rois dans une entrevu(\ mais ce moyen présentait tant d'inconvénients que l'on ne put y recourir. A défaut, ce fut encore à
1. Bâillon, Henriette d'Ainjle- \ 2. Bâillon, o«i'r. r//(', p. ôH. terre, p. 208. 1 3. B;iillon. aiivr. eilé. p. 533.
ORAISO?^ FUNEBRE
l'entremise d'Henriette que l'on songea : il fut décidé qu'elle irait s'entretenir en Angleterre avec Charles II.
L'exécution n'allait pas sans diflicultés. Froissé d'avoir été tenu en dehors de cette négociai ion, qu'il avait fini par apprendre par une indiscrétion de Turenne, le duc d'Orléans se montrait fort peu disposé à laisser sa femme partir pour l'Angleterre. Et, sur l'expresse volonté du roi, il n'y consentit que pour trois jours, et à la condition qu'elle ne mettrait pas le pied à Londres ^ Louis XIV n'en donna pas moins au voyage de sa belle-sœur un appareil tout royal, en rapport avec la grandeur de sa mission. La suite d'Henriette « ne comptait pas moins de deux cent trente-sept personnes^ ». C'est avec cette pompe que, le 26 mai 1670, la duchesse, débarquait à Douvres, a Les moments étaient précieux^ : Madame se mit activement à l'œuvre pour hâter la conclusion du traité de commerce et celle de l'alliance olîensive et défensive contre la Hollande, qui en était la suite. » Pour ce qui était de l'abjuration, « Louis XIV craignait que les lenteurs habituelles et l'indolence de Charles ne lui fissent retarder ses projets » : Madame dissuada donc son frère « d'abjurer le protestantisme avant la déclaration de guerre à la Hollande », à quoi le roi de France tenait avant tout. La question du traité de commerce était préparée, mais non résolue ; or ce point était fort important, car, comme Colbcrt de Croissy l'écrivait, « les peuples en Angleterre ne donnent aux traités leur approbation ou leur blâme que selon l'utiUté ou le dommage qu'ils apportent à leurs trafics* ». Des obstacles subsistaient encore : la princesse les enleva de haute lutte^. « Restait à régler le traité secret d'alliance entre les deux monarques et les conditions de leur action commune contre les Hollandais. Madame combattit victorieusement toutes les objections que son frère crut devoir lui faire », à tel point que Charles II, convaincu, finit par lui déclarer a que, si M. de Turenne fût venu avec elle, il aurait pu prendre immédiatement avec lui des mesures » pour attaquer les Provinces-l'nies. Bref, le traité secret fut signé à Douvres, et immédiatement apporté à Louis XIV qui l'attendait impatiemment à Boulogne^.
i. Bâillon, ouvr. cité, p. 590.