Xrrété. Réfléchi et immuable
Cf. Bossuet, Sermon sur la Soumission due à la parole de J.-C.
Mais dis-je la vérité? L'homme, que Dieu a fait à son image, n'est-il qu'une ombre ? Ce que Jésus-Christ est venu chercher du ciel en * la terre, ce qu'il a cru pouvoir, sans pc ravijir^, acheter de tout son sang, n'est-ce qu'un rien? ^Reconnaissons notre erreur. Sans doute ce triste spectacle des vanités humaines nous imposait^; et l'espérance publique, frustrée tout à coup par la mort de cette princesse, nous poussait trop loin. Il ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant avec les impies que notre vie n'est qu'un jeu où règne le hasard, il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs. C'est pour cela que l'Ecclésiaste, après avoir commencé son divin ouvrage par les paroles que j'ai récitées, après en avoir rempli toutes les pages du mépris des choses humaines, veut enfin montrer à l'homme quelque chose de plus solide, et conclut tout son discours, en lui disant : « Crains Dieu, et garde ses commandements; car c'est là tout l'homme : et sache que le Seigneur examinera dans son jugement tout ce que nous aurons fait de bien et de mal. » Ainsi tout est vain en riionmie, si nous regardons ce qu'il donne au monde;
« Croyez ces témoif;nafîos, fldMcs, ct.pcrsuadr's (le leur voritt', forine/vous des maximes invariables qui, fixant Ibilement à jamais votre esprit sur des jiiffemcnis arrêtés, puissent ainsi dirif.^cr vos mœurs par une conduite certaine » (cité jiar Jacquinet).
2. Si' rai'ilir. Cf. p. 22. n. 2. et Sermon sur nionncur du Monde, 1" p. : « D'où vient (juc celui qui se rnviUt par ses vices au-dessous des derniers esclaves croit assez conserver son ranf? et soutenir sa dignité par un éiiuipa^re ma;:niri(pie ? « — « Ce((e l'au^se ima;;e de i:iandeur s'est tellement étendue (pi'eile s'est enlin ravilic. » Id., iind. <'.e mot, aujourd'hui lomhé en désuétude,
était employé au xvii* siècle : « Vous ne sauriez croire combien la ciievalerie est ravilie. » Voiture (dans le dictionnaire de Iliclielcl).
3. 11 n'y a guère qu'un siècle que l'usage s'est établi de dire en imposer quand le mot imposer signilie commettre une imposture, et sini.]ilement imposer (piand il signilie inspirer du respect. « Les monolliéliles imposèrent par ces artifices au pape Ilonorius. » Dossuet. Histoire unirerselte, XI' époque. « 11 y a une autre hypocrisie, (pii n'est pas si iinioctMite. parce ([u'elh" impiise h tout le monde. »
La UochefoucauhL L 121- [C, ronds écrivains). >< Le fourbe qui longlenq»s a pu vous imposer. » Molière, Tartufe, V, G.
ORAISON riNÈBRE
mais, au contraire, lout est important, si nous considérons ce qu'il doit à Dieu'. Encore une fois tout est vain en l'honinie, si nous regardons le cours de sa vie mortelle; mais tout est précieux, tout est important, si nous contemplons le terme où elle aboutit, et le compte qu'il en faut l'endre. Méditons donc aujourd'hui, à la vue de cet autel et de ce tombeau, la première et la dernière parole de l'Ecclésiaste ; l'une qui montre le néant de l'homme, l'autre qui établit sa grandeur. Que ce tombeau nous convainque de notre néant, pourvu que cet autel, où l'on offre tous les jours pour nous une victime d'un si grand prix, nous appreime en même temps notre dignité. La princesse que nous pleurons sera un témoin fidèle de l'un et de l'autre. Voyons ce qu'une mort soudaine lui a ravi; voyons ce qu'une sainte mort lui a donné. Ainsi nous apprendrons à mépriser ce qu'elle a quitté sans peine, afin d'attacher toute notre estime à ce qu'elle a embrassé- avec tant d'ardeur, lorsque son âme épurée de tous les sentiments de la terre, et pleine du ciel où elle touchait, a vu la lumière toute manifeste^. Voilà les vérités que j'ai à traiter, et que j'ai cru dignes d'être proposées* à un si grand prince, et à la plus illustre assemblée de l'univers.
« Nous mourons tous, disait cette femme dont l'Écriture a loué la prudence^ au second livre des Rois, et
1. Le latin on marge; Deum time et mandata ejus observa : hoc est enim omnis horno : et cuncta qnse finnt adclucet Deus in judicium [pro omni errata'], sivc baniim.
sive malum illud sit. (Eccl., XII.
2. Adopté, suivi. Cf. Corneille, Horace Ai.'ô : « Non, non. n'embrassez pas de vertu par contrainte. »
— « Il est ce que tu dis s'il embrasse leur foi. >> Poh/encte. III, 2.
— « Qui d'une simple vie embrasse l'innocence || N'e doit point tant
prôner son nom et sa naissance. »
Molière, Tartufe. II. 21.