‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 211 sur 615 · Souvenirs, ji. Ul · texte numérisé non relu

Souvenirs, ji. Ul

pour que sa femme n'eût pas de p.iiie à s'en apercevoir. « Un soir (en 1662), comme j'avais l'iionneur — raconte Mme de Moiteville — d'être auprès d'elle à la ruelle de son lit, elle me fit >igne de l'œil, et m'ayant montre Mlle de la Yalliére qui passait par sa chambre pour aller souper chez la comtesse de Soissons, elle me dit en espagnol : Esta donzella cou las arracadas de diamante es esta que el Hei quierc (Cette lille qui a des pendants d'oreilles de diamants est celle que le roi aime). Je fus fort surprise de ce discours, car ce secret était alors la grande affaire de la cour. Je répondis à la reine quelque chose qui confusément ne voulait dire ni oui ni non. » Et quelques jours après, dans une de ces conversations de ruelle où Ion agitait volontiers les questions de sentiment, a comme on parlait de la jalousie des femmes », et qu'Henriette d'Angleterre déclarait que c'était une chose « fort inutile », la reine dit qu' « en effet, elle éprouvait tous les jours que la sensibilité des femmes endurcit le cœur des maris et que ce qui leur devait être agréable con)me une marque d'amitié leur déplaît et les importune * ». « Le roi, pour détourner ce discours, demanda à Mme de Béthune, dame d'atour de la Reine, femme honnête et sage, mais assez naturellement dépourvue de mérite, si elle avait été jalouse de son mari. Elle répondit que non et qu'il lui avait toujours été fidèle. La reine, alors, en riant, et dun ton sensible et pourtant assez doux, dit en espagnol : que en esio parecea bien la mas ionta de la compagnia, y que por ella no diria le mismo (qu'en cela Mme de Béthune paraissait bien la plus sotte de la compagnie et qu'elle n'en dirait pas autant j. »

« Cette réponse de la reine, ajoute Mme de Motteville, fit voir clairement au roi qu'elle était plus savante qu'elle ne croyait.... Je ne sais s'il en fut fâché, car étant résolu d'aimer Mlle de la Yalliére, il désirait peut-être quelquefois que les premiers sentiments de la reine fussent passés, afin de \'accojdunier à la souffrance.... »

Malgré ces touchantes précautions de son auguste époux, la pauvre reine fut quelque temps à prendre cette habitude. En vain les femmes qui l'entouraient, la vertueuse duchesse de Navailles, Mme de Motteville, et Anne d'Autriche, sa tante et sa belle-mère, lui dissimulaient, autant qu'elles pouvaient, la conduite du roi ; en vain, Anne d'Autriche essayait-elle de la con-

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