‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 218 sur 615 · Sœur de Mme de Montespan · texte numérisé non relu

Sœur de Mme de Montespan

DE MARIE-THÉRÈSE D'AUTRICHE

reine, qui était une très sage princesse, ne porta plus de rubans de couleur depuis ce jour-là et même ne se mit plus de rouge aux joues comme elle avait accoutumé. »

Mais, au reste, il faut bien avouer que ces incorrections qui choquaient si fort le goût circonspect du grand roi, étaient peut-être, chez sa femme, plus fréquentes qu'on n'eût pu le souhaiter, dans un milieu aussi méticuleux que celui de la cour. Française, elle l'était très certainement par le cœur. Elle avait trop souhaité, jeune fille, de devenir reine de France, pour ne s'être pas ardemment attachée à ce royaume rêvé. Là-dessus, tous les témoignages contemporains sont d'accord. « Elle avait, dit Saint-Sinwn, oublié sa maison, sa patrie, et était devenue aussi passionnément française que les plus naturels Française » Mais les sentiments ne font pas les manières, et celles de la reine étaient restées, ce semble, fortement teintées d'un exotisme très méridional. Sa langue préférée était toujours l'espagnol, que, seul, elle parlait à son arrivée en France-. Du reste les courtisans français l'entendaient assez généralement et sans doute, pour lui complaire, ils apprirent à le parler mieux encore, dans la Mélhodc espagnole de Lancelot publiée l'année du mariage de Louis XIV 5. Mais de plus elle écorchait le français d'une façon à faire frémir les « précieuses ». « Notre bonne feue reine parlait un étrange langage, — dit dans une de ses lettres la seconde duchesse d'Orléans*, qui pourtant, en sa qualité d'Allemande, n'avait j)as le droit dêlre bien difficile. — Jamais un ii, tout en ou. Elle disait una servilUeUa pour une serviette, sancta Biergen pour sainte Vierge, des eschevois pour des chevaux, et beaucoup d'autres semblables choses encore.... » De son origine méridionale, elle tenait aussi quelques petits ridicules, qui n'échappaient pas, on peut le croire, à la curiosité, toujours à l'alTùt, de cet entourage ironique. Une gourmandise un peu enfantine : « Quand on dînait, elle ne voulait pas que l'on mangeât ; elle disait toujours : « On mangera tout, l'on ne me laissera rien », et le roi s'en moquait^. Et quand le roi n'y était pas, « elle ne mangeait que

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