‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 268 sur 615 · Voir ce mot au Lexique · texte numérisé non relu

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nouveaux soins à l'examen de sa conscience toujours rigoureux. Avec quel renouvellement de foi et d'ardeiu' lui vîmes-nous recevoir le saint viatique*! Dans de semblables actions, il ne fallut à Marie-Thérèse que sa ferveur ordinaire : sans avoir besoin de la mort pour exciter sa piété, sa piélé s'excitait toujours assez elle-même, et prenait dans sa propre force un continuel accroissement. Que dirons-nous, chrétiens, de ces deux reines? Par l'une Dieu nous apprit comment il faut profiter du

1. « Comme je ne voudrais pas que le respect particulier que je conserve pour sa mémoire, nie pût faire juger de ses sentiments peutêtre trop avantageusement, et que ce que j'écris est un simple récit de la vérité, sans laquelle l'histoire deviendrait une fable ridicule, j'avoue que, parlant selon les préce|)tes de saint Paul, il aurait été à souhaiter, pour l'édification du public, que celle grande reine, par un détachement plus précis de ces bagatelles, eût plus fait voir en son extérieur que Dieu seul régnait en elle. D'un autre côlé, selon ce même apôtre, toutes choses se tournent en bien à ceux, qui aiment Dieu; et nous avons vu clairement que le souvenir de celte faiblesse, qui alors était entièrement innocente, a produit en elle la force de vouloir soulfrir; la connaissance sincère qu'elle a eue de son néant a fait son élévation, et le repentir qu'elle a eu de l'estime qu'elle avait faite dans sa jeunesse des beautés de son corps, a été cause de la sainteté de sa mort.... »

« L'archevêque d'Auch. à qui la reine mère s'était confiée du soin de la plus importante affaire de sa vie, qui était de lui aider à la bien finir, lui dit alors qu'elle n'avait plus de temps <à jiordre, et qu'il était nécessaire de penser à recevoir ses derniers sacrements. Dans ce moment je n'étais pas auprès de cette grande princesse; ma douleur m'obligeait

souvent de m'en séparer, et ce discours, qui marquait les funestes approches de la mort, m'avait fait retirer dans un coin de son cabinet.

Ceux qui en étaient plus proches ont dit qu'alors sa voix changea, et que, malgré sa fermeté ordinaire, l'horreur naturelle que tous les honmies sentent à la \-ue de leur destruction eut en elle son effet. Quand cela serait, je ne m'en étonne i)as; car il n'y a guère de héros, de philosophes, ni même de saints, qui n'en aient senti l'amertume; mais, pour moi, je puis dire avec vérité rjue, mêlant rapprochée d'elle aussitôt après, je ne m'aperçus point de ce changement; et que. si la nature la força de sentir pour quebjues moments la perte de sa vie, sa raison et la force de son esprit surmontèrent bien vite ces sentiments de son âme; car, depuis cet instant, il ne parut en elle aucune marque de crainte ni de tristesse. Elle n'eut aucun attendrissement sur ellemême, et ne témoigna nulle faiblesse, ni dans ses paroles ni dans ses actions. Dieu lui avait donné une fermeté qui, dans toutes les grandes occasions oii elle avait eu à résister à ses malheurs ou à ses ennemis, ne l'avait jamais abandonnée; il ne l'en voulut pas priver dans ses dernières heures, où nous devons croire que la main du Très- Haut, qui a toujours été à son aide, la soutint et la fortifia » (31me de Motteville, Mémoires.)

DE MARIE-THERESE D'AUTRICHE

temps, et l'autre nous a fait voir que la vie vraiment chrétienne n'en a pas besoin. En effet, chrétiens, qu'attendons-nous? Il n'est pas digne d'un chrétien de ne s'évertuer * contre la mort qu'au moment qu' ^ elle se présente pour l'enlever. Un chrétien toujours attentif à combattre ses passions « meurt tous les jours » après l'Apôtre : Quotidie morior^. Un chrétien n'est jamais vivant sur la (erre, parce qu'il y est toujours mortifié, et que la mortification est un essai, un apprentissage, un commencement de la mort. Vivons-nous, chrétiens, vivons-nous? Cet âge que nous comptons, et où tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie? et pouvons-nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années? Le repos et la nourriture ne sontils pas de faibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille ? et celle que nous appelons la dernière, qu'est-ce autre chose, à le bien entendre, qu'un redoublement, et comme le dernier accès du mal que nous apportons au monde en naissant? Quelle santé nous couvrait la mort que la reine portait dans le sein ! De combien près la menace a-t-elle été suivie du coup ! et où en était cette grande reine avec toute la majesté qui l'environnait, si elle eût été moins préparée? Tout d'un coup on voit arriver le moment fatal où la terre n'a plus rien pour elle que des pleurs. Que peuvent tant de fidèles domestiques empressés* autour de son lit? Le roi même que pouvait-il, lui. Messieurs, lui qui succombait à la

1. Evertupv (d'ex et de virtiitem) : lassenibler ses forces contre la mort. « De uièiiie (jue noire grand Dieu a jeté notre àme, qui est d'une si divine origine, dans une chair agitée de tant de convoitises brutales, alin quc^a vigueur de l'esprit s'i'vertnàt tous les jours par la résistance du corps, ainsi est-il.... »

Bossuet, Sermon sur le Mélange des hniis et des inechant.s. — « t^Jue mon cœur s'attendrit à celle triste

vue ! Il Ma constance contre elle à regret s'évertue. » Corneille, Horace, II, 3. Ce mot a été rréquemment emj)loyé dans l'ancien français. Cf. Chanson de Roland, £.riraits, éd. Gaston Paris, v. otU :

« Met sei sour piez, quant qu'il puet s'esvertudet ».

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