Ecrits inédits, p. p. Faugèrc, t. V. p. 28Ô
2. Somaize, le Grand Dictionnaire des Précieuses, 1661. ôi\. Ch.
Livct, t. I, p. 290.
3. Le portrait d'Anne de Gonzafîue fi^^ure dans une des « .Apostilles » du Grand Dictionnaire des Précieuses, sous le nom de !a « divine l'ainpliilio, princesse formée du sani^ des d(Mni-dieux, sœur de la célèbre reine de Sarmates », épouse de « Panipliilius, l'un dos jdus considérableshéros qui liabitent vers le Rhin et le Danube ".laciuelie «aélé longtemps l'un des mobiles de toutes les actions de la cour du grand Alexandre, joignant l(>s lumières (le son bel esprit à celles de ses premiers ministres pour la conduite des plus importantes alVaires».
-i. lUissv-Rabulin, Gorrcspnnddiice. I. 1, p. ri99, iOl. Voici ce morceau : un plaidoyei' v- pour l'Es-
pérance » qu'un autre bel esprit, l'altbé Bourdelot, avait attaciuce :
« A quoi pensez-vous, emiemis déclarés du plus çrand bien de la vie et des plus doux plaisirs du cteur? Quel démon vous inspire d'employer des esprits aussi délicats que les vôtres )u)ur soutenir un si méchant parti ? Haïssez-vous assez res|)érance pour renoncer même à celle de la louange et de l'estime publicpie? De «pielle secte }touvez-vous être, ou de quelle religion ètes-vous de parler si hardiment contre l'opinion des sages el conti-e la loi d(>Dieu? Que vous at-elle l'ait. cette espéi-ance aimable, poTU" la baimii- ainsi de la société humaine et du conunerce des honnêtes gens? Ou'a-t-elle de conunuu avec les passions déréglée^ et les désirs ridicules des visioimaircs?
Pourquoi ne séparez-vou- pas les piélenlions légitimes d'avec les
do son temps — qui, comme le dit une des héroïnes de Bussy- Rabutin, Taisaient a profession d'être chrétiennes et assez réguhères* », au milieu même de leurs désordres, — c'était par son incrédulité. Connue sa sœur, Marie de Gonzague, comme son ami inlinie, le prince de Coudé, elle était « fort peu touchée
chimériques souhaits? Ne sauraiton espérer avec un esprit tranquille ce qu'on désire avec raison? Quelle liumeur nialiffne vous fait prendre un parti si proche de celui du désespoir? Ce monstre abominable, ce partage des lâches et des damnés, pourrait-il séduire assez vos esprits j)our vous rendre protecteurs d'une si terrible opinion? JNe pensez-vous pas qu'en voulant combattre les vices, vous querellez les vertus dont l'espérance sans doute est la plus noble et la plus utile? Y a-t-ii quelque action dans la vie qui s'en puisse ])asser? Et vous-même, en la condamnant, n'avez-vous pas eu quelque esi)érance de nous persuader de n'en avoir plus, et d'attirer nos louanges par la beauté de vos lettres et la nouveauté de vos raisonnements? Que si vous n'avez pas réussi, la faute en est à la cause que vous soutenez, et non pas à votre espoir. L'espérance en ellemême n'a rien que d'aimable et de bon : elle élève le cœur des honnêtes gens, elle fortifie les faibles, et ne peut nuire qu'aux, impertinents et aux ridicules, qui ne s'en servent jamais qu'en se trompant euxmêmes dans la vanité de leurs desseins. L'espérance est enfin le dernier bien des misérables. Que vous a-t-elle donc fait pour la traiter SI mal? ou plutôt que vous a fait le genre humain pour le priver d'un bien que les tyrans et la mauvaise fortune n'ont jamais pu ôter aux malheureux? L'espérance a toujours préparé les chemins à la gloire; et tous .es héros, dont on eu trouve encore quelques-uns aujourd'hui, n'ont peut-être jamais vu leurs victoires aller plus loin ([ue leur
espoir. Il est permis de mesurer son espérance à son couraçe, il est beau de la soutenir malgré les dillicultés: mais il n'est pas moins glorieux d'en soulfrir la ruine entière avec le même cœur qui avait osé la concevoir. Laissez-nous donc es|)érer, puisque aussi bien ne sauriezvous nous en empêcher. Instruiseznous, si vous voulez, à régler ims souhaits; apprenez-nous à choisir nos désirs ; mais permettez-nous de nous consoler de nos mauvais succès, par la satisfaction d'avoir eu des espérances bien fondées: et songez que souvent la perte d'un bien longtemps attendu n'est la douleur que d'un jour, au lieu (jue la joie de l'avoir espéré a fait le bonheur de plusieurs années, et la douceur de mille agréables moments. Ne parlez donc plus contre cette espérance si aimable et si chère. Qu'elle soit sèche ou non, le mérite en est égal ; et, quoi que vous en puissiez dire, une espérance maigre vaudra toujours mieux qu'un gras désespoir. Cette injure qu'on lui donna hier au milieu des plus illustres maigreurs de France n'a rien fait contre sa réputation; et le désespoir, tout gros et tout gras qu'on nous le représente, n'a fait nulle impression sur mon cœur. Je ne sais si Judas était maigre ou replet. L'Ecriture qui parle de son désespoir n'a rien dit de son embonpoint. Quoi qu'il en soit, il est sûr qu'il se pendit faute d'un peu d'espérance. Cet exemple n'est pas beau. Ainsi, malgré tous vos raisonnements, j'espérerai toute ma vie, et ne me pendrai jamais. »