EXTRAITS
Qui bene prœsuiit presbyteri, duplici honore digni habeantur.
Les prêtres qui gouvernent sagement, doivent être tenus dignes d'un double honneur.
I TiM., V, 17.
Je commencerai ce discours en faisant au Dieu vivant des remerciements solennels de ce que la vie de celui dont je dois prononcer l'éloge a été telle, par sa grâce, que je ne rougirai point de la célébrer en présence de ses saints autels et au milieu de son Église. Je vous avoue, chrétiens, que j'ai coutume de plaindre les prédicateurs, lorsqu'ils font les panégyriques funèbres des princes et des gens du monde. Ce n'est pas que de tels sujets ne fournissent ordinairement de nobles* idées : il est beau de découvrir les secrets d'une sublime politique, ou les sages tempéraments- d'une négociation importante, ou les succès glorieux de quelque entreprise militaire. L'éclat de telles actions semble illuminer un discours; et le bruit qu'elles font déjà dans le monde aide celui qui parle à se faire entendre d'un ton plus ferme et plus
1. K SobU' se (lit figurémcnt en cliosos spiriluollos et morales, et signilicf/<v/Hf/,<'/('V('.Ce noètedonne à ses personnages des idées nobles et élevées, des sentiments nobles.
grands et généreux. » Dicl.de Riclielet : « L'Iiomme est le plus noble de tous les animaux. Voilà un cheval bien noble. Les lévriers sont les
Elus nobles de tous les chiens. »
ict. de lAeadénue. llj'.H.
2. .Vcconnnodeuients. Cf. plus loin, p. -ii, n. 4. « Il iallut trouver des tem-
BossUtT.
Ur. l'un.
pérnments et donner au peuple des tribuns pour le défendre contre les consuls. » Bossuet, Hist. universelle, I. 8. « 11 ])roposa cincj ou six tempéranienls qui auraient été re( lis si le roi ne s'était fait une loi de ne l(>s point recevoir. » Sévigné (dans LiUré) : « Mous lui finies voir qu'après ce qui s'était passé, ii n'y avait plus di> sûreté pour lui dans le lenipéranient » (à se tenir sur la réserve). Retz, Mémoires (dans Littré).
iiiagnifique*. Mais la licence^ et l'ambition, compagnes presque inséparables des grandes fortunes; mais l'intérêt etrinjustice, toujours mêlés trop avant^ dans les grandes affaires du monde, font qu'on marche parmi ^ des écueils; et il arrive ordinairement que Dieu a si peu de part dans de telles vies, qu'on a peine à y trouver quelques actions qui méritent d'être louées par ses ministres.
Grâces à la miséricorde divine, le K. P. Bourgoing, supérieur général de la Congrégation de l'Oratoire, a vécu de sorte que^je n'ai pointa craindre aujourd'hui de pareilles dil'lîcultés. Pour orner une telle vie, je n"ai pas besoin d'emprunter les fausses couleurs de la rhétorique, et encore moins les détours de la flatterie. Ce n'est pas ici de ces discours où Ton ne parle qu'en tremblant, où il faut plutôt passer avec adresse, que s'arrêter avec assurance, où la prudence et la discrétion tiennent toujours en contrainte ^ l'amour de la vérité. Je n'ai rien ni à taire ni à déguiser; et si la simplicité vénérable d'un prêtre de Jésus-Christ, ennemie du faste et de l'éclat, ne
1. Elevé, pompeux. Cf. plus loin {Or. fun.de Coudé, p. 546). « Et souvent on ennuie en termes magnifiques. » Bùileau, ép. IV. « Il n'y a rien de plus bas que de parler en des termes magnifiques de ceux mêmes dont Ton pensai/^ très-modestement avant leur élévation. » Lexique de La Bruyère {Grands écrivains).