‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 40 sur 615 · SECO>'D POINT · texte numérisé non relu

SECO>'D POINT

Vous comprenez, mes frères, par tout ce que j'ai déjà dit, que le dessein de Dieu dans l'établissement de son Église est de faire éclater par toute la terre le mystère de son unité, en laquelle est ramassée* toute sa grandeur. C'est pourquoi le Fils de Dieu est venu au monde, et « le Verbe a été fait chair, et il a daigné habiter en nous, et nous l'avons vu parmi les hommes plein de grâce et de vérité » *, afin que par la grâce qui unit il ramenât tout le genre humain à la vérité qui est une. Ainsi, venant sur la terre avec cet esprit d'unité, il a voulu que tous ses disciples fussent unis, et il a fondé son Église unique et universelle, « afin que tout y fût consommé et réduit en un^: » Ut sint consummriti in mium *, comme il le dit lui-même dans son Évangile.

Je vous le dis, chrétiens, c'est ici en vérité un grand myslère en^ Jésus-Christ et en son Eglise. « Il n'y a fpi'une colombe et une parfaite « : Una est columha men, prrfccta nira'^ : Wn'y a qu'une seule épouse, qu'une seule l'glise catholique, qui est la mère commune de tous les fidèles. Mais comment est-elle la mère de tous les fidèles, pnis(ju'elle n'est autre chose que l'assemblée de tous les fidèles'? C'est ici le secret de Dieu. Toute la grâce de l'Église,

\.Iiamassée.\.]).Z,n. i; ôTl.ii. I

'i.Jonnn., t. 11.

^. In. Kmploi du iinitrcconforino ;'i l'u'^ii^o laliii ^« Fliiriiis iii uniiiii confliiif, » Cicéroii «Iniis Forci'lliiii ) l'I riiMiuenl chez Bossuot.

i. Joann.. xni, 23.

5. En. Diiiis la jKMSonno de.., « .I.-C. en qui Adam n'avait ]ioiiit |>t''clit'! ». Bdssiift, llis/diir iiiiirrr- .sv/A-, II, 1.

G. Cunt.y VI, 8.

toute refficacp* du Saint-Esprit est dans l'unité; en l'unité est le trésor-, on l'unité est la vie, hors de l'unité est la mort certaine. L'Église donc est une; et, par son esprit d'unité catholique et universelle, elle est la nnère toujours féconde de tous les particuliers qui la composent. Ainsi tout ce qu'elle engendre, elle se l'unit très intimement : en cela dissemblable des autres mères, qui mettent hors d'elles-mêmes les enfants qu'elles produisent. Au contraire, l'Église n'engendre les siens qu'en les recevant en son sein, qu'en les incorporant à son unité. Elle croit entendre sans cesse en la personne de saint Pierre ce commandement qu'on lui fait d'en haut : (( Tue et mange, » unis, incorpore : Occide et manduca^; et, se sentant animée de cet esprit unissant*, elle élève la voix nuit et jour, pour appeler tous les hommes au banquet où tout est fait un ; et lorsqu'elle voit les hérétiques qui s'arrachent de ses entrailles, ou plutôt qui lui arrachent ses entrailles mêmes, et qui emportent avec eux en la déchirant le sceau de son unité, qui est le baptême, conviction visible de leur désertion, elle redouble son amour -5 maternel envers ses enfants qui demeurent, les liant et les attachant toujours davantage à son esprit d'unité : tant il est vrai qu'il a plu à Dieu que tout concourût à l'œuvre de l'unité sainte de l'Église, et même le schisme, la rupture et la révolte.

Voilà donc le dessein du grand architecte, faire régner

1. Ce mot, qui n'appartient plus qu'à la langue théologique . était d'un usage général au xvii* siècle.

« On n'ignore pas, dit Molière, qu'une louange en vers est dune mei'voilleuse efficace à la tète d'un livre. » Précieuses ridicules, Préface.

2. Le fonds de grâces spirituelles commun aux peuples chrétiens.

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