‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 47 sur 615 · Le désaccoutume du corps, etc · texte numérisé non relu

Le désaccoutume du corps, etc

Il y a dans l'œuvre oratoire de Bossuet différentes répliques de ce passage, qu'il est instructif de comparer au point de vue du style. Le premier développement de l'idée est dans le Paneqifrique de saint François de Paule (1660) : « Voyez si elle {la mort) lui fera seulement froncer les sourcils. Il la contem])le avec un visage riant; elle ne lui est pas inconnue, et il y a déjà trop longtemps qu'il s'^->t l'aniiliarisé avec elle pour être étonné de ses approches. La mortification l'a accoutumé à la mort ; les jeûnes et la pénitence, dit Tertuliien, la lui ont déjà fait voir de près, et l'ont souvent avancé dans son voisinage : Saepe jejunans mortem de pruximo novit. Il sortira du monde pins légèrement: il s'est déjà déchargé luimême d'une partie de sou corps,

comme d'un empêchement importun à l'âme : prxmisso jnm sanquinis succo, tanquam animse impedimento. C'est pourquoi, sentant approcher la mort, il lui tend de bon cœur les bras; il lui présente avec joie ce qui lui reste de corps, et, d'un visage riant, il lui désigne l'endroit oiî elle doit frapper son dernier coup. 0 mort, lui dit-il, quoique le monde te nomme cruelle et inexorable, tu ne me feras aucun mal, parce que tu ne m'ôtcras rien de ce que j'aime. Bien loin de rompre le cours de mes desseins, lu ne feras qu'achever l'ouvrage que j'ai commencé, en me défaisant de toutes les choses dont je tâche de me défaire il y a longtemps. Tu me déchargeras de ce corps ; ô mort, je t'en remercie : il y a plus de quatrevingts ans que je IravaUle moimême à m'en décharger. J'ai professé dans le baptême que ces désii-s ne me touchaient pas; j'ai tâché de les couper pendant tout le cours de ma vie; ton secours, ômort ! m'était nécessaire pour en arracher la racine ; tu ne détruis pas ce que je suis, mais tu achèves ce que je fais. »

Dans le sermon siir l'Amour des plaisirs de 1666. Bossuet reproduit presque textuellement le passage de l'Oraison funèbre ; il le modifie au contraire dans le Second Sermon pour la Pfrification. prêché aussi en Î666 : « Un homme de bien ne sera pas étonné dans les approches de la mort ; son àme ne tient presque plus à rien ; elle est déjà comme détachée de ce corps mortel; au-

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puis fort longtemps, ou dénoué ou rompu les liens les plus délicats qui nous y attachent. Ainsi le P. Bourgoing ne peut être surpris de la mort : « Ses jeûnes et ses pé- « nitences l'ont souvent avancé dans son voisinage, comme (( pour la lui faire observer de près : » Sœpe jejimans (( mortem de proximo novit^. « Pour sortir du monde (( plus légèrement, il s'est déjà déchargé lui-même d'une (( partie de son corps, comme d'un empêchement importun à l'âme : » Prœmisso jam sanguinis siicco, tanquam animœ impedimento^ . Un tel homme, dégagé du siècle, qui a mis toute son espérance en la vie future, voyant approcher la mort, ne la nomme ni cruelle ni inexorable : au contraire, il lui tend les bras, il lui présente sans murmurer ce qui lui reste de corps, et lui montre lui-même l'endroit où elle doit frapper son dernier coup. 0 mort, lui dit-il d'un visage ferme, tu ne me feras aucun mal, tu ne m'ôteras rien de ce qui m'est cher: tu me sépareras de ce corps mortel; ô mort, je t'en remercie; j'ai travaillé toute ma vie à m'en détacher, j'ai lâché de inortiller mes appétits sensuels; ton secours, ô mort, m'était nécessaire pour en arracher jusqu'à la racine. Ainsi, bien loin d'interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais qu'accouqilir l'ouvrage que j'ai commencé; tu ne détruis pas ce que je prétends, mais tu l'achèves. Achève donc, ô mort favorable! et rends-moi bientôt à mon Maître.

tant qu'il a dompté de passions, autant a-t-il ronipn de liens; l'usafic de la pénitence et de la sainte niortilicalion l'a déjà comme désaccuntuiné de son corps et do ses sens, et quand il verra arriver la mort, il lui tendra de bon cœur les bras; il lui montrera lui-même l'endroit où il kuil (pi'elle trapjie sou dernier coup. 0 mort! lui (hra-t-il, je ne le nommei'ai ni crutdle, ni inexorable; tu ne m'ôteras aucun des biens ipie j'aime, lu me délivreras de ce corps

BussuET. — Or. fan.

mortel. 0 mort! je t'en remercie.

Il y a déjà tant d'années que je travaille moi-même à m'en détacher et à >ecout'r ce fardeau! Tu ne troubles donc pas mes desseins, mais tu les accomplis. Tu n'interi'omps pas mon ouvrajje, mais j)lutôt tu y vas mettre la dernière main. .\cbève donc, ô mort lavorable ! et rendsmoi bientôt à mon maître : i\unc d'uni l lis, etc. »

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