‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 497 sur 615 · Vas vobis divitibns.lLuc.W, 2i · texte numérisé non relu

Vas vobis divitibns.lLuc.W, 2i

5. « Mais, fidèle, il ne t'est pas inoins salutaire qu'on t'enlève quel-

cpiefois ce que tu possèdes. Connaissons-le par expérience. Quand nous possédons les biens temporels, il se fait certains nœuds secrets qui engagent le cœur insensiblement dans l'amour des choses présentes, et cet enga^ment est plus dangereux en ce qn il est ordinairement plus imperceptible. Le désir se Aiit mieux sentir parce qu'il a de l'agitation et du mouvement, mais ta possession assurée, c'est un repos, c'est comme un sommeil : on s'y endort, on ne le sent pas. C'est ce que dit l'apôtre saint Paul, que ceux qui amassent de grandes richesses, T:l'jjm6i'Co-/-tz, tombent dans les lacets, incidunt in laqueum. C'est que la possession des richesses a des filets invisibles (M le cœur se prend insensiblement.

Peu à peu il se détache du créateur par l'amour désordonné de la créature et à peine s'aperçoit-il de ce;

DE MICHEL LE TELLIER

session on trouve, comme dans un lit, un repos funeste; et on s'endort dans l'amour des biens de la terre, sans s'apercevoir de ce malheureux engagements C'est, mes frères, où^ tombe celui qui met sa confiance dans les richesses, je dis même dans les richesses bien acquises. Mais l'excès de l'attachement que nous ne sentons pas dans la possession se fait, dit saint Augustin, sentir dans la perte. C'est là qu'on entend ce cri d'un roi malheureux, d'un Agag outré contre la mort qui lui vient ravir tout à coup, avec la vie, sa grandeur et ses plaisirs' : Siccine séparât amara mors? « Est-ce ainsi que la mort amère vient rompre tout à coup de si doux liens? )) Le cœur saigne.: dans la douleur de la plaie, on sent combien ces richesses y tenaient; et le péché que l'on commettait par un attachement si excessif se découvre* tout entier : Quanlum amando deliquerintf perdendo senserunl. Par une raison contraire, un homme dont la fortune protégée du ciel ne connaît pas les disgrâces; qui, élevé sans envie ^ aux plus grands honneurs, heureux dans sa personne et dans sa fnmille, pendant qu'il voit

allaclioiuciit vicioux. Mai?; qu'on lui dise que cotte maison est brûlée, que cette somme est perdue sans ressource par la banqueroute de ce marcliand : au.-situl le cfeur saignera, la douleur delà plaie lui fera sentir « combien bs ricbcsscs étaient lortemenl atlr.f liées aux libres de l'ànie, et combien il sécartait de la droite voie par cet attachement excessif ». Qunnlum hscc (viKiiido j)eccaveri)ii , jundcndo sciist'runt, dit saint Augustin. »

V'Sfiinon sur la I*f(ivi(l('iic(\'\C>oCi {Scnn. clioisis, éd. cias.s. Hachette, p. 93-0 i.)

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