Cf. p. 77, n
4. « Voici encore de la mort et de la tristesse, mon cher cousin.
Mais le moyen de ne pas vous ]iarler (le la plus "belle, de la iilus niagnilique et de la plus triomjjhante }i()nipe funèbre qui aitjamais été faite depuis qu'il y a des mortels ; c'est celle de feu Monsieur le Prince qu'on a faite aujourd'hui à Notre-Dame ; tous les beaux esprits se sont épuisés à faire valoir tuut ce qu'a fait ce grand prince, et tout ce cju'il a été. Ses pères sont représentés par des médailles jusqu'à saint Louis ; toutes ses victoires par des basses-tailles (ou bas-reliefs), couvertes comme sous des tentes dont les coins sont ouverts, et portés par des squelettes dont les altitudes sont admirables.
Le mausolée, jusque près de la voûte, est couvert d'un dais en manière de pavillon encore plus haut, dont les quatre coins retombent en guise de tentes. Toute la place du
DU PRI>'CE DE GONDÉ
pleurer autour d'un tombeau, et des* fragiles images d'une douleur que le temps emporte avec tout le reste : des colonnes qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant : et enfin rien ne manque dans tous ces honneurs, que celui à qui on les rend. Pleurez donc sur ces faibles restes de la vie humaine, pleurez sur cette triste immortalité que nous donnons aux héros. 3Iais approciiez en particulier, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire, âmes guerrières et intrépides. Quel autre fut plus digue de vous commander? mais dans quel autre avez-vous trouvé le commandement plus honnête-? Pleurez donc ce grand capitaine, et dites en gémissant : Voilà celui qui nous menait dans les hasards^; sous lui
chœur est ornée de ces basses-tailles, f-'l (le devises au-dessous, qui parlent (ie tous les temps de sa vie. Celui de sa liaison avec les Espagnols est exprimé par une nuit obscure, où trois mots latins disent :
Ce qui s'est fait loin du soleil doit être caché. Tout est semé de fleurs de lis d'une couleur sombre, ot audessous une petite lampe qui fait dix mille petites étoiles. Tout le monde a été voir cette pom|)euse décoration. Elle coûte cent mille Irancs à Monsieur le Prince d'aujounl'hui ; mais cette dépense lui l'ait bien de l'honneur. » (Mme de Sévigné, 10 mars 1687.) Les inscriptions étaient du père Ménétrier, qui avait un talent ]iarliculier pour ce genre de cnmpo-ili,>ii : le texte de l'inscription citée par Mmi' de Sévigné e>l celui-ci : Lateant, (/use sine sole. Cf. la Gazette de France dj 15 mars ItnS?.
1 . Des fra(jiles images. Cf. Malherbe. I, t).S : « Ils n'ont jamais que des tièdes hivers. -. Édit. de 1620.
Mais dés IT-dilion de 1651 des (puvres de Malherbe on trouve la variante K de tiédes hivers ». Cet emploi de des devant un nom précédé
d'un adjectif est en effet très rare au XVII' siècle, et formellement coudamné par les grammairiens. « Je doutais si j'en ferais une remarque, écrit Vaugelas en l(3-i7, mon dessein n'étant que d'en fan^e sur les choses qui sont tous les jours en question et en dispute, même parmi les gens de la cour et nos meilleurs écrivains.
11 no me semblait pas que celle-ci dût être mise en ce rang, conmie en eflét il n'y a guère de iiersonncs qui aient tant soit peu de soin d'apprendre à bien parler et à bien écrire, qui ne sachent ce (|ue je vais remarquer. Xu nominatif et à l'accusatif, de se met devant l'adjectif et des devant le substantif.... C'est une règle essentielle dans la langue. » Remarques, édit. Cbassang, t. II, p. 6-7.
2. Honnête. Au sens si fréquent de ce mot au xvn* siècle, aujourd'hui vieilli : « civil, courtois, l>oh ». Dict. de VAcad.. 1694.
5. Les /lasards. Les périls, et plus |iarliculiérement les périls des i-ombats. « Si l'espoir qu'aux bouchi's des hommes î| .Nos beaux faits seront l'écités !| Est l'aiguillon par qui nous sommes || Dans le^ ha-
Or.AlSON I INÈDRE
se sont formés tant do renommés capitaines, que ses exemples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre: son ombre eût pu encore gagner des batailles; et voilà que, dans son silence, son nom même nous anime, et il nous avertit que pour trouver à la mort quelque res(e de nos travaux, et n'arriver pas sans ressource à notre éternelle demeure, avec le roi de la terre il faut encore servir le roi du ciel. Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d'eau* donné en son nom- plus que tous les auli-es ne feront jamais tout votre sang répandu; et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que^ vous vous serez donnés à un maître si bienfaisant. Et vous, ne viendrez-vous pas à ce ti'iste monument, vous, dis-je, qu'il a bien voulu mettre au rang de ses amis? Tous ensemble, en quelque degré de sa confiance qu'il vous ait reçus, environnez ce tombeau; versez des larmes avec des prières; et admirant dans un si grand prince une amitié si commode* et un commerce si doux , conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi puisse-t-il toujours vous être un cher entretien ; ainsi puissiezvous profiter de ses vertus: et que sa mort, que vous déplorez, vous serve à la fois de consolation et d'exemple. Pour moi , s'il m'est permis après tous les autres de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau, ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire :
sards précipités. » Malherbe (dans Littré). «Ce sang... qu'au milieu des hasards n'osait verser la guerre. »
Corneille, Cid, H. 9. « Qui, lidèle à ses rois, vieilli dans \e?> hasards.
Il Avait du grand Henri suivi les étendards. » Voltaire, Henriade,ï\.
1. La Harpe {Lycée, 1. Il, sect. 5) s'excusait avec timidité de « savoir gré à l'auteur de ce contraste ha-
sardeux et de cette citation vulgaire », mais « ennoblie par Thumanité ».
2. Et quicumque potiim dederit uni ej- ininimis istis caliccm aqux friqidse tantiim in nomine discijmli, amen dico vobis. non perdet mercedem SMom. (Matth.. X. 42.)