‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 75 sur 615 · LE 1(3 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

LE 1(3 NOVEMBRE

NOTICE

Peu de 'reines modernes ont eu une vie aussi agitée que celle dilenrieltc de France, et cette héroïne d'oraison funèbre eût pu être l'héroïne d'un roman.

>'ée à Paris, le 25 novembre 1609, elle était le sixième des enfants de Henri IV et de Marie de îlédicis. Elle avait à peine seize ans quand on la fiança à Charles ^'" d'Angleterre. L'habileté des deux gouvernements sut donner aux pourparlers et aux préparatifs de ce mariage la tournure romanesque qui était dans les goûts du temps, et la correspondance où l'envoyé anglais, Kensington, les raconte, est parfois tout imprégnée d'un parfum d'Aslrée ou de Grand Cyrus. Cependant c'était une union dont la politique avait eu la première idée. Le connétable de Luynes et, après lui, Ilichelieu tenaient à tout prix à faire entrer l'Angleterre dans la vaste ligue qu'ils méditaient contre la maison d'Autriche, lu nouvel élément se mêla bientôt à ces vues belliqueuses : l'élément religieux. Charles était protestant, Henriette catholique; il fallait, pour les unir, une dispense pontihculc, que la cour de Uomc n'accorda qu'au j.rix

d'avantap:cs formels stipulés en faveur des catholiques anglais. Quand Urbain VIII écrivit à la jeune princesse, « il l'encouragea à devenir » en Angleterre « l'Esther de son peuple opprimé, la Clotilde qui soumettrait au Christ son victorieux époux* p.

Henriette était du reste assez bien préparée pour le rôle militant qu'on lui demandait de jouer. De son père, elle tenait, ce semble, beaucoup de grâces extérieures; elle avait l'esprit doux et agréable, encore que peu cultivé; — elle manqua toujours, dit Mme de Motteville, de ces « grandes et belles connaissances que donnent l'élude et la lecture »; — elle avait le « cœur noble, tendre, compatissant », mais ferme; une énergie « plus qu'ordinaire », d'autant plus sensible, même, dans ses manières et ses paroles, qu'elle était de petite taille et de peu d'apparence. « Kous étions allés plusieurs ensemble pour la voir à Wliitehall, raconte un Anglais témoin de son arrivée à Londres, et, d'un simple froncement de sourcils, elle nous a tous expulsés de sa chambre parce qu'il y faisait trop chaud. Il n'y a qu'une reine qui puisse décocher un regard aussi impérieux-. » — De plus, cette tîUe de Marie de Médicis avait la piélé d'une fille d'Italienne. « Elle avait été formée surtout à la religion, — dit un de ses anciens biographes, — et principalement par les saints exemples et les solides instructions de la mère Madeleine de Saint-Joseph, religieuse carmélite, morte depuis en odeur de sainteté. La tendre inclination que la princesse Henriette avait conçue pour cette religieuse dans les fréquentes visites que sa mère lui rendait, ne lui permit pas de partir pour l'Angleterre sans avoir été auparavant passer quelques jours avec elle pour lui demander des histruclions^. » Aussi ne s'embarqua-t-elle qu'entourée de serviteurs catholiques et de prêtres. Elle emmenait trente-six chapelains, dont douze prêtres de l'Oratoire, conduits par le fondateur même de cette congrégation, le père de Bérulle, son confesseur. Du reste, elle ne faisait en cela que ce que lui permettait son contrat. Reste à savoir si le procédé était aussi prudent que légal.

Au moins ne larda-t-on pas à voir les inconvénients de cette

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