Comte de Bâillon, Henriette- Marie de France, p. io
■2. M. Pory to the Rev. ,1. Mead.
tkiiis Bâillon, ouv. cité, p. 72.
5. Recueil des Oraisons funèbres prononcées par M. Bossuet, 1762 (notice historique sur Henriette de
Franco).
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invasion indiscrète, à In cour d'Angleterre, d'une troupe si nombreuse d'étrangers qui, sans doute, n'étaient pas tous fort réservés ni fort adroits à se faire tolérer. Ce furent d'abord, de part et d'autre, des tracasseries puériles. « Un jour, le confesseur de la reine, au diner royal, gagnait de vitesse le chapelain anglican, et disait les Grâces le premier; le roi, choqué de lui voir faire le signe de la croix, se levait aussitôt et, prenant la reine par la main, quittait brusquement la table et l'assemblée. Une autre fois, une des dames anglaises de la maison royale imaginait, de son autorité privée, de faire faire le prêche protestant pour les domestiques dans la propre salle des gardes de la reine. Cette princesse, vivement blessée à son tour, passait bruyamment au milieu de l'assemblée avec ses dames françaises, causant et riant de manière à troubler prédicateur et assistants 1. » Puis les procédés devinrent plus âpres ; l'hostilité mutuelle se manifesta plus crûment. Le Parlement mandait à sa barre le maître d'hôtel qui servait les Oratoriens de la reine pour savoir quel était le genre de vie de ces moines d'oulre-mer^; Henriette, à son tour, refusait de se laisser couronner à Westminster d'après les usages séculaires du pays, au grand scandale du Parlement et du peuple, et au grand embarras de son mari^.
Au i-este Charles P% lui-même, n'était pas sans éprouver quelque jalousie do l'influence qu'avaient sur la reine ses conseillers français, Hérulle surtout. Enfin Ruckingham — favori du roi, et jaloux à son tour de l'ascendant qu'il sentait bien (pie la jeune reine finirait par prendre sur son mari — attisait ces démêlés domestiques. Vainement Louis XIlï intervint pour soutenir sa sœur dont il recevait les doléances: un beau jour, sur l'ordre de Cliarles I", le lord secrétaire d'Etat signilia à toutes les personnes qui composaient la maison française de la reine d'avoir à quitter WhitehaH. « Les fenunes se mirent à pousser des cris de détresse, et à se lamenter comme si on les menait au supplice; mais les gardes barricadèrent les portes derrière elles. «Enfermée, cependant, avec le roi, et entendant ces cris, Henriette « s'élance vers la fenêtre, et comme Cliarles s'oppose il ce <{u'clle l'ouvre, elle brise les vitres avec sa tête,
1. niiilloii. o«j')'. rili\\\.~7^. [ fA' BrriiHr et HichoH'ni, p. 2i.
2. Lahlic \\(\n<.f-i\\o. Le (■(irliiuil [ 3. IJailloii, onvr. cilé, p. S7-8S.
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se prend des mains aux barreaux de fer, en appelant ses dames par leurs noms, et le roi ne parvient à l'arracher de la fenêtre qu'en déchirant sa robe, et non sans lui avoir écorché les mains ». — Un mois après, connne les prêtres et les dames de la reine étaient encore là, clierchant à négocier, le roi écrivait à Buckingham, le 7 août 1G20: « Je vous ordonne d'expulser tous les Français hors de la ville demain matin. Si vous le pouvez, employez la douceur, mais ne perdez pas de temps en discussions. Sinon, agissez par la force et chassez-les comme autant de bêtes sauvages, jusqu'à ce que vous les ayez tous embarqués, et que le diable s'en aille avec eux ! {and so Ihe devil go rvith them)^. » — Quelque temps après, les rigueurs contre les « papistes » redoublaient, et, au dehors, Charles \" étalait une politique à la fois anticatholique et antifrançaise. Cédant aux conseils de Buckingham, il l'envoyait à la Rochelle, avec des vaisseaux et des troupes, au secours des protestants révoltés. Estlier, on le voit, avait assez mal réussi dans sa double mission politique et religieuse.
Toutefois les résultats de ces mesures de rigueur prises par Charles I" ne furent pas tels qu'on eût pu s'y attendre. Les circonstances y aidèrent du reste. Buckingham mourut. Richelieu, qui avait besoin de l'Angleterre, lit quelques avances à son roi. La paix fut rétablie entre les deux pays, et, en même temps, grâce aux bons oftices de l'ambassadeur extraordinaire envoyé à cet effet — Bassompierre. — elle le fut entre les deux époux royaux. Un arrangement, conclu sous les auspices de Bassompierre, organisa, à nouveau, la maison de la reine, où les Anglais furent en majorité; un évêque, un confesseur et son assistant, et six prêtres furent accordés à à Henriette, ainsi qu'une nouvelle chapelle. Et Charles I'% qui, comme il l'avait déclaré aux gens de la première maison de sa femme, était convaincu qu'Henriette n'appartiendrait jamais complètement à sa tendresse tant qu'ils seraient là, s'abandonna sans arrière-pensée, à l'empire de cette « vaillante femme », aux « yeux noirs et brillants comme les étoiles », ainsi que l'écrit un Anglais contemporain. Henriette, de son côté, se prenait à aimer davantage un mari que d'abord, à son arrivée en Angleterre, elle avait mal jugé-, et qui, malgré les
1. Bâillon, ouvr. cité, p. 89-91, j 2. Mémoires de Le Veneur de Ti- 93. I liéres, cités par Bâillon.
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incertitudes et les duretés de sou caractère, était digne, par la distinction de ses manières et la cultui^e de son esprit, de son épouse française. Alors commencèrent pour la fille de Henri IV seize années d'un bonheur domestique, rare, autrefois, dans les familles royales, où l'inconduite était pour ainsi dire de règle. Épouse et mère heureuse, souveraine admirée, elle formait sa cour à l'image de celle de France. Rappelant ses goûts d'enfance pour les pastorales et les ballets en masques, elle faisait composer des divertissements de ce genre, en anglais, par Walter Montague, Reaumont, Fletcher, et elle y jouait son rôle. A l'exemple de son mari, elle encourageait l'architecture, la peinture que représentaient à Londres l'illustre Van Dyck et son disciple, sir Peter Leiy. Elle était digne enfin des hommages enthousiastes que lui adressait Edmond Waller :
Mirjlilii (jiieen In whom ihe extrêmes of Power and Beauty move, The qiieen of Bvitain and ihe qiieen of Lovc^.
Mais si ces élégances conciliaient à la reine les sympathies de la noblesse de cour, elles étaient vues d'un œil bien différent par cctie secte intransigeante du jjrotcstantisme anglais, qui s'ap[)clait avec orgueil la secte innilainc, et les pamphlets les plus violents flétrissaient la conduite de cette princesse « papiste » qui se faisait, aux yeux de tous, « comédienne ». D'ailleurs l'opposition protestante avait d'autres griefs, plus sérieux. Les progrès de la reine dans la faveur de son mari étaient aussi des progrès du prosélytisme catholique. Des capucins étaient venus (1020) remplacer les oratoriens évincés. Les cérémonies du culte romain se célébraient, à la porte du palais de Somerset-liouse, avec autant de pompe qu'à Paris. Des abjurations étaient solennellement reçues et fêtées dans les cliapeiles de la reine. « Sous l'influence de sa femme, (".liaries n'avait pas seulenuMit tempéré ra})plication des lois pénales » contre les dissidents, « il avait admis dans son royaume un nonce apostolique, autorisé l'envoi d'un représentant (1«^ la reine auprès du Saint-Siège, accepté l'idée d'une enlcnte avec Rome- ». Le pape, enchanté, nianifeslail à la
1. i< Piiiss;iiil(^ l'citK^, cil (|ui SI- Iniulit'iil les iioiiils extivinos du l'oiivuir cl (le la Beauté, rciue
d'Aiiuli'li'i'i"»', et l'cmc (il' l'aiiKiur! » '1. Fa^'uiiv. Hicfu'lieu et le l'ère Joseph, t. I, 1». 511.
fer veille catholique assise sur le Irùnc d'Elisabeth sa gratitude enthousiaste, et à chaque promotion de cardinaux il y avait un « chapeau » réservé pour le candidat d'IIenrictte-Marie. Tout cela faisait gronder aussi bien les anglicans que les presbytériens contre la « Chanaiiéeinie r> et 1' « idolâtre » comjjagne de riiériticr de Henri VIII. Ajoutons que Cliarles I'^', dans son allectioji trop peu circonspecte, ne cachait pas rentière confiance qu'il avait dans une çpouse quelque temps méconnue. « Non seulement, dit l'historien contemporain Clarendon, il ne décidait rien sans l'assentiment de cette princesse, mais il voulait encore qu'on sût bien qu'il agissait ainsi. »
On ne peut donc pas s'étonner de l'animosité spéciale qui s'attacha à la personne d'Henriette dés le moment où la lutte éclata entre Charles I" et ses sujets. Et, après la mort du ministre Strafford, lâchement sacrifié par le roi aux ressentiments de ses sujets, l'un des premiers actes du Parlement fut d'essayer d'enlever à la reine la garde de ses enfants dont elle prétendait, disait-on, faire des ignorants et des « papistes* ».
Mais Henriette n'était pas femme à capituler dés l'abord devant ce déchaînement de haines, encore que menaçantes, et puissantes déjà. Avisée, un jour — à la campagne où elle était retirée, — que le Parlement avait envoyé des hommes pour l'enlever avec ses enfants, elle ne s'étonne point, « elle mande à ses principaux officiers, qui étaient à Londres i)our leurs propres affaires, de se rendre auprès d'elle avant minuit, avec le plus de monde qu'il leur serait possible, puis elle fait armer jusqu'à ses marmitons de cuisine. Elle alla ensuite se promener dans le parc, sans montrer aucune inquiétude, et la nuit se passa sans qu'on vît aucune marque du dessein du Parlement-. » En vraie fille de Henri IV, elle employait à se défendre la générosité en même temps que la ruse. « Peul-on mieux faire sentir son autorité, disait-elle puljliqucment, qu'en faisant du bien à ceux gui nous persécutent? Elle ne voulait pas même qu'on lui dit les noms des personnes qui la rendaient odieuse aux principaux de la cour. S'ils me haïssent, leur haine ne durera peut-être pas toujours, et s'il leur reste quelque sentiment d'honneur, ils auront honte de tourmenter une femme qrii prend si peu de prccautio)is pour se défendre^. »
1. Itaillon, oiivr. ci/é. ]>. \\\7>. I 5. Kdit. ciléi; des Oruis. funcbrts
2. Mme de Jlotlevillc, Memuiica. \ de J.-ii. Uossuct, jj. xxvn.
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— Cependant elle ne négligeait pas ces moyens de négociation et de corruption, qui alors, plus encore qu'aujourd'hui peutêtre, faisaient tout le fond de la politique : en y mettant le prix, elle réussit à ramener au service du roi un certain nombre de parlementaires ou de seigneurs. Objet, de la part de son mari, d'une « tendresse pleine d'admiration et de reconnaissance » — (ce sont les mots dont Charles I" lui-même se servait en lui écrivant*), — elle le détermine, alors, à profiter des circonstances, qui semblaient lui redevenir favorables ; à couper court, par un coup de force, aux tentatives de son Parlement rebelle, à faire arrêter, à Fimproviste, les meneurs coiaïus. Charles I" la croit, et décide l'afTaire dans le plui grand secret. Mais la reine n'avait pas autant de discrétion que d'énergie. Pendant que son mari était au Parlement, Henriette, « croyant le coup fait, ne put contenir l'impatience quelle avait de le voir exécuté, et dit à une de ses favorites (pii entra dans son cabinet : « Réjouissez-vous, car à Tiienre « quil est, le Roi est, à ce que j'espère, le, maître de son État, et « tels et tels sont sans doute arrêtés. » Il était encore temps d'avertir ceux qui étaient menacés ; la favorite en profita sur-lechamp, et le dessein fut éventé. »
Mais alors la situation de la reine, qui avait inspiré ce' projet hardi, devenait intenable en Angleterre. Une reine n'est qu'une sujette comme les autres, disait-on publiquement; et l'on ne parlait déjà de rien moins que de la faire passer par les lois du pays. S'aperccvant bien que sa présence n'était plus pour son mari qu'un danger imitile, Henriette prit le prétexte d'aller conduire sa till(^ mariée depuis peu à Guillaume de Nassau, et en février l(3i2 elle s'embarqua pour la Hollande. Elle y passa plusieurs mois, occupée à réunir de l'argent et des hommes, enfoncée dans les négociations politiques et financières, travaillant tantôt avec son gendre — « personne malaisée à engager », écrit-elle elle-même, — tantôt avec les membres des Etats, gros bourgeois, \)e\i respectueux des têtes couronnées, qui « entraient où elle était, le chapeau sur la tête, venaient s'asseoir auprès d'elle dans des chaises, et se mettaient en conversation avec elle..., de la même manière qu'avec leurs égaux de la Haye- ». Le 10 avril 1042, la courageuse
1. Mi-ni. reltit. à la Hév. crAngL. | "2. Mme <lo MoUovilIc, Mcniu'rrs, coll. lluizol, VI, 1). iio. ' l-i'il. Iliaux, l. 1, p. -iU'J.
6i ORATSON FT'NftnRE
négociatrice écrivait à son mari qu'on ne voulait rien prêter sur ses rubis; mais qu'elle allait mettre toutes ses pierreries en gage. Elle eût voulu du moins que Charles profitât de ces ressources pour pousser le Parlement vivement, sans temporiser, et pour le contraindre à se soumettre, a Quand vous aurez mangé cet argent, disait-elle assez justement, il n'y aura plus de moyens d'en avoir d'autre;... et je serai conti-ainte de me retirer dans un couvent et de demander l'aumône. »
Celte « constance », cette a résolution », cette hardiesse qu'elle recommandait à Charles dans toutes ses lettres, ellemême en donnait mille preuves. A son retour de Hollande, une tempête assaille sa petite flotte et lui fait perdre deux vaisseaux : tant qu'elle put, Henriette demeura sur le tillac de son navire, et à la hn, « liée dans un petit lit et ses femmes autour d'elle, se confessant tout haut », elle donnait à ses compagnes l'exemple d'une intrépidité au-dessus de son sexe, et gaîment elle les assurait que « les reines ne se noyaient pas ». Abordée en Angleterre et à peine débarquée, « cinq vaisseaux eimeniis, avertis de sa descente, viennent canonner la maisonnette où elle se reposait. La Reine, quoique épuisée de fatigue, quitte son lit et va s'abriter dans un fossé où elle se trouve couverte de la terre que les boulets soulevaient. » Mais tandis qu'elle y courait, il lui souvint tout à coup « d'une laide chienne nommée Mitte, qu'elle aimait fort et qu'elle avait laissée endormie dans son lit : elle retourna sur ses pas et, malgré ceux qui la suivaient, alla reprendre cette bête' ».
Rientôt elle court à travers le comté d'York, levant des troupes, les équipant avec les armes qu'elle apportait de Hollande, et, « ayant fait une belle armée, elle marche droit vers son mari, toujours à cheval, sans nulle délicatesse de femme, vivant avec ses soldats — raconte Mme de Motteville — à peu près comme on pourrait s'imaginer qu'Alexandre vivait avec les siens. Elle mangeait avec eux à découvert, au soleil, sans nulles cérémonies; elle les traitait comme ses frères; ils l'aimaient tous uniquement. » On l'accueillait aux cris de : « Vive la reine généralissime ! » Chemin faisant, quand elle loge dans le château de quelque seigneur devenu hostile ou indifférent à la cause du roi, elle remercie avec di-
i. Mine de MoUeville, Mémoires, éil. citée, 1. 1, y. 210 et suivantes.
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gnité de l'hospitalité plus ou moins volontaire qu'on lui offre, — et elle conlisque l'argenterie en s'en allant*.
Toute cette énergie devait être en pure perte. Elle le sentait bien du reste, et ce grand effort fut suivi chez elle d'une défaillance funeste. « Tandis que Charles I*"" épuisait ses ressources, éparpillait son année, perdait son temps à des sièges de villes de province, les Parlementaires se dirigeaient sur Oxford, avec des forces considérables, pour assiéger cette ville où se Irouvait la reine. A leur approche, Henriette-Marie, alors enceinte de sept mois, prit peur, et déclara qu'elle voulait partir. En vain, quelques membres du Conseil se hasardèrent-ils à blâmer cette résolution; en vain le roi lui-même témoigna le désir de lui en voir changer. L'idée d'être enfermée dans une place assiégée lui était, disait-elle, insupportable, et elle mourrait si on ne lui permettait pas de se retirer vers l'ouest dans quelque ville où elle put accoucher loin de la guerre et s'embarquer même pour la l'rance en cas de pressant danger. Hors d'elle-même, à la moindre objection, elle s'emportait, suppliait, pleurait. Personne n'insista plus-. » Et vers la fin d'avril la reine se réfugia à E.xeter. Là elle se trouva réduite à une telle indigence qu'Anne d'Autriche, avertie, lui envoya en hâte sa sage femme et quelque argent. Ce fut là (ju'cUe donna le jour, le IGjuin lG4i, à la princesse Henriette- Anne. Cependant Exeter à son tour était menacé par l'armée du Parlement, que commandait le comte d'Essex. Aussi, à peine dix-sept jours après la naissance de sa fille, la reine, ne voulant pas tondjer aux mains des rebelles, se lève, et s'échappe. Elle s'achemine vers la mer. N'ayant pu trouver de vaisseau, elle est obligée de rester cachée, doux jours durant, dans une chaumière abandonnée, d'où « elle entend déliler les troupes ennemies et les soldats se disant l'un à l'autre que quiconque porterait à Londres la tête de la reine recevrait du Parlement 50 000 écus de récompense ».
La traversée en France ne fut pas moins pleine de périls Les vaisseaux ennemis poursuivirent son navire jusqu'à l'île de Jersey, et là, en vue des côtes de France, la tempête se mit de la partie. « Ce fut alors, disent ses anciens biographes, que cette malheureuse princesse (pii avait montré jusque-là tant de
1. hiïiUon, OUI' r. cite. \). IS}\. | lî. Cim/.ol,Ri'volut.fiAti(ilelrrre. IJossiirr. — Ur. l'un. 5
ORAISON FU>'ÉBRE
constance, voy.int les Anglais venir à son vaisseau dont les voiles étaient déjà percées de boulets de canon, outrée de douleur de se voir près de tomber entre les mains de ses sujets perfides, lit appeler le capitaine* » et lui commanda « de mettre le feu aux poudres s'il voyait qu'elle ne put échapper- ». A la fin, on aborda heureusement sur les côtes de la Basse-Brelague, dont les habitants, prenant ces fugitifs pour des corsaires, coururent d'abord aux armes.
En sûreté sur sa terre natale, la courageuse femme ne crut pas son rôle fini. A peine arrivée, elle ne songe qu'à faire tenir à son mari « de la poudre, des balles, de l'argent^ ». Malgré la dépression profonde que tant de revers avaient produite sur son tempérament (elle passa plusieurs mois dans des larmes presque continuelles), elle se montre de nouveau industrieuse autant qu'énergique. Elle cherche à vendre en France les produits des mines d'étain de Cornouailles. En -1045. elle obtient de la reine régente Anne d'Autriche l'envoi d'une ambassade à Londres et en Ecosse pour intervenir en favem' de Charles Stuart; auprès de plusieurs autres cours d'Europe, elle fait des démarches semblables, et mendie partout, sans se lasser, des troupes et des subsides. Elle fait marché avec Charles IV de Lorraine, qui, chassé de ses États par Richelieu, vivait à Bruxelles avec une troupe de condottieri disponible. Mais le sentiment de la solidarité des princes était bien passé alors, et, sauf quelques secours indirects, personne ne consentait à tenter une action efficace. En même temps, et jusqu'à la fin, Henriette soutenait son mari de son ardeur et de ses conseils. Sa correspondance, récemment publiée*, nous fait assister jour par jour à cette collaboration fébrile, que la conduite de Charles 1" ne satisfait pas toujours. Elle lui reproche de s'aliéner leurs meilleurs amis (28 février 1645) ; de ne rien faire pour ces catholiques dont, en France, la reine tire le peu d'or qu'elle puisse lui envoyer. Elle est toujours la femme ardente, la lutteuse intransigeante des premiers jours; loin des événements, elle ne comprend pas des concessions qu'elle juge infamantes pour la dignité royale. « Avec le biais que vous avez
1. Notice historique de l'édition des Oraiso7is funèbres déjà citée phis liaut.