G. Hanolaux, p
4. Mme de Motteville, .)/<'/«. publié par G. Hanotaux, p. 25 : « La Reine d'Angleterre envoya l'argent au Roi son mari, et notre Reine lui en redonna d'autre et reçut cette prin-
XXIV BOSSUET ET I/ORAISON FUNÈBRE
Mais il n'en est pas moins vrai que quand ces indications et ces jugements ne cadraient pas, aux yeux de Bossuet, avec les convenances de l'oraison funèljre, il ne s'est pas cru obligé de les suivre. II s'est même cru autorisé à en prendre exactement le contrepied*. — « (La reine d'Angleterre) raillait de bonne grâce, disait, dans son Ménioire, Mme de Motteville, et pour l'ordinaire il était difficile, malgré l'innocence de son intention, que le prochain n'y fût un peu blessé. » Et Bossuet, au contraire : « Rappelez en votre mémoire avec quelle circonspection elle ménageait le fn^ocliain et combien elle avait d'aversion pour les discours empoisonnés de la médisance. Elle savait de quel poids est non seulement la moindre parole, mais le silence même des princes, et combien la médisance se donne d'empire quand elle a osé seulement paraître en leur auguste présence. »
Mais c'est que, sur ce point, Henriette de France avait changé dans les derniers temps de sa vie. Mme de Motteville elle-même le reconnaît, immédiatement après l'observation que nous avons citée : « A mesure qu'elle avançait dans la piété, à mesure aussi elle se retenait de parler quasi sur toutes choses », et à la fin de sa vie « elle était devenue scrupuleuse là-dessus ^ ».
De ces deux assertions successives, Bossuet retient exclusivement la seconde et il tient la première pour nulle et non avenue. Peu importe que la vraie Henriette soit celle dont l'esprit c( vif et pénétrant » se plut longtemps aux médisances ; il ne veut connaître que la femme convertie et mortiliée, dans l'état où la conversion suprême l'avait mise. Ce qui lui fait ici dénaturer ou tronquer la ressemblance psychologique de son modèle, c'est ce scrupule sacerdotal dont j'ai parlé plus haut.
Dune manière générale, quelle que soit la raison qui fasse, ici ou là, ses exagérations ou son silence, que ce soit le respect des morts ou la déférence pour lé^ vivants, que ce soit la réserve de l'ami ou la discrétion du prêtre, Bossuet se plie, avec son bon sens coutumier, aux conventions indispensables sur lesquelles repose l'oraison funèbre.
1. G. Ilanotaux, p. 28. note c. | loin, p. 70, les citations des Mé-
2. Mémuire cité, \). 29. Cf. j)lus | moires de 51""° de Motteville.
BOSSUET ET L'ORAISON' FUNÈBRE. xxv
III. — l'oraison funèbre entendue par BOSSUET COMME UN SER- MON. l'idéal substitué a la RÉALITÉ DANS LES PORTRAITS