‹ Orateurs canadiens-français aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 15 sur 29 · PREMIER MINISTRE DE LA PROVINCE DK QUEBEC · texte numérisé non relu

PREMIER MINISTRE DE LA PROVINCE DK QUEBEC

A une séance solennelle du Congrès des Catholiques des Etats-Unis tenu à Baltimore, en novembre 1889, à loccasion du Centenaire de l'Eglise Catholique Américaine,

M. LE PRESIDENT, REVERENDISSIMES PRELATS, REVERENDS MESSIEURS, ‘MESSIEURS,

Je me considére extrémement honoré d’étre appelé à porter la parole dans une circonstance qui a réuni autant d’hommes illustres. Nous Voyons ici, dans cette historique cité, assemblés pour rendre hommage à un émineñt prélat, des hommes qui se sont distingués dans toutes les carrières de l'existence, portant des noms honorés dans toutes les parties du monde civilisé, des illustrations de l’Eglise, des hommes d’Etat qui ont fait preuve d’une sagesse sans égale dans le gouvernement d’une puissante nation, de grands

lies bien au-delà des frontières de leur pays: tous égale.

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ment éminents dans leur sphère respective, et en bon nombre venus de pays lointains, mais rapprochés par la communion du génie et par une commune admiration pour une cause et un grand nom.

L’honneur qui m'est fait d'être appelé à dire quelques mots duns un tel concours, je le rapporte, non à ma personne, mais au pays voisin d'où je viens, et plus particuliè. rement à la province de Québec que je représente,

Je ne vous étonnerai donc pas si, parlant ici au nom d'une grande province du Dominion du Canada, d'une province immense par l'étendue de sa zône fertile et destinée à nourrir une population plus considérable que celle de plus d'un royaume de l'Europe, j'envisage la carrière de l'archevêque Carroll au point de vue de ses relations avec l'Etat plus particulièrement que dans ses relations avec l'Eglise.

Ce fut certes une grande figure dans l'Eglise que l’archevêque Carroll; mais ce fut aussi un grand homme d'Etat.

On nous a dit dans un langage magnifique ses travaux pour l'Eglise qu’il aimait,et les fruits qu'ils ont portés. L’Eglise qu'il a élevée sur ce sol d'Amérique est aujourd'hui l’une des plus grandes Eglises du monde ; c'est par millions qu'elle compte ses membres; elle aspire dans toute sa plénitude l'air de la liberté; elle enseigne, par le précepte et l'exemple, que nulle part l'œuvre divine n’est mieux accomplie, et le bonheur de Fhomme mieux assuré, que là où la Liberté, la grande et universelle Liberté, jouit d'un plus grand respect.

La liberté et l’autorité; la loi et l’ordre; les devoirs du citoyen, aussi bien que ses droits; la certitude que la liberté peut exister dans sa plénitude, sans la licence, que la liberté engendre l’ordre et non le désordre, que le devoir du gouvernement est d'encourager la liberté et non de la restreindre, que la liberté bien ordonnée est le plus solide pilier de l’au-

torité; telles furent les leçons que vos pères, les révolutionnaires du siècle passé, vons ont léguées après les avoir scellées de leur sang.

Ils n'eurent pas de plus puissant auxiliaire, d'ami plus dévoué que le grand archevêque Carroll, pour les soutenir dans l’œuvre magnifique qu'ils avaient conçue pour arriver au self-government.

Quels temps périlleux que ceux-là ! Le sort de la liberté, le sort de l’humanité étaient dans la balance. Si Washington, Franklin, Carroll et leurs illustres compagnons avaient failli à la tâche que Dieu leur avait confiée, quelle épouvantable calamité c'eut été pour l'Amérique, pour l’humanité elle-même!

En Europe, l'absolutisme triomphant; des guerres partout, guerres de religion, guerres de dynastie, guerres de conquête et d'ambition, qui avaient refoulé les aspirations et les droits populaires 3—I’Italie partagée entre quelques maisons princiéres;—les souverains de l’Allemagne fournissant leurs sujets, comme l'antiquité fournissait ses gladiateurs, comme chair à canon dans les querelles des Etats voisins;—la Russie encore sommeillante dans la f barbarie; le nord de l’Europe gouverné par des mains de i fer;—partout, dans tous les Etats, la puissance royale supréme, au-dessus des lois, indépendante de l’opinion.— En dehors de la France, le peuple osait à peine murmurer ; en France même, il ne paraissait y avoir que certaines classes qui réfléchissaient sur les droits de l’autorité et les droits du sujet,et par malheur,ces penseurs étaient des visionnaires épris d'utopie et de théorie, trop souvent même hélas! ils avaient pour guide Virréligion, des idées et des principes non fondés sur les réalités et l’expérience de la vie, prenant l’homme non tel que l'a fait la nature, mais en faisant un être créé à l’image de leurs propres conceptions, . doué de facultés et de qualités imaginaires, et bâtissant là-dessus ces théories gouvernementales qui devaient abou-

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tir à l'effroyable cataclysme de la Révolution Française.

En Angleterre aussi, un travail se faisait, lutte fondée sur une plus juste conception des choses, mais lutte faible, plutôt une dispute dans les hautes classes pour ou contre les prérogatives royales, que l'aspiration des masses aux droits populaires, La Chambre des Communes, formée, régie par les classes privilégiées, la noblesse héréditaire et terrienne, n'était pas un corps représentatif du peuple; les lois pénales existaient encore en ce temps-là, le droit de réunion était refusé au peuple, le droit d'association, considéré comme un crime, était sévèrement interdit aux corps de métiers, le suffrage était réservé à une faible minorité de la nation, et il devait S'écouler encore un demi siècle et davantage,avant que la chambre des Communes pit devenir Fassemblée du peuple, avant qu'à l’exemple de l’Amérique on eut constitué le souvernement des masses et non celui des Castes,

Les hommes d'Etat mêmes qui revendiquaient quelques droits populaires dans la Chambre des Communes ne le faisaient guère que dans la mesure de leur intérêt personnel; ils auraient imposé à l'Amérique des lois et des fardeaux dont ils n'auraient point voulu pour eux-mêmes. Georges 111 s'avait qu’à vouloir gouverner l'Amérique par des édits autocratiques, il avait dans le ministère et dans les Communes d'Angleterre une majorité puissante pour approuver des mesures et des procédés tyranniques.

Quelle période de crise pour l'Amérique et le monde! Si les idées qui inspiraient alors les rois et les princes, les hommes d’Etat et les législateurs du Vieux-Monde avaient prévalu sur le Nouveau Continent; si vos ancêtres avaient mal interprêté leurs devoirs; s’ils avaient failli à les remplir, la tyrannie se serait déroulée comme un suaire sur le monde entier, et l’on verrait aujourd’hui, non seulement VAmérique,mais PEurope et le monde civilisé,se débattre, au bruit de leurs chaines,pour sortir de Vabime et se vivi-

fier à la chaleur de cet astre te la Liberté qui aujourd’hui grâce à I’héroisme de vos pères,illumine votre continent et répand sa lumière au loin, au-delà des océans que votre Pays a pour frontières (applaudissements prolongés).

L’archevéque Carroll a eu sa large part dans cette œuvre grandiose et glorieuse. Ce génie large, émancipé de ce qu’il y a de suranné dans les croyances et les traditions, comprit que l'intelligence et la volonté humaines, ayant l: liberté de conception et d'aspiration, devaient aussi avoir la liberté d'expression et d’action,et que l’unique restriction qui pdt leur être imposée était celle que la loi de Dieu prescrit et que les conditions de la société ‘"ndent aux hommes, appelés à cohabiter avec leurs se .vlables, pour marcher librement à la recherche du bonheur, suns autre frein que les droits d'autrui,

Ce furent 1a les idées soutenues par Carroll et les illustres fondateurs de votre constitution. Votre Déclaration d’Indépendance a été une révélation pour l'humanité. Ayant pour point de départ que les droits qu’elle proclamait venaient de Dieu, source de tout gouvernement et de toute autorité, elle formulait en termes non équivoques les principes dont l'application doit assurer la plus grande somme de liberté au peuple, en même temps que les meilleures garanties d'ordre, de paix et de sécurité pour les personnes et la propriété

Il n’y a peut-être personne, parmi les hommes de cette époque, qui ait plus fait que Franklin pour la cause américaine, et Franklin était l'ami intime de Carroll. En Amérique, en Angleterre, en France, Franklin fut, par sa parole, par ses écrits, l’un des plus nobles champions des droits de votre pays; il se révéla assez fin diplomate pour tenir tête et imposer ses vues aux hommes d'Etat les plus consommés de l’Europe, et son vaste esprit eut la perception nette et juste des vrais principes du gouvernement. Jusqu’à quel point l'archevêque Carroll a contribué, par

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sa saine érudition, par la sûreté de son jugement, par son esprit de justice, à passionner Franklin et ses comtemporains pour ces grands et admirables principes, nul ne saurait le dire: mais nous Savons, sur les meilleures preuves, que les fondateurs de votre Pays voyaient en lui un sage conseiller, et que si son frère Charles a risqué son immense fortune par dévouement Pour son pays en signant la Déclaration d’Indépendance, le grand archevêque n’a pas été moins généreux en vouant son immense talent, sa haute influence, son travail incessant à la cause de ses compatriotes.

C'est une véritable faveur de la Providence pour les disciples de l'Eglise catholique romaine que l'archevêque Carroll ait rendu d’aussi éminents services à son pays, et que son influence ait été à la hauteur de ses services; je pourrais aller plus loin et dire qu’il est également providentiel pour toutes les religions et croyances d'Amérique que 8a voix ait été entendue.

On était encore à l’époque des persécutidns religieuses ; les haines soulevées en Europe par de longues années de dissensions et ñe guerres de religion n'étaient pas encore assouvies; dans les statuts de tous les pays on trouvait des lois attentatoires à la liberté de conscience; des hommes qui récusaient l’infaillibilité de l’Eglise catholique romaine s'arrogeaient un contrôle absclu sur les croyances des autres, et le monde offrait l’étrange spectacle de gouvernements fondés pour des fins temporelles, et faisant cependant des lois pour les besoins spirituels du peuple; n’osant réclamer Pour eux-mêmes l'inspiration d’en haut mais tout de même promulguant des doctrines et des croyances, et niant aux autres le privilège de faire ce qu’ils faisaient pour eux-mêmes en se créant une religion pour leur propre usage.

L'Amérique elle-même n’était pas encore dégagée de ces préjugés, et longtemps avant que le pays eût subi le

bienfaisant ascendant du génie de Carroll, longtemps avant que ce grand esprit eut comuniqué sa libéralité aux hommes publics de son temps, on voyait le Congrès de Philadelphie protester contre l'Acte de Québec passé en 1774 par la Chambre des Communes d’Angleterre, loi qui garantissait la liberté religieuse aux catholiques romains du Canada.

Cette imprudente protestation ne fut pas sans quelque influence sur les luttes de l'Indépendance Américaine. L'archevêque Carroll put s'en apercevoir lui-wéme; lorsqu’il fut délégué au Canada avec Franklin, Chase et Charles Carroll pour solliciter les sympathies du peuple canadien en faveur des colonies insurgées, partout ils constatérent que la protestation du Congrès de Philadelphie avait indisposé les populations: les Canadiens-francais demeurérent neutres pendant la guerre,—l"armée de Burgoyne en compta à peine 150; contre toute attente, ils se tinrent à l'écart d’une guerre qui devait pourtant être si fatale à leur ennemi héréditaire.

Mais cette erreur fut noblement réparée ; lorsqu’arriva le moment d'appliquer les vrais principes du gouvernement, de jeter les bases de votre constitution, la liberté fut proclamée dans toute sa plénitude, dans toute sa beauté, et aujourd’hui votre République offre le majestueux spectacle de l’union franche et loyale de tous les citoyens fraternisant, malgré leurs différences de croyances et de pratiques religieuses, dans un commun amour pour leur pays, dans un commun dévouement aux principes de la liberté civile et religieuse. (Applaud.)

Il est une cause pour laquelle l’archevéque Carroll se prodigua davantage : celle de Péducation. Hélas! le savoir en lui-même ne dégage pas l’humanité des fragilités et des passions qui sont son lot; mais au moins il tend à faire de l’homme un être plus raffiné, plus éclairé, plus apte à conaaître ses devoirs et ses droits, de même que les devoirs et

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les droits de ses semblables.

La vertu et la religion jointes au savoir donnent l'homme parfait, l’homme dont toutes les facultés, morales et intellectuelles, ont reçu leur pleine culture. C’est JA qu’on trouvera le bon citoyen, le soldat intrépide, l’homme d’Etat intègre. Il n’y a pas de forme de gouvernement sous laquelle la vertu et Vintelligence soient plus nécessaires que la République; dans chaque citoyen il y a un homme d'Etat, car C’est de son jugement que dépend en dernier ressort la décision de toutes les questions politiques ; par son suifrage il participe à la législation, c'est lui et ses concitoyens qui font les gouvernements, et ceux-ci seront ce que le citoyen les fera suivant la manière dont il aura compris et accompli ses devoirs.

Aussi n'est-il pas de plus grand service à rendre à votre pays que celui que l’Eglise catholique rend aux Etats- Unis, en cette mémorable circonstance, en jetant les bases larges et profondes d’une grande université catholique; il ne pouvait non plus être élevé un plus beau monument à la mémoire de l’archevêque Carroll, on ne pouvait imaginer plus belle manière de célébrer son centenaire.

C’est dans la cité qui porte comme une auréole le nom de Washington, dans la capitale de la plus libre nation du monde, à l’endroit même où sont traités par les plus fortes têtes du pays les intérêts de soixante millions d’hommes, que dis-je ? de centaines de millions ; C'est là qu’en cette année de grâce l’Eglise catholique romaine fait à votre

pays le magnifique cadeau d’une grande université, qui sera le foyer des arts et des sciences, de la religion et de la morale et où vos enfants trouveront l’enseignement de cette grande vérité : que la loyauté envers Dieu implique loyauté à l'Etat.

De même qu'aux vieilles époques catholiques, l Eglise avait doté l’Angleterre et la France, l'Allemagne et l'Italie d’universités doxt on comptait les élèves par milliers et

où les sciences du temps étaient enseignées par les plus habiles professeurs que produisait le siècle; de même voyons-nous au dix-neuvième siècle, dans la libre Amérique, l'Eglise poursuivre son œuvre antique, toujours la même, consistant à donner aux plus nobles facultés de l’homme leur complet développement, ouvrir à la jeune:se studieuse de l'Amérique un foyer de science où l'œuvre des collèges puisse être complétée, où l’on préparera pour l’avenir les hommes, qui, dans les diverses carrières professionnelles, dans la vie publique ou das la vie privée, dans la chaire ou dans le pariement, seront appelés, de concert avec leurs concitoyens honorab'es d’autres croyances, à former Popinion publique, à instruire leurs compatriotes des beaux et nobles principes de liberté, d'égalité et de justice.

Pour notre part, nous qui venons de Ja province de Québec, nous sommes déterminés A n’avoir d’autre guide dans nos affaires publiques que la justice; nous croyons à la justice dans toute sa pureté immaculée, nous croyons à la justice en tout et en dépit de tout, nous croyons à la justice quelles qu’en soient les responsabilités et les conséquences ; justice, non seulement pour le présent et l’avenir, mais—justice pour le passé, et lorsque nous constatons que ses préceptes ont été méconnus ou négligés, nous croyons alors qu’il faut retourner en arrière pour redresser les torts et payer les dettes. L'idée que nous avons de la justice est celle qu'en avait saint Thomas: Virtus moralis disponens voluntatem ad perpetus unicuique reddendum jus suum secundum equitatem; une vertu morale qui dispose la volonté à toujours rendre à chacun ce qui lui est dû suivant l’équité.”

Aussi, lorsque la minorité protestante du Bas-Canada réclama, d’ordre naturel et de droit, le privilège de faire instruire leurs enfants dans leurs propres écoles, d’après leurs méthodes et leurs notions religieuses, mes compatriotes Canadiens-Français et catholiques, je suis fier de le dire,

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n’hésitérent pas un instant; de leur plein mouvement ils accordèrent à la minorité protestante des écoles distinctes ‘et le droit absolu de les administrer de la manière qu’elle jugerait la meilleure Pour assurer le bien moral et religieux de la population protestante du pays.

Toujours dans le même esprit, sans aucune intention d’indu favoritisme, sans vouloir en rien empiéter sur les droits des autres, mais au nom de la justice, et de la justice seulement,uniquique reddendum jus suum secundum aequitatem, nous avons remis à l'église catholique, par l’entremise de l’ordre des Jésuites, la propriété dont il avait été spolié par le même George III qui aurait voulu spolier vos pères de leurs libertés et de leurs droits,

Les biens des Jésuites avaient été enlevés à l’ordre, Sans Compensation en retour. Aussi, avons-nous cru que nous n'avions aucun droit veritable, aucun droit moral à

la détention de ces biens, La loi était là, il est vrai, nous

; est une autre loi, une loi plus puissante, dérivant de la nature, de Dieu

méme, et cette loi nous interdisait tout droit moral à la Possession de ces biens ; devant les tribunaux nos titres pouvaient être valides, mais l'eussent-ils été devant le tribunal suprême de l'Equité? Nous ne l'avons pas cru; nous avons dédaigné d'invoquer l’excuse des “ faits accomplis, ” nous ne nous sommes trouvés libérés par aucune restriction statuaire ni aucune prescription. Ne nous connaissant aucun droit devant Dieu, nous n'avons pas voulu nous prévaloir de nos droits devant les hommes, et de notre Propre et libre mouvement nous avons fait un ncte de restitution dont nous sommes fiers et dont, je l'esirre, l’histoire ne nous blamera pas (applaud.).

On fait beaucoup au Canada Pour l’éducation; nous sommes fiers de nos collèges et de nos universités ; lorsque dans le passé vous n’aviez pas encore les facili tés dou: vous

jouissez aujourd’hui, combien de vos jeunes hommes sont venus chercher au Canada les bienfaits d’une éducation chrétienne! Combien de prêtres et de laïques nous avezvous envoyés au séminaire de Saint-Sulpice, combien sont sortis de l'enceinte du collège de Sainte-Marie à Montréal Pour aller répandre Parmi vos populations les connaissances qu’ils avaient cueillies dans mon Canada, dans mon Alma Mater dont le nom reste associé dans mon ceur à tant de chères souvenances ! Ah ! si nous ne pouvons espérer fonder dans nos rigoureux climats une université comme celk ‘ue vous ouvrez maintenant, nous pouvons toujours nous enorgueillir d’avoir vu, il y a déjà nombre d’années—je puis remonter jusqu’en 1852 — nos évêques et nos hommes politiques bâtir dans la chère vieille cité de Québec, l'université Laval, qui a entrepris et qui poursuit encore une œuvre bienfaisante pour tous et dont tons sont fiers.

Comme nos collèges ont autrefois été heureux de donner aux vôtres v. -. tion bienfaisante, permettezmoi d’espérer qu’à votre tour vous serez généreux, et que les Canadiens ne seront pas des étrangers dans les annales de l’Université de Washington; qu’au contraire, ils y seront les bienvenus, soit comme élèves ou professeurs, de manière à créer un nouveau lien plus étroit entre deux peuples déjà unis par tant de sentiments et désormais heureux de voir leurs enfants étudier ensemble les mêmes sciences dans les mêmes écoles, sous les mêmes maîtres, dans un commun sent; lent d'amour pour Dieu et leur patrie. (Applaud.)

Parmi les beaux poëmes dont s’est enrichi votre litté. rature nationale, il en est un de votre grand poète Longfellow, qui me paraît admirablement approprié à la présente circonstance. Le poète adresse son invocation au vaisseau de l'Etat, je voudrais en étendre le sens et l'appliquer à votre université. Et vraiment, la prospérité de

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votre université me parait si intimement liée à la prospérité de votre glorieuse Union, la Patrie et la Religion si étroitement mélées dans vos sentiments, qu’en répétant la prière du poête pour l'une, je la formulerai nécessairement pour l’autre.

Je dirai donc, parlant pour votre pays en même temps que pour votre université et pour leur union:

(1) “Sail on, O Union, strong and great !

Humanity, with all its fears, With all its hopes of future years, Is hanging breathless on thy fate !

We know what master laid thy keel, What workmen wrought thy ribs of steel, Who made each mast, and sail, and rope, What anvils rang, what. hammers beat, In what a forge and what a heat Were shaped the anchors of thy hope ?

Fear not each sudden sound and shock, “ Tis of the wave and not the rock ; “ Tis but the flapping of the sail, And not a rent made by the gale!

In spite of rock and tempest’s roar, In spite of false lights on the shore, Sail on, nor fear to breast the sea !

Our hearts, our hopes, are all with thee, Our hearts, our hopes, our prayers, our tears, Our faith triumphant o’er our fears, Are all with thee,—are all with thee!”

(Applaudissements prolongés).

(Traduction)

(1) “ Déploie tes voiles, O grande et forte Union! L'humanité, avec toutes ses terreurs, Avec toutes ses espérances d’avenir, Retient son souffle, attendant ton destin!

Nous savons quel est le charpentier qui a fait ta quille, Quels forgerons ont battu ta membrure d'acier,

Qui a fait chaque mat, chaque voile, chaque cordage, Sur quelles enclumes les marteaux ont frappé, Dans quelle forge et par quelle chaleur

Ont été façonnées les ancres de l'espérance!

Ne crains ni commotion ni choc,

C’est la vague et non le récif ;

Ce n’est que le ballonnement de la voile

Et non pas un coup de vent qui l’a fendue!

Au milieu des récifs et de l'ouragan,

En dépit des feux trompeurs du rivage,

Marche, sans craindre la mer!

Nos cœurs, nos espérances sont avec toi,

Nos cœurs, nos espérances, nos prières, nos larmes,

Notre foi triomphant sur nos craintes,

Sont avec toi !—avec toi!”

Nors: Plusieurs de nos lecteurs se rappellent encore les éloges enthousiastes que la presse Américaine prodigua alors à l’Honorable M. Mercier, de regrettée mémoire, à l’occasion de ce magistral discours.

Ces appréciations lui font tant d'honneur et honorent en même temps si hautement sa race et sa province, que nous nous faisons un devoir d’en reproduire quelques-unes, suffisantes cependant pour montrer tout le succès qu’il remporta alors comme orateur au milieu de cette assemblée d'élite, composée de Cardinaux, d’Archevèques, d’Evéques, de prétres, et de laiques appartenant aux plus hautes classes de la société.

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L'Honorable H. Mercier, à Baltimore

Opinion de la presse américaine sur le discours qu'il a prononcé devant le Congrès Catholique.

(Boston y à

“ La dernière séance du grand Congrès des Catholiques a eu lieu aujourd’hui, 12 novembre, au milieu d’un enthouiasme aussi ardent, et d’une foule aussi considérable qu’à la séance d’inaugtration. L'Honorable Honoré Mercier, premier ministre de Québec, a prononcé devant le Congrès un discours qui, sous bien des rapports, est le plus remarquable que les délégués aient entendu depuis le commencement de la semaine.”

(New-York Times)

“Impossible de se figurer l'enthousiasme qui régnait à ouverture de la seconde séance du Congrès ; la foule était plus grande encore qu’au premier jour. Le discours qui a produit la plus vive impression est sans contredit, celui de l’Honorable Honoré Mercier, premier ministre de Québec. Il a empoigné son auditoire et a produit une impression durable.”

(New-York Herald) ® M. MERCIER, LE LION DE LA JOURNÉE ”

“ C’est M. Mercier, premier ministre de Québec, qui a fait les principaux frais de la seconde séance. II a, de fait, été le lion de la journée. Il s’est réjoui de la restitution des biens des Jésuites par le parlement provincial, grâce à son influence, et a déclaré que cet acte de Justice serait un honneur pour la province. Il a fait quelques allusions délicates à l’annexion en citant le beau peëme de Longfellow : “ The ship of

State”. Il a provoqué beaucoup d’enthousiasme, et s’est acquis les sympathies de tous.” (Albany Argus)

“ Parmi les catholiques les plus remarquables maintenant réunis à Baltimore, nous devons aussi mentionner M. Honoré Mercier, premier ministre de Québec.

“Tla proroncé un magistral discours au Congrès hier. Quoique français de naissance et d'éducation, M. Mercier s’exprime si facilement en anglais, qu’il a soulevé autant d’enthousiasme que Dougherty, qui passe pour l’homme le plus éloquent des Etats-Unis.”

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