‹ Orateurs canadiens-français aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 29 sur 29 · MONSIEUR LE PRESIDENT, MESSIEURS ET CHERS COMPATRIOTES · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PRESIDENT, MESSIEURS ET CHERS COMPATRIOTES

Je ne saurais répondre à la santé du Canada dans des termes aussi éloquents, aussi élevés que ceux que vous venez d'entendre de la part de M. le vice-consul de France et de M. Hogue votre éminent président.

Toutefcis malgré les difficultés de la tâche qui m’incombe, mon courage se ranime à la vue de l'accueil sympathique que je reçois, de ces drapeaux représentant ce que nous avons de plus cher et de plus sacré, et de cette immense assemblé: des délégués des associations canadiennes-françaises de l'Amérique du Nord, ici réunis en ce palais grandiose, pour chanter tous ensembie les gloires de la patrie. '

En ce moment solennel où nous fétons le cinquantenaire de la Société St-Jean-Baptiste de Bienfaisance de New York, la radieuse image de la patrie canadienne plane sur toutes nos Ames comme une vision ravissante. A ceux d’entre nous qui ont quitté hier les rives du majestueux Saint-Laurent, comme a ceux que le courant des événements ou le sort des destinés a emportés loin de notre patrie, je veux parler du Canada, persuadé que ce nom béni, vous aimerez toujours à l’entendre retentir à vos oreilles comme celui d’une mère qui nous a tous élevés et por-

tés dans son sein.

Je ne redirai pas ici l’histoï : de notre berceau commun et je n’entreprendrai pas de in:re défiier jevant vos yeux les tableaux de nos luttes ou de nos gloizes, car vous aimez à relire les annales de votre pays pour fortifier ou raviver votre patriotisme et vous connaissez tous l’histoire du Canada. Comme celle de tous les peuples elle a eu ses heures de grandeur et de mauvaise fortune, ses heures de vicissitudes diverses mais aujourd’hui notre patrie semble être entrée dans la route du bonheur et de la prospérité.

Immense pays borné par trois océans et voisin de la grande nation américaine, le Canada est une jeune confédération de provinces britanniques unies sous un même drapeau, s'inclinant sous le sceptre d’une même souveraine qui préside les destinées d'un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais, et jouissant de la plus large liberté sous l’égide des institutions politiques octroyées par la mo. narchie anglaise.

Grâce à l'expansion rapide de notre race, les groupes de Canadiens-Français placés de proche en proche, vont bientôt se réunir du sud au nord, de l’est à l'ouest, et finiront par former l'une des plus grandes, l’une des plus puis. santes nations du globe.

Ce sera alors que notre nation canadienne-francaise accomplira dans sa plénitude sur le continent d’Amérique l'admirable mission qui lui a été dévolue par le Créateur, celle d'être la nation civilisatrice qui jouera dans cette partie du monde le rôle que notre vieille mére-patrie a rempli en Europe. C'est ainsi que sera vérifiée cette parole d’un de nos hommes politiques éminents: “Modeste autant que “ vigoureuse, patiente autant que fiére, la race canadienne- “francaise trace son sillon généreux dans cette terre fé- “conde d’Amérique, jetée par Dieu, pour sauver l’avenir.

Messieurs, la Société Saint-Jean-Baptiste sera un des outils puissants qui contribuera à eniretenir parmi nous

le sentiment national, à maintenir vivace en nos cœurs la grande idée de patrie et à travailler à la gloire du Canada.

Si nous considérons ce qui se passe aux Etats-Unis ‘ dans nos centres industriels, il semblerait que notre patrie est déjà assez peuplée pour vous envoyer le trop plein de sa population. Il n’en est rien pourtant, et nos vastes étendues demandent des bras pour les cultiver et les faire prospérer. Mais le voisinage de votre grande nation exerce sur nos compatriotes un attrait irrésistible et c'est en grand nombre qu'ils sont venus peupler ces magnifiques régions que pendant deux cents ans on a appelé la Nouvelle-Angleterre.

Cette émigration des Canadiens aux Etats-Unis, loin @affaiblir notre race, a montré sa force et lui a donné des éléments d’action et d'influence sur toute l'Amérique du Nord. Grâce à nos Canadiens-Français, notre langue française est parlée aujourd’hui dans tous les grands centres et des journaux se publient en français, à Chicago, à Détroit, à Louisville, tandis que notre presse de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières consacre une si grande part aux nouvelles qui nous parviennent des centres canadiens aux Etats-Unis.

Je conseille à nos compatriotes de parler le fran- Çais, car cette langue est connue de tous les savants. C’est la langue de la science et de la philosophie. Et puis, enfin, c’est cette langue qui a exprimé la joie de la famille,lors de notre naissance, c’est celle qui s’es; fait entendre autour de notre berceau, c'est cell: que nous avons béguyée dès notre âge le plus tendre et que nous avons appris sur les genoux de nos mères, c'est en français que nous avons prié et que nous ont été expliqués les grands mystères de notre religion. Et comme l'a dit un de nos orateurs au piquenique, hier, les premières prières adressées au Créateur au milieu des sombres forêts de l'Amérique du Nord sont sorties de bouches françaises,

Imposez-vous tous les sacrifices pour conserver intact ce diamant d’un prix inestimable, cette œuvre d’art travaillée par les siècles et, pour me servir de l'expression du poéte:

“Ce langage aux douceurs souveraines, “ Le plus beau qui soit né sur les lèvres humaines,”

Les Américains eux-mêmes ont reconnu les qualités de nos compatriotes, leur intelligence, leur activité, leur énergie au travail et ils ont cherché à les fixer à côté d’eux par les perspectives les plus séduisantes, Quelques-uns d'entre vous, Messieurs, sont arrivés par le concours de leurs bras et de leur intelligence à faire leur trouée dans le monde et à occuper dans l’industrie, dans le commerce et les professions libérales, des situations qu’ils doivent à leur mérite ou à leur talent. Je ne veux désigner aujourd’hui que votre digne président, qui a su se créer une place remarquable dans les affaires, grâce à ses fortes qualités, et qui occupe aujourd’hui,à la tête de la société Saint-Jean- Baptiste de New-York, la situation prépondérante à Jaquelle il était bien digne de prétendre comme récompense de ses efforts, de son zèle et de son énergie.

Nous sommes heureux de voir qu’un si grand nombre de nos Canadiens servent de lien aux deux nations française et américaine et qu’ils personnifient sur ce continent l'amitié indissoluble qui les unit à travers l'Atlantique.

Nous comptons parmi les habitants de cette République non seulement des : ‘nis, mais des parents et des fréres,

De plus, notre histoire qui est aussi la votre, nous rappelle que les Duvernay, leg Cartier, qui ont manifesté leur amour pour la patrie canadienne, l’un en fondant la Société Saint-Jean-Baptiste, l’autre en fondant pour ainsi dire, la nation canadienne qu’il a chanté en s’écriant : “O Canada ! mon Pays ! mes amours l”, ont tous deux foulé le sol des Etats-Unis.

Laissez-moi vous rappeler ces paroles mémorables d’un de nos compatriotes que la mort a ravi trop tôt aux espérances de son pays.

“ Canadiens des Etats-Unis, voilà quelques-uns de vos prédécesseurs. Vous pouvez en être fiers, Marchez sur leurs traces et nous regretterons moins de vous avoir perdus. Portez la téte haute et fiére, car si les enfants de la grande République peuvent respirer à pleins poumons l'air de la liberté, ils le doivent à des français. Si l’aigle américain peut prendre son vol altier du Golfe du Mexique àl'Alaska, des côtes du Maine aux bords du Pacifique, C’est que Lafayette et Rochambeau Ini en ont donné le droit à la bataille de Yorktown. De fait, il n’est peut-être Pas une étoile de la grande constellation américaine qui ne vous doive de son éclat et de sa splendeur. Marquette, LaSalle, Joliette, Nicolet, les découvreurs du Mississipi et du Missouri; Lamothe Cadillac, fondateur du Détroit ; Pierre Ménard, le premier lieutenant-gouverneur de I’Illinois; Salomon Juneau, fondateur de Milwaukee; Vital Guérin, fondateur de St-Paul; Dubuque qui a donné son nom à la capitale de Iowa; Michel Ménard, fondateur de Galveston, capitale du Texas; Beaubien, l’un des pionniers de Chicago, la reine de l'Ouest; Bougy, sénateur du Missouri, et tant d’autres, sont des gloires à la fois fran- Çaises et américaines.”

O ma patrie bien aimée, sois fière des enfants à qui tu as donné le jour; de ceux qui remplissent la vallée du St. Laurent comme de ceux qui sont venus planter ton drapeau sur cette libre terre des Etats-Unis. O Canada, réjouis-toi en contemplant cette légion de tes enfants qui sont venus de tous côtés pour prendre part à ces réjouissances, et avec notre poête, je te chante en répétant :

Il est sous le soleil un sol unique au monde, Où le ciel a versé ses dons les plus brillants,

Où répandant ses biens, la nature féconde, A ses vastes forêts, mèle ses lacs géants.

Sur ces bords enchantés notre mère la France, A laissé de sa gloire un immortel siNon; Précipitant ses flots vers l'océan immense,

Le noble Saint-Laurent redit encore son nom.

Vos frères du Canada sont de cœur et de pensée associés à vos joies, à vos fêtes, et en ce moment permettezmoi de rappeler à votre souvenir les paroles d'un grand patriote qui disait: “Sur l'autel de la patrie déposons donc tous nos griefs, toutes nos plaintes, toutes nos préférences, toutes nos récriminations et disons simplement qu’il n’y a plus parmi nous de ces hommes qui se font une mission :

D’abattre ou d'éviter ce qui les dépasse, Et de faire petit ce que Dieu voulait grand.

Fasse le ciel que les vœux du grand poête canadien se réalisent lorsqu'il chantait en ces termes l'union des membres de notre race:

Le vent de la forêt, l'écho de nos mortagnes,

Qui chantent les aïeux dans nos vertes campagnes, Les flots du Saint-Laurent disant leurs noms bénis, Des souvenirs sacrés l’indescriptible empire,

Dans nos cœurs attendris vibrant comme une lyre, Tout nous dit : “Soyons unis”.

Je terminerai donc en vous remerciant cordialement de votre indulgence, ainsi que de vos chaleureux applaudissements.

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