‹ Orateurs canadiens-français aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 28 sur 29 · MONSIEUR LE GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE GOUVERNEUR

Dans le cours de l'évolution qui a fait du peuple américain l'un des peuples les plus puiss:.nts de la terre et qui a jeté au nord de la ligne 45ème les bases d’un empire sous la protection du drapeau britannique, plus d’un prophète de malheur aurait pu être tenté de prédire à de certains moments l’absorption ou la disparition complète de la race française sur le sol de l'Amérique du Nord. Il n’en a rien été cependant, et aujourd’hui en l’an de grâce dix-neuf cent un, non seulement la race française est bien vivante, mais on la trouve partout satisfaite du sort qui lui a été réservé par la Providence et assumant sous l'égide de la liberté la part de devoir et de responsabilité qui lui incombe, comme elle prend la part des jouissances et des profits auxquels elle a droit. Toute loyale et fidèle qu’elle soit au drapeau de l'Empire sous la protection duquel elle vit heureuse et prospère au Canada, la race française n’a rien perdu des traits qui la caractérisent, et qui, à toutes les époques de son existence, ont fait son honneur et sa gloire, je veux dire le courage, la loyauté et la fidélité au culte des ancêtres et aux moeurs et aux institutions qu'elle a transplantés avec elle sur le sol vierge de l’'Amérique. Non, compatriotes, la race française ne périra pas sur ce continent. Nous éprouvons au contraire plus que jamais le besoin d’un certaine solidarité entre les différents groupes de notre race qui sont disséminés sur les différents points de l'immense continent américain; nous éprouvons le besoin de rapprocher nos poitrines et de sentir battre nos coeurs, Il n’y a pas jusqu’au groupe du

petit peuple martyr, le groupe héroique des Acadiens qui n¥éprouve lui aussi ce besoin de proclamer son existence nationale et d'affirmer à la face de l'Univers que les Acadiens sont encore Français. Et que veut dire cette invitation que vous-mémes les descendants français de la Louisiane vous avez envoyée à vos frères français du Canada! N'est-ce pas 1d la preuve vivante de ce que je viens d’affir. mer! N'était-ce pas tendre une main fraternelle à ceux qui parlent comme vous la langue de la France? Au nom des Canadiens-français permettez-moi de vous remercier du fond de mon coeur. Vous avez pris l'initiative, mais soyezen sûrs que votre action sympathique ne restera Pas sans imitateurs, On trouve de l'écho, chez nous, lorsque l’on parle des traditior: 4 du glorieux passé de la race française en Amérique. Quand notre tour sera venu de vous inviter à venir visiter la vieille province de Québec n'hésitez pas à vous y rendre, Venez-y en foule. Vous serez parmi les vôtres; vous serez chez vous, Votre gouverneur nous a fait en termes éloquents le tableau de toutes les libertés dont vous jouissez sous le drapeau de la Grande République Américaine, Il nous a parlé de la situation avantageuse que vous occupez au point de vue du commerce par le fait que vous tenez la clef des portes donnant accès à l'entrée du grand fleuve qui traverse la Louisiane d’un bout à l’autre et pénètre même jusqu'aux grands lacs au Coeur du continent; un autre

de vos orateurs a parlé avec émotion du privilège dont vous jouissez de par

et vous y trouverez tout cela. Vous y trouverez les descendants des premiers colons de la Nouvelle France, de l’Acadie et de la Louisiane elle-même vivant heureux et satisfaits sous le gouvernement le plus libre de la terre et sous

la protection du drapeau qui abrite le plus grand empire du monde, Vous étes les gardiens des bouches du Mississipi. Nous sommes les sentinelles postées à l'entrée du Golfe Saint-Laurent. Vous avez le Code Louisianais copié sur le Code Napoléon; nous avons le Code Canadien calqué sur le même Code Français, Vous parlez français dans vos familles, nous nous parlons français partout, dans notre Chanibre d'Assemblée, dans notre Conseil Législatif, dans le Parlement Fédéral, dans le Sénat et jusque devant nos tribunaux. Venez à Montréal ou dans la vieille cité de Champlain et vous y serez reçus par un Gouverneur fran- Çais qui vous adressera des paroles de bienvenue en langue française, A Ottawa,dans notre ville capitale,vous trouverez le Premier Ministre du Canada portant un nom fran- Sais comme les vôtres, Voila ce que l'esprit de toléran- <e et de conciliation a fait pour nous, Voilà comment un peuple généreux a récompensé la vaillance et la loyauté de votre race; et voilà pourquoi,malgré que par la force des circonstances ils se trouvent entièrement liés à !a race Anglo-Saxonne, les deux millions de descendants de la France qui habitent le Canada n’ont rien à envier à per- Sonne et peuvent se proclamer, tout comme vous le disiez tout à l’heure des Louisianais, l’un des peuples les plus florissants et les plus heureux de la terre.

DISCOURS

MONSIEUR L.G A, CRESSE

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