Talleyrand à Otto. Voir Thiers, Lanfrey, etc
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ment, le faible Addington, après tant de belles promesses et malgré ses bonnes intentions, vint déclarer qu'il fallait de nouveau se préparer à la guerre, tous les adversaires du Cabinet eurent beau jeu pour Taccabler. Voilà donc ce qu'elle avait duré, celte paix dont il était si fier, cette paix signée au mépris de leurs prévisions! Les ministres avaient-ils pu se flatter que le Premier Consul allait du jour au lendemain changer de système et de nature? Ne Tavaient-ils pas vu pendant la négociation même des préliminaires de Londres et du traité d'Amiens, s'établir en Hollande, s'emparer de la République Cisalpine, vendre à beaux deniers la Toscane, étendre la main sur le Piémont? N'y avait-il rien là de menaçant pour l'ind^endance de l'Angleterre?
Voulait-on attendre qu'il se fût emparé de tout le continent pour agir ? Sheridan, converti à la cause de la guerre, s'écriait : « Bonaparte a fait un pacte avec les Français; ils consentent à lui obéir, mais à la condition qu'il les rendra les maîtres du monde 1 ^
Toute l'Angleterre applaudissait à ces paroles, et vraiment est-il possible d'approuver la politique de Fox, qui, seul, défendait encore à ce moment, non le Cabkict, non le gouvernement consulaire, — ils n'étaient pas défendables! —
mais la cause désespérée de la paix? M. Lanfrey, qui Ta jugé à ce propos avec une rigueur bien compréhensible, a dit que a ses belles qualités étaient peut-être plus littéraires que politiques. » C'est aller sans doute un peu loin ; mais il est vrai aussi que Fox, après avoir nié devant la Chambre qu'il y eût dans les derniers actes du Premier Consul une entreprise formée contre Tindépendance des nations européennes, n'était pas éloigné de l'avouer dans l'intimité; peu de temps après son discours, il écrivait à Grey : a Peutôtre pourrai-je convenir avec vous que l'affaire de la Suisse est une juste cause de guerre; mais vous conviendrez avec moi que ce n'est là qu'un prétexte bas et hypocrite qui n'en impose à personne, et que notre victoire aurait pour résultat l'acquisition de Malte, du Cap, tout autre chose en un mot que l'indépendance de la Suisse. »
On voit par là qu'il contestait moins la légitimité de la guerre que la droiture des intentions de ceux qui la voulaient faire.
C'est donc Bonaparte seul qui fut responsable de la rupture entre l'Angleterre et la France en 1803; lui seul fut l'auteur de cette seconde et effroyable lutte, de ce duel à mort qui bouleversa l'univers, retarda pour si longtemps les progrès de la civilisation, et prépara la domination du Nord sur
l'Occident divisé. Et si, au moment où il était au camp de Boulogne, où il méditait la conquête de Londres, Pitt parut seul de taille à défendre encore une fois la patrie et à la sauver, et s'il la sauva en effet en détournant le péril par une nouvelle coalition, faut-il donc l'accuser, comme l'ont fait ses contemporains, ses compatriotes ingrats, du dernier et mortel revers que le sort des armes vint infliger, non à ses idées, mais à sa fortune?
Enfin M. de Rémusat a adopté cet avis de M. Thiers : que si, après la mort de Pitt, en 1806, Fox avait vécu plus longtemps, il eût pu assurer à l'Europe a paix définitive. Cette opinion était celle que Napoléon lui même s'était efforcé d'accréditer : a La mort de Fox a été une des fatalités de ma carrière... S'il eût vécu, la cause des peuples l'eût emporté et nous eussions créé un nouvel ordre de choses en Europe ^ » M. Villemain, nous l'avons vu, s'est gardé de tomber dans cette erreur, et ici encore les faits lui donnent raison : « Fox, après toutes les effusions philanthropiques par lesquelles il crut devoir débuter avec l'empereur, fut forcé de revenir purement cl simplement à la politique de Pitt, et le pre-