‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 36 sur 57 · Pendant une répétition générale do la Charlotte Corday de · texte numérisé non relu

Pendant une répétition générale do la Charlotte Corday de

iPonsard, M. Alexandre Dumas fils, rimmorlel auteur de deux chefs-d'œuvre du théâtre moderne, le Demi-Monde et le Père prodigue, improvisa ce plaisant distique :

Ainsi périt Marat. 0 terrible vengeance!

Pour un bain qu'il a pris, il n'a pas eu de chanie.

ces Mémoires, est assez bien pénétré : rcveche, violent, sauvage dans sa vie domestique et affectant l'air de la malpropreté, tandis qu'en réalité il restait fidèle .à ses habitudes de confort anglais et d'élégance française, taillé en sapajou et cependant aimé de la marquise de L... femme de l'esprit le plus délicat, vendant pour vivre des remèdes et des bouteilles dont il prônait l'eflicacilé à la manière des charlatans, occupé sans cesse de ses expériences de physique et capable de tout sacrifier au désir d'humilier une fois l'Académie des sciences, misanthrope forcejié qui eut voulu mettre -yL^tout le genre humain dans une bombe, afin de le faire sauter d'un seul coup, ne remerciant point son ami des services qu'il lui rendait, n'aimant personne que lui-même, et persuadé que tous les talents, tout le génie se concentraient en lui, que seul il était capable de gouverner la France. « Tous ses mouvements étaient d'un saltimbanque : il semblait un polichinelle dont on tirait tantôt la tête et tantôt le bras. Tout était coupé dans ses discours comme dans ses gestes. C'est ^ que rien ne sortait de son âme, tout partait de sa tête, tout était artificiel. »

Une question amusante du roi de Danemark à Grouvelle, ambassadeur de France : « Comment se porte le roi, votre maître!... Ah! non, je me trompe, la liépublique votre maîtresse ?» — Une définition de Servan : les lois politiques sont un jonc qui se plie dans la main des ministres ; — l'anecdote de Poivre

l'esprit des ORATEUnS Di: LA GIRONDE. l^O

(se non è vero, è ben trovato) allant ciiez un ami où il trouve l'abbé Raynal, ce fripier de génie, de philosophie, écrivant dans l'antichambre, sous la dictée d'un nègre ; comme il s'étonne, Raynal remarque gravement que ce nègre est de Madagascar et qui) prend des notes sur cette île ; — le cri de Voltaire, quand Tronchin lui demande s'il craint la mort : « Si je la crains 1 mettez-moi sur un échafaud ; étendez-moi sur une roue ; là, brisé, rompu, prêt à périr, si je pouvais con- . rver la vie en évitant le coup de grâce, je dirais encore : « Épargnez- moi le coup et laissez-moi la vie 1 » « Voilà donc, reprit Tronchin, le fruit de vos beaux systèmes ! vous tremblez à l'approche de la mort, tandis qu'une pauvre vieille femme, qui n'a que sa religion pour la soutenir, meurt avec la plus grande tranquillité 1 » — Vernes rendant visite à Rousseau, qu'il trouve occupé à lacer Thérèse ; Rousseau sans quitter sa besogne, lui dit : « Elle m'aide et je le lui rends » . Sachons gré à Rrissot du dégoût qu'il éprouve en entendant Morande, Swinton et autres drôles de môme sorte se raconter gamient leurs ignominies, en les agrémentant de réflexions dignes d'un habitué de la cour d'assises : « Voici qui méritait bien la bastonnade, disait l'un en parlant de lui-même ! — Cela ne valait-il pas la corde, répliquait l'autre ? — Tel négociant m'a donné cette paire de boucles pour vanter son magasin et déprécier celui de son rival. — Telle actrice m'a envoyé cette boîte d'or pour la /?oi/ -s /er (prôner).

ISG ORATEURS F.T TRIBUNS,

— Cet excellent vin que je vous ai fait boire, je le tenais de Déoda, fameuse impure, qui craignait que je ne révélasse un rendez-vous nocturne contraire à son marché et une grossesse qu'on cache avec soin. » — En sortant de là, Brissot crut s'échapper d'une caverne de voleurs.

Vers 178o, il se lie avec Bergasse, qui « en élevant un autel au magnétisme, prétendait n'avoir en vue que d'en ériger un à la liberté ». Vouloir opérer ouvertement la Révolution, c'est vouloir échouer ; il faut, pour réussir, s'envelopper de mystère : ainsi pensait Bergasse. Sa manie était de se croire un Lycurgue : il ne cherchait que des adorateurs, et les succès de Mesmer, de Cagliostro l'empêchaient de dormir. Quelques femmes d'esprit, plus amoureuses de sa réputation que de lui. les partisans du magnétisme qui l'encensaient comme un Grand-Lama, augmentaient son extravagance. D'ailleurs, il eut des qualités publiques et privées, il haïssait le despotisme, mais haïr le despotisme n'est pas toujours aimer la liberté, observe Brissot, qui convient d'ailleurs que les efforts de Bergasse et de ses amis hâtèrent la Révolution : « C'est de ce foyer que partirent presque tous les écrits publiés en 1788 et 1789 contre le ministère. »

Le marquis du Crest, chancelier du duc d'Orléans, homme d'esprit actif, novateur, mais présomptueux, commit la folie d'écrire au roi une lettre où il confessait naïvement qu'il était le seul homme capable de

l'p:sprit des orateurs de la Gironde. 187

sauver l'État. Ce trait amusa les salons à ses dépens et le perdit ; il courut des copies de sa lettre de la cour à la ville, et on prétendit que le duc d'Orléans avait dit à l'auteur : « Vous n'avez oublié dans voire éloge que de vous vanter d'être le plus joli homme de France. ^ »

Dans un discours, Goupil de Préfein avait comparé les ministres à cet homme logé dans un hôtel garni oii le feu avait pris, et qui regardait tranquillement les progrès de l'incendie. On lui reprocha cette indifférence : « Eh! que m'importe? répondit-il, je pars demain. »

Le 17 mai 1790, on proposa à la Constituante de faire une monnaie de cuivre de même valeur pour faciliter la circulation des assignats. « Où prendra-t-on

i. Quand Brissot parlait de constitution, sa phrase familière était : « Voilà ce qui a perdu l'Angleterre ». Sieyès, Dupont, Condorcet, Garât et quantité d'autres que j'ai connus, avaient précisément la même opinion. « Comment, lui dit un jour Duroverai, feignant de l'étonnement, l'Angleterre est perdue ! Depuis quand avez-vous cette nouvelle, et par quelle latitude s'est-elle perdue? Les rieurs ne furent pas pour Brissot; et... Mirabeau, qui transcrivait alors un de ses discours contre Mounier, prêta à Mounier cette sottise qu'il n'avait pas dite, pour avoir le plaisir de lui appliquer ce petit bon mot volé. (Souvenirs de Lumont.J Dupont de Nemours a-\ait une imagination très vive et des Idées assez singulières qui faisaient dire à M. Turgot : a Mon ami, vous serez toujours un jeune homme de la plus belle espérance ». Ce mot rappelle celui de Barbey d'Aurevilly sur Alfred de Musset : ce C'est un jeune homme d'un bien beau passé ».

le cuivre, demanda l'abbé Maiiry? — 11 n'y a, riposta M. de la MurinaiS; qu'à employer les casseroles de tous ceux dont on a renversé la marmite. »

Moreau de Saint-Merry avait encouru la disgrâce de >'apoléon et ne put jamais recouvrer sa faveur ; il lui dit un jour : « Sire, je ne vous demande point de ré- ! compenser ma probité, je demande seulement qu'elle \ soit tolérée ; ne craignez rien, cette maladie n'est pas j contagieuse : la reconnaissance est la fleur des tom- 1 beaux. »

Après sa condamnation à mort, le mulâtre Ogé se fit donner une petite poignée de graines noires qu'il mit dans sa main et qu'il recouvrit de graines blanches, il secoua ensuite le tout, et les graines noires ayant repris le dessus, il les montra à ses juges en demandant: « Où sont les blanches ? ï>

En passant, Brissot rend hommage à Berquin, à Bernardin de Saint-Pierre S dont il rapporte cette ré-

1. Ce n'est point le lieu d'étudier les œuvres, le caractère étrange, ombrageux, irritable, l'existence si diversement agitée, les rêveries scientifiques de l'homme qui seul eut le privilège d'ap- / privoiser Rousseau, qui écrivit Paul et Virginie, la Chaumière in- I dienne, les Vœux d'un Solitaire, les Etudes de la Xature, et dans des pages immortelles de fraîcheur, de sensibilité, de couleur, réunit rart de peindre par Vexpression, l'art de plaire à l'oreille par la musique du langage, et Vart suprême d'orner la philosophie pur la grâce. Moins radical que Sieyès, Bernardin ne demande en politique que des réformes et un système de bienveillance universelle, mais, rois, nobles, prêtres, il entend tout ramener à Tinté-

l'esprit des ORAïEI RS DK la GIRONDE. l80

flexion modestement ironique : a Un des inconvénients qui m'ont le plus éloigné des assemblées, et je parle des plus graves, c'est la légèreté de leur jugement

rêt du peuple ; et il traduit sa pensée dans sa belle prose allégorique et orientale : « La nature peut se représenter comme un vaisseau ; le peuple avec ses travaux, ses arts et son commerce, en est la carène, chargée d'agrès, de provisions et de marchandises dont la cargaison fait l'objet du voyage. C'est à sa carène que se proportionnent toutes les parties du vaisseau. La noblesse peut se rapporter aux batteries qui le défendent ; le clergé aux voiles et à la mâture qui le font mouvoir; les opinions politiques, morales et religieuses, aux vents qui le poussent, tantôt à droite, tantôt à gauche; l'administration, aux cordages et aux pouhes qui en varient la manœuvre ; la royauté, au gouvernail qui dirige sa course, et le roi au pilote. C'est donc à l'intérêt du peuple que le roi doit veiller principalement, comme un pilote veille à la carène du vaisseau ; car si les hauts sont trop chargés par une mâture trop élevée, ou par une artillerie trop pesante, elle est en danger de renverser. Elle est encore en péril de couler bas, si des vers la rongent sans bruit et y font des voies d'eau. » — « Vous serez forts de sa force, dit-il plus loin aux chefs du peuple, comme vous êtes faibles de sa faiblesse. Voulez -vous donc vous-mêmes vivre libres, n'attentez pas à sa liberté ; acquérir des lumières, ne l'aveuglez pas de préjugés ; calmer vos propres âmes, ne lui donnez pas d'inquiétudes ; travailler à votre propre grandeur, occupezvous de son élévation ; souvenez-vous que vous êtes le sommet de l'arbre dont il est la tige. » Comme il avait salué la Révolution à son aurore, Bernardin de Saint-Pierre se fit remarquer parmi les panégyristes de Napoléon qu'il compara à l'aigle « s'avançant dans l'axe même de la tempête », et qu'il appelait : un héros philosophe organisé pour l'em^fire. Voir Gerusez. — Eloge de Bernardin de Sainl-Pierre, par Prévost-Paradol. — Sainte-Beuve, Causeries du lundi (t. VJ,) et Portraits littéraires (t. II.) — Aimé Martin. —

et la pGsanteur du mien. Je n'y ai jamais entendu proposer aucune question qu'elle n'ait été décidée avant que j'aie eu le temps de l'examiner. »

Mémoires de la duchesse d'Abrantès (t. I", p. 250 et suiv.). — On a dit plaisamment : «Chateaubriand est le père du romantisme, Jean- Jacques le grand-père, Bernardin l'oncle, et un oncle arrivé de rinde exprès pour cela. » — Et quelqu'un qui entendait lire certain chapitre ôes Études de la Nature, l'appelait : « L'ne orgie fénèlonienne au clair de lune ». Bernardin de Saint-Pierre portait dans le monde sa méfiance bourrue et quelque contrainte ; même après ses succès, la plaie ne se cicatrisait point, l'épine était restée dans ses nerfs, et Sainte-Beuve tient d'un témoin oculaire l'anecdote suivante : « Étant à la ^Malmaison chez madame Lecoulteux du Moley, il s'y montrait aussi peu aimable que l'abbé Delille l'était aisément; il disait des clioses désagréables aux femmes et sur les femmes. Il avait amené un chien qui tomba malade. Madame Lecoulteux s'en inquiéta, le fit soigner et droguer; mais la bête mourut. Un matin, comme Bernardin de Saint-Pierre n'était point descendu à l'heure du déjeuner, la maîtresse de maison envoya savoir de ses nouvelles. On ne trouva personne, mais quatre lignes seulement dans sa chambre; il disait qu'on lui avait tué son chien et qu'il était parti. Là-dessus, cette société gracieuse et sentimentale s'émut : on imagina de faire à ce chien chéri des f imérailles, un petit tombeau avec des branches de saule pleureur à la Jean- Jacques. On écrivit tout cela au bourru maussade pour l'apaiser; on n'eut pas de réponse. » Il disait à madame d'Abrantès: «Combien l'homme lutte avec le bonheur pour l'empêcher d'arriver jusqu'à lui ! » Un de ses rêves consistait à fonder une répubhque sur les bords de la mer Caspienne : son utopie le conduisit à Moscou, dans cette Russie qu'il compare à un beau fruit gâté avant d'être mûr. On lui conseillait un jour d'écrire ses conversations avec Rousseau, et d'en faire un vols. me. — « Non, répondit-il, il me semble que je mettrais à l'enchère chacune des nobles pensées de mon ami, et cette idée me serait pénible. »

l'esprit des orateurs de la GIRONDE. 191

Notre auteur ne manque pas d'exposer sa conception de la popularité, de l'ordre, de la liberté, conception toute subalterne, digne d'un tribun qui guette les caprices de la multitude, non d'un législateur qui s'efforce de la spiritualiser, renfermant malgré tout une parcelle de vérité. Brissot professe que le meilleur moyen d'agir sur les masses est de permettre qu'elles réagissent sur nous, que sans cela elles sont plus que fondées à soupçonner de mauvais desseins. Il fait la théorie du gouvernement dans la rue. par la rue : un pas de plus et il conclut au droit divin de la fouit'. Quant à l'ordre public, il semble le priser médiocrement ; sa formule est celle-ci : « Liberté, égalité, placez au-dessus ordre public, ce sera un pléonasme, mais du moins ce ne sera plus une déception. L'ordre, d'après lui, n'est que la mesure de l'égalité, et ce n'est qu'ainsi qu'il devient conservateur de la liberté. » Quelle cacofjhonie dans les idées I Et comme, du vague même de ces définitions, de ces confusions de termes, on tirerait aisément un code d'anarchie !

Quelque temps après la mort de Mirabeau, on donnait à la Comédie-Italienne Mirabeau aux Champs-Elysées, éîucubration hâtive d'Olympe de Gouges, dont on ne pouvait applaudir que l'intention. Vn voisin de Brissot observa : « Cette pièce est un vrai morceau de réception pour le club monarchique. Ce Mirabeau-là est à notre Mirabeau ce qu'un 89 est à un patriote, ou pour mieux dire ce qu'un cas t rat o est à un homme. »

tix^

lu

Le. charme continuait, malgré les invectives de Camille Desmoulins.

Brissot affirme avoir écrit, en collaboration avec Mirabeau, des brochures dont le produit ne fut jamais que pour celui-ci, car il faisait argent de tout; il avait même recueilli sur les candidats parisiens aux états généraux des notes qui parurent sous le nom du grand orateur. Encore un collaborateur à ajouter ci la liste !

Madame Macaulay dînant un jour chez le docteur Johnson, la conversation tomba sur l'égalité que celle-ci porta aux nues ; pour toute réponse, le docteur fit signe à son laquais de s'asseoir auprès d'elle. Là-dessus Brissot de se récrier, et avec raison, car l'égalité n'est pas un niveau abrutissant, mais la consécration de ce principe : à chacun selon ses œuvres. Tout de même, Brissot raisonnait un peu comme ce meunier <le comédie répondant au conmiis qui aimait sa fille : « On a fait la révolution pour que les meuniers puissent épouser les filles des nobles d'autrefois, mais non pour que les garçons meuniers puissent épouser les filles de leurs patrons n.

Tu rai-'ionnes comme la fin d'une législature ; ce dicton populaire courait dans les derniers temps de la Constituante. — Hélas ! oui ! trop souvent il advient que les commencements sont beaux, les milieux fatigants et les fins détestables. Une législature ne ressemble-t-elle pas à une existence humaine? Jeunesse

l"£51'UIT des ORATLUllS D IL L A ".IRm.NDL. l'J.J

pleine d'enthousiasme et de sève, fertile en projets, et, par sa force d'expansion, imprimant aux chimères elles-mêmes le cachet de la réalité; maturité puissante où les fleurs se changent en fruits, les idées en faits, I les matériaux en palais: vieillesse débile, tourmentée ' par le regret d'avoir passé à côté du bonheur, d'avoir cherché au loin ce qui s'offrait sous la main, poursuivi éperdument des fantômes dans le mirage de l'illusion 1

Voici d'après un répul)licain anglais, léchelle des êtres suivant leur mérite: Dieu, ange, tyrannicide, philanthropes, homme probe, laboureur, citadin, fainéant, dévot, prêtre, moine, saint, martyr, soldat, héros, noble, roi, pape, diable K Ne faut-il pas savoir gré à ce personnage d'avoir mis le diable au dernier degré de l'échelle ?

/ Brissot a vécu comme Aristide, il est mort comme (Sidneyî dit au tribunal son admirateur et ami Girey- Dupré. On voit combien il faut rabattre de l'exclamation. En faisant le départ des bonnes et des mauvaises actions, et malgré que celles-ci pèsent d'un poids

1. Calembours, énigmes, cliarades, bouts-rimes, anagrammes, logogripbes, ces jeux d'esprit de l'ancien régime continuent de fleurir après 1789 et deviennent des armes de combat. Celui-ci trouve dans aristocrate Iscariote; cet autre tire de Lafayette déité fatale; un troisième parvient à lire, dans serment civique, qui jure ment sec ; la Révolution française fournit /a France veut son roi et plus tard un Corse la finira. Une société artistique décerne un prix à l'auteur de l'anagramme suivant sur les mots de Repu-

194 ORATEURS ET TRIDUNS.

bien lourd dans la Ijalance, je relève à l'actif de Brissot le vote dans le procès de Louis XVI, la pauvreté réelle du membre le plus influent du comité diplomatique, du ministre des affaires étrangères occulte de la Révolution; je vois madame Brissot repassant elle-même les chemises de son mari dans leur modeste chambre du village de Saint-Cloud, regardant à travers le trou de la serrure pour savoir si elle doit ouvrir à ceux qui frappent. Et si Ion objecte qu'en ne

blique française: Punira le fol qui se cabre. Avec Jacobin l'on fabrique Gain et Job.

Le 19 janvier 1793, le Mercure offre à ses lecteurs cette énigme à deviner ; le mot est R :

Je suis le terme du malheur

Et je mets le comble au bonheur.

Attaché constamment au char de la fortune,

J'aime Amphitrite, et j'abhorre Neptune,

Avec Zéphyr, je caresse la fleur,

Je supporte le froid ainsi que la chaleur.

Tantôt sur la sombre verdure,

Tantôt à l'ombre des vergers,

Je folâtre avec les bergers,

Je suis dans les trésors qu'enferme la nature,

Je voltige aussi dans les airs,

El je me trouve presque au bout de l'univers.

Le vendredi 18 janvier 1893, un ancien Mercure de France étant tombé sous la main de Louis XVI, il y lut un logogriphe qu'il invita Cléry à deviner. Cléry ayant vainement cherché : Œ Comment, lui dit le roi, vous ne le trouvez pas? 11 m'est pourtant bien applicable en ce moment. Le mot est sacrifice. Mais ce ne sont plus là des livres qu'il convient que j'ouvre maintenant. Allez me chercher dans la bibliothèque le .volume de THistoire d Angleterre qui contient le récit de la mort de Charles I" » {Journal de Cléry, p. 93). — Edmond Biré, Paris pendant la Terreur.

l'esprit des orateurs de la GIRONDE. 195

votant la mort du roi qu'avec la condition suspensive de l'appel au peuple, il voulait, comme Ponce-Pilate, se laver de toute responsabilité, je réponds qu'il ne faut pas scruter trop avant les reins et lesconsciences, qu'après tout il prononçait ce jour-là son propre arrêt et se rendait tuable, et que le mot de Louis XVI lorsfju'on lui siiinifia la sentence de mort : je croyais que M. Brissot m'aurait sauvé, — doit valoir à ce dernier le bénéfice des circonstances atténuantes.

LE MARQUIS DE CONDORCETi

Le mouton enragé, le volcan couvert de neige. — Théorie de réloquence parlementaire. — Son éducation. — L'académie des paroles et l'académie des choses. — Panég^Tiques et calomnies. — Belle attitude de Condorcet après le 31 mai. — L'envers de la médaille. — Haine de Condorcet contre Necker ; apothéose du bonnet rouge; sophismes métaphysiques. — Héroïsme de madame Vernet. — Un mot sublime.

<f Mais ces gens-là ont beau faire, disait un homme de sens, ils oublient toujours que les sept péchés caipitaux subsistent et que c'est eux sous une forme /quelconque qui mènent ou agitent le monde, » Con- [dorcet ne crut point aux sep! péchés capitaux : doué de la faculté mathématicienne, il prétendit organiser

1. Né en 1743, à Hibemont, prés de Saint-Quentin, mort le 8 mars 1794. — CEuvres de Condorcet (12 vol. in-S" avec une préface de F. Arago. Firmin Didot éditeur, 184'J;. — Sain:e-Beuve, Causeries du lundi, t. IH. — Diannyére, Notice sur Ccndorctt, an VU. -— Au'ard, t. II.

L'tSPRIT DES ORATEURS D I- LA GIRONDE. 197

!a société comme un théorème : ses connaissances en

philosophie, en géométrie, en économie pohtique ne lui servirent qu'à pousser jusqu'au délire la chimère de l'humanité indéfiniment perftctible (tout ceci au nom de la mathématique sociale, de la science qui applique le calcul à la morale, à la politique !) à exalter le sortilège des formules, la bonté native de l'homme, en partant de cette théorie chère a Jean- Jacques et aux alchimistes de son espèce d'après laquelle tout le mal gît dans les lois et les institutions . Où ne peut conduire la tyrannie d'une fausse prémisse ? Lui. le mouton enragé, le volcan couvert de neige, comme on .l'appelait, lui qui. avec un esprit subtil, amer et déjnigrant, montre un enthousiasme de réflexion entre- JtemTsans cesse par le foyer d'une âme ardente que 'voilait l'extérieur le plus froid, lui qui dans sa jeunesse avait aimé jusqu'à vouloir s'ôter la vie S lui qui fut l'ami passionné de Voltaire, Turgot, d'Alembert, qui ne songeait jamais à sa femme et à sa fille sans

1. Rien de plus curieux que la manière dont il repoussait alors les palliatifs que Turgot, son confident, lui administrait : « Faites des vers, c'est un genre de composition auquel vous êtes peu habitué, il captivera votre esprit. — Je n'aime pas les mauvais vers, je ne pourrais souffrir les miens. — Attaquez quelque rude problème de géométrie. — Quand un goût dépravé vous a jeté sur des aliments à saveur forte, tous les autres aliments vous déplaisent, les passions sont une dépravation de l'intelligence ; en dehors du sentiment qui mabsorbe, rien au monde ne saurait m'intéresser. t>

lOS ORATEUnS ET TRIBUNS.

répandre des larmes, il méconnaît la puissance de l'enthousiasme, de la passion, et sur qui ? Sur les assemblées parlementaires de la Révolution , c'està-dire sur les assemblées les plus inflammables qu'on ait jamais vues, celles que leurs défauts et leurs qualités même livraient le plus à la magie des phrases harmonieuses. Aussi, de parti pris, son style oratoire serat-il nu, froid, abstrait. — Une éloquence entraînante, c'est bon pour les assemblées populaires, où ceux qu'elle trompe n'ont à prononcer que sur leurs propres intérêts : mais comment des députés céderaient-ils à une autre force que celle de la raison, sans trahir leur devoir, puisqu'ils prononcent sur les intérêts d'autrui? — En un mot. Condorcet veut qu'on les éclaire sans les émouvoir, il ne sait pas que toute assemblée est foule et, au lieu d'épeler l'alphabet du cœur humain, il préfère instituer pour celui-ci un code compliqué, produit stérile de son orgueil métaphysique, appareil de néant et de dangereuse erreur. Peut-être aussi trouvait-il plus commode de dogmatiser ses défauts d'écrivain ^ Comment mesurer jamais d'une façon exacte les effets ^de l'éducation ? La mère de Condorcet, dévote ardente, le voue à la Vierge et au blanc, lui fait porter pendant huit ans le costume de jeune fille : d'où cette

1. Il réclamait l'admission des femmes au droit de cité, et leur éligibilité à toutes les places. La nature, selon lui, leur a accordé tous les talents, sauf l'invention; mais dans quelle fonction celleci est-elle nécessaire ?

l'esprit des orateurs de la GIRONDE. 199

gaucherie, cette timidité proverbiale, et la crainte du public. Il passe sa jeunesse dans une famille composée de dig,nitaires de l'Église, d'hommes d'épée, il j continue ses études avec les Pères Jésuites. Résultat : dédain absolu de la noblesse, scepticisme complet, superstition de l'abstrait, fanatisme d'irréligion. Comme 1 Mozart, comme Goithe, comme Tictor Hugo, il est ' un enfant prodige. A seize ans. il soutient avec tant d'éclat une thèse de mathématique devant Clairaut jd'Alembert et Fontaine, que ceux-ci le saluent comme I leur futur confrère à l'Académie. « J'ai cru un moment qu'il valait mieux que moi, dira plus tard Fontaine V j'en étais jaloux, mais il m'a rassuré depuis. » Ses premiers travaux lui valent Thonneur insigne d'entrer, à peine âgé de vingt-six ans, à l'Académie des sciences. Doué d'une mémoire extraordinaire, tra- 'i vaillant dix heures par jour, il mène de front les études I les plus variées, aime h. se doubler, à se centupler, à se répandre. 11 a vingt correspondances, écrivait mademoiselle de Lespinasse, dix amis intimes, et chacun d'eux sans fatuité pourrait se croire son premier objet. Jamais, jamais, on n'a eu tant d'existences, tant de moyens, et tant de félicité. Et Voltaire conçoit pour lui une si haute estime, que, dès 1776, il veut qu'il prenne sa place à V Académie des paroles {V Xc3idémiQ française),

1, Condorcet, il est vrai, ne dit que des choses communes, mais il a Tair de ne les dire qu'après y avoir bien pensé.

20J orateurs et ir.IBU.NS.

quoiqu'il soit le soutien de Y Académie des choses. Il y parvint en 1782. Son opinlàh-elé éparpillée lui réussissait assez bien K

Peu d'iiommes ont inspiré des jugements plus divers. Mademoiselle de Lespinasse trouve que son esprit a la grâce et la facilité de celui de Voltaire, le sel de celui de Pascal, la profondeur et la perspicaci'é de celui de Martin : elle découvre en lui la sensibilité la plus exquise, celle qui prévient les besoins d'une àme délicate. Dans la conversation, il paraît presque toujours distrait ou occupé, mais dans l'intimité, il se dédommage du silence qu'il garde en société : « H a de la gaieté, de la méchanceté même, mais de celle (|ui ne peut nuire, et qui prouve seulement qu'il pense tout haut avec ses amis. » Les gens ennuyeux ne l'incommodent

1. a On a (lit que madame de Condorcet avait essuyé quelques mépris do la reine et que son zèle républicain était une vengeance de femme. Je n'en crois rien. Un caractère sérieux, un esprit qui aimait à se nourrir de méditations philosophiques, des lectures républicaines, une passion pour les écrits de Rousseau, avaient enflammé sa tète; son mari avait un enthousiasme de réflexion, elle en avait un de sentiment; tous deux étaient fermement persuadés que la liberté en France ne pouvait pas se soutenir à côté du trône. » (Souvenirs (^/eZ)iî/mo/*/.J— Madame de Condorcelétait alors célèbre par sa beauté : Anacbaisis Cloolz l'appelait la Vénus Lycéenne, les écrivains royalistes l'attaquèrent avec un acharnement inouï. Elle fit paraître en 1798 une Traduction de la Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith, en y joignant hiit Lettres sur la Sympathie, où elle examine et critique quelques-unes des opinions de l'auteur anglais. Elle mourut en 1822.

l'esprit des orateurs de la GIRONDE. 20l

point, et il dirait volontiers avec Ilelvétius quil n'est pas plus étonnant que les hommes fassent et disent des sottises, qu'il ne l'est qu'un poirier porte des poires. Barère, un de ses proscripteurs, lui rend hommage en ces termes : « Depuis Socrate, il n'y eut pas de philosophe plus bienfaisant, plus tolérant, plus ami de l'humanité, plus protecteur de ses droits. » Quant à Dumont, il avoue qu'il avait une haute idée de Condorcet et lui pardonne presque d'avoir voulu une république faite par l'Assemblée pour n'en avoir pas une faite par la populace. 11 constate d'ailleurs que sa société a été le foyer de la République et que la cour n'avait pas de plus grand ennemi, ses attaques étant d'autant plus dangereuses qu'elles restaient dans les bornes de la finesse et de la bienséance.

(( Condorcet, conclut Sainte-Beuve, avait, je l'accorde,

(l.a passion et la religion du genre humain ; cela ne suffit

pas. Il devait ne pas imiter ces grands prêtres et ne pas

se dévouer à faire prévaloir sa religion aux dépens de

la justice. »

On sait les calomnies des pamphlétaires, de Marchant dans la Jacobinéide, les invectives de Marat, de Robespierre, les paroles d'exécration de Malesherbes. « Condorcet n'est pas sans mérite, écrit madame Roland, mais c'est un intrigant : on peut dire de l'intelligence de Condorcet en rapport avec sa personne, que c'est une liqueur fine imbibée dans du coton. » — « Condorcet. homme né pour la gloire et le bien de son pays, s'il

2U2 ORATEURS ET TRIDUNS.

avait su respecter ses anciens écrits et rougir devant sa propre conscience, » dit André Cliénier, qui lui reproche ses petits coups de stylet empoisonné, ses pamphlets satiriques, ses articles de la Chronique de Paris.

En résumé, Condorcet a des haines et des amitiés vigoureuses, haines politiques, haines litléraires, haines individuelles : il est comme tant d'autres, philosophe en groSjJLrès susceptible en détail, à l'exemple de certains dévots qui ne se montrent jamais plus aigres que le jour où ils ont rempli leurs devoirs rehgieax. Il poursuit un but très noble à travers les infirmités de sa nature : mille traits honorent sa vie, cent autres la ternissent et démentent ce titre d'homme de Vancienne chevalerie et de Vancienne vertu dont le décora le patriarche de Ferney.

Rien de plus louable assurément que son amitié et sa loyale indépendance à l'égard de YoUaire, de Turgot, que son mot aux Girondins : « Je tâche que chaque parti s'occupe de lui un peu moins^ et de la chose publique un peu plus ; » que son attitude après la journée du 31 mai, lorsque jugeant cette constitution d'Hérault de Séchelles, que Siey«'s appelait tout bas une mauvaise table des matières, il osa, dans une lettre publique, proposer au peuple de ne pas la sanctionner, dénonçant au péril de sa vie l'arrestation des Girondins, la censure inquisitoriale, le pillage des imprimeries, la violation du secret des lettres, déclarant que des élec-

l'esprit d I:; s o ii a t e l ii s d i: i, a < . i u o > d e . 2u3

lions trop morcelées sont une prime à l'intrigue et à la médiocrité. Oui, ce jour-là, il eut le droit de s'appli- ({uer ce distique qu'il croyait sans doute être le symbole de sa vie entière :

Ils m'ont (lit : choisis d'être oppresseur ou victime, J'embrassai le malheur et leur laissai le crime.

Et en effet. Chabot lut celle leltre à la Convention, proposa la mise en arrestation do celui qui l'avait autrefois défendu, de l'homme qui avait l'audace de prétendre que son projet valait mieux que Vœui?'e sublime imposée par les Jacobins à l'Assemblée!

« Connaissez-vous, disait Diannyère à Condorcet, les détails de la brouilleri^de Diderot et de Rousseau? — Non, mais Diderot était le meilleur des hommes, et quand on se brouillait avec lui; on avait toujours tort. — Mais vous?... — J'avais tort. » Personne plus aisément ne souffrait la contradiction^ n'avouait ses torts f—avec plus de franchise. De même, il n'hésite pas à sacrifier au progrès les avantages qu'il tient de son rang, de sa naissance : désintéressement assez peu commun si j'en juge par le mot de ce riche fermier général : « Pourquoi donc changer, monsieur, est-ce que nous ne sommes pas bien? »

Mais voici l'envers de la médaille : cette amertume de plaisanterie qui plus tard se condense en sophismes logiques, en violences froides, en apologies systéma-

tiques de la brutalité populacière. Et quel acharnement de mauvais goût contre Necker, coupable surtout d'avoir succédé à Turgot, et de ne point partager ses idées en économie sociale! « C'est l'abbé Dubois, dit-il, qui remplace Fénelon. »

Quant aux écrits du banquier de Genève, il n'y voit qu'une simple traduction, eu langage pompeux, des dialogues de l'abbé Galiani, et rappelle l'anecdote d'une statue grecque, élégante et svelte, qu'un empereur romain fit dorer, et qui perdit toutes ses grâces. Pour mieux l'accabler, il parle encore d'un grand seigneur que ses amis cherchent d'avance à consoler de la critique, parce qu'il avait fait une mauvaise traduction de Tacite : « ?se craignez rien pour ma réputation d'auteur, leur dit-il, je viens de prendre un meilleur cuisinier. » Mieux encore : Condorcet ne s'avise-t-il pas de réprimander Voltaire d'une épitre louangeuse qu'il adressa en 177i) aux Necker : a Je suis fâché de ces vers, vous ne savez pas assez quel est le poids de votre nom. Vous ressemblez aux gens qui vont applaudir Arlequin quand il y a relâche à Zaïre. Je ne connais votre pièce que par ouï-dire, mais ceux qui l'ont lue m'assurent qu'à propos de M. et madame l'Enveloppe (les ?seckerj vous parlez de Caton. Cela me rappelle un jeune étranger qui me disait : « J'ai vu trois grands » hommes en France, M. de Voltaire, M. d'Alembert et » M. l'abbé de Voisenon. » Et, afin d'exciter son correspondant contre Necker, il lui révèle que ce dernier

L"eSPR1T des orateurs de la GIRONDE. 205

regarde les tragédies de Shakespeare comme des chefsd'œuvre.

« Eq morale, écrivait-il à Turgot, je suis grand ennemi de rindifférence et grand ami de l'indulgence dont j'ai souvent autant besoin qu'un autre. » De quel nom qualifier ses jugements sur les préliminaires du 20 juin 1192, lorsque, signalant le calme du peuple, il le représente remontant aux causes par les effets, et se rendant compte des événements, de telle sorte « qu'on serait

aie de croire qu'il consacre chaque jour quelques heures à l'étude de l'analyse ))?De quel nom quahfier son apothéose du bonnet rouge dont on avait affublé Louis XVI? « Cette couronne en vaut bien une autre, et Marc-Aurèle ne l'eût pas dédaignée. » — Comment admettre que, pendant sa présidence de l'Assemblée, il continue de décrire comme journaliste les débats qu'il dirige? Comment amnistier ses flagorneries envers les tribunes, ses moqueries à l'adresse de collègues qui se plaignent d'avoir été insultés à la porte de la salle des séances, son silence embarrassé sur les massacres de Septembre, sur cette terrible situation « où un peuple naturellement bon et généreux est contraint de se livrer à de pareilles vengeances » ? Et son vote plein de réticences dans le procès de Louis XYI ! « Je vote pour la peine la plus grave dans le code pénal, et qui ne soit pas la mort. »

On sait la fm stoïque de Condorcet, l'héroïsme de madame Yernet qui le cacha huit mois dans son appar-

20() OUATEURS ET TRIBUNS.

tement. Tandis que madame de Condorcet faisait des portraits pour vivre, lui, dans sa cellule de la rue Servandoni, trompe le temps en écrivant YEsquisse sur les progrés de F esprit humain, les Conseils à sa fille, un E.rposé de sa conduite depuis 4789. Le supplice des Girondins ses amis redouble ses craintes pour madame A'ernet : comme il lui annonçait l'intention de la quitter : <( La Convention, monsieur, répondit-elle, a le droit de vous mettre hors la loi, elle n'a pas le pouvoir de vous mettre hors de l'humanité, vous resterez. y> Mot sublime qui suffirait à confondre les sceptiques, les pessimistes, qui console des petitesses, des lâchetés qui sont l'inévitable tribut que l'homme paie à sa destinée; mot sublime, qui contient tout ce qu'il y a de divin en nous, tout ce que la Révolution a inspiré de vertu, de grandeur, qui ouvre à l'espérance des horizons ilHmités et restera l'éternel honneur des femmes de cette époque; mot digne des plus belles paroles de l'antiquité et des temps modernes, digne de saint Louis et de Jeanne d'Arc, de saint Vincent de Paul et de sainte Thérèse, digne de L'Hôpital, quand il invite ses concitoyens à abjurer leurs querelles et à n'être plus que Français; digne de Montlosier, quand il rappelle à ses collègues de la Constituante que c'est une croix de bois qui a sauvé le monde; digne de ces missionnaires, qui, au prix des plus cruelles souffrances, vont au fond des déserts prêcher la bonne nouvelle, sauver les âmes et les corps de pauvres esclaves; digne

l'esprit des orateurs de L\ GIRONDE. 207

de ces filles saintes qui. dans les hôpitaux, pansent les plaies, adoucissent la mort et renouvellent tous les jours le miracle de l'abnégation chrétienne; mot radieux enfin, qui, devant le tribunal de l'histoire, permettrait de plaider non coupable, et d'obtenir un verdict d'acquittement.

Page 1