‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 49 sur 57 · ROBESPIERRE ET CARNOT · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE ET CARNOT

ME.>fBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ROSATI.

En souvenir des anciens Pays Verds et des Pays d' Amour ^ en souvenir des vieux trouvères du xiii<^ siècle, quelques jeunes gens d'Arras avaient fondé, le 13 juin 1778, la Société anacréontique des Rosati, société tout épicurienne, consacrée à l'étude de la gaie science. Chanter la Rose, la Beauté, le Vin et V Amour, rire de l'ambition et de mille riens importants, faire reviwe le ton simple et franc de nos anciens auteurs, voilà le but de ces émules du Caveau. Ils accomplissent leurs rites sous un berceau de roses orné des bustes de Chapelle, La Fontaine et Chauheu, les assemblées commencent au printemps et finissent à l'automne, chaque couvert est marqué par un bouquet de roses. Le récipiendaire cueille une rose, la respire trois fois, l'attache à sa boutonnière, vide d'un seul trait un verre de vin rosé à la santé de tous les Rosati passés, présents et futurs, reçoit un diplôme en vers et y répond par des couplets. Parmi leurs fervents adeptes figurent Robespierre et Carnot. Robespierre, alors avocat à Arras était un troubadour fort écouté, si j'en juge par ces vers d'un confrère :

Ah! redoublez d'attcnlion J'entends la voix de Robespierre, Ce jeune émule d'Ampliion Attendrirait une panlhère.

Voici la chanson qu'improvisa Robespierre le jour de sa réception :

Air: Bésisk-moi, belle Aspasie.

Je vois 1 'é}nne avec la rose

Dans les Lonquels que vous m'offrez, (bis)

Et lorsque vous me célébrez,

Vos vers découragent ma prose :

Tout ce qu'on m'a dit de charmant,

Messieurs, a droit de me confondre :

La rose est votre compliment,

Lépine est la loi d'y répondre (bis)...

A vos bontés, lorsque j"y pense, Ma foi, je n"y vois pas d "excès (bis) Et le tableau de vos succès Affaiblit ma reconnaissance.

Pour de semblables jardiniers Le sacriûce est peu de chose; Quand on est si riche en lauriers.

On peut bien donner une rose.

Un autre jour, il récitait aux Rosati une chanson assez plate, la Coupe vide, qui se termine par ce refrain :

0 mes amis, tout buveur d'eau, Et vous pouvez m'en croire.

Dans tous les temps ne fut qu'un sot, J'en atteste l'histoire :

Ce sage effronté Cynique vanté Me paraît bien slupide.

0 le beau plaisir Daller se tapir Au fond d'un tonneau vide.

Et ni mieux ni plus mal qu'un autre, Robespierre soupirait des madrigaux à Ophélie, des bouquets à Chloris. {Mémoires de Max-Robespierre. — La Société des Rosati d'Arras, 4118-1188. — Histoire de Robespierre, par Hamel, 3 vol. in-80.)

Carnot, capitaine au corps royal du génie, se montrait fort zélé pour la gloire des Rosali ; son enthousiasme alla jusqu'à appeler son fils aîné Saadi, nom qui rappelle l'Empire des Roses dans la liltéralure persane, et qui passa comme un héritage à sa famille; il composa beaucoup de poésies légères dont une partie a été publiée en 1820 sous ce titre : « Opuscules poétiques du général L.-X.-M. Carnot, Paris, Beaudoin fils. » Le Recueil des Rosati en renfermait quelques-unes, parmi lesquelles celle-ci eut beaucoup de succès à Arras :

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