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LES ESCORTES

Le tribun traîne un bruit de foule Traversé de silences lourds, De rumeurs de charge qui croule Aux pavés dressés des faubourgs,

Un drapeau qu'élève un poing sombre Pour réclamer du pain, des lois.

Et les longs roulements dans l'ombre.

Des voitures où fuient les rois.

Derrière les viveurs inlâmes On sent murmurer les grands bois Vendus pour acheter des femmes Dont on entend les belles voix.

Et dans l'air doré des orgies, Passent au fond des hauts miroirs, Sous les lustres pleins de bougies. Des seins blancs et des chignons noirs,

Des dos creux, des épaules dures.

Qu'abandonnent à chaque pas Les rousses et chaudes fourrures Découvrant le galbe des bras.

Mais ce sont surtout les Poètes, Les maîtres illustres des mots, Qui traînent des escortes faites Des divins et sombres héros !

Cervantes est à sa croisée...

Et, sur le banc que le matin A baigné d'humide rosée, Don Quichotte, dans le jardin.

Fourbit sa lame et fait la moue.

Et, maigre paladin de fer.

Sous son casque qui se décloue, Garde la porte, triste et fier.

Il faudrait des jours à l'escorte Du vieil Hugo pour passer là Sur la petite place morte Que ce mois d'hiver désola.

ORCHESTRES. ISl

Il conduit une vaste armée De sinistres et lourds barons ; Eviradnus sous la ramée Le frôle de ses éperons.

Après les rois chargés de chaînes, Sautant sur leurs troncs, à la fois, Derrière lui viennent des chênes.

Des pans mystérieux de bois.

Des Centaures ruent vers les cornes De satyres roux et barbus Qui grimpent souvent sur les bornes Pour voir les Muses aux seins nus.

Il passe des hordes rapides Dont on n'aperçoit que l'élan ; La lune monte aux cieux lucides, Et voici le cortège lent

Des femmes, la troupe divine Que son art idéalisa.

Et que garde la carabine Tremblante de Gastibeka.

Et ni tribuns, ni capitaines, Ni débauchés, ni voyageurs.

N'ont des escortes plus hautaines Que les doux et graves songeurs !

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