‹ Orchestres; poésiesChapitre 19 sur 50 · LES PLAINTES D'APOLLON · texte numérisé non relu

LES PLAINTES D'APOLLON

Vénus que j'attendais au bois n'est pas venue. Je croyais voir toujours sa longue forme nue Sur le chemin qui monte à ces bosquets. J'avais De mes divines mains sous les lauriers épais Préparé pour la nuit une odorante couche. Elle ne viendra plus. Ma jambe que je touche Est froide de rosée, et je tremble, pareil Aux hommes quand je tarde à lâcher le soleil. Sûrement elle dort et doit être bien belle 1 Mais par ce mont sauvage et nocturne, où dort-elle? Je sais qu'elle connaît quelque sylvain boiteux, Et peut-être, allongée au fond d'un antre creux Dont la lune de perle éblouissant l'entrée L'éclairé mollement, vague, blanche et dorée, Et laisse rayonner un regard négligent Dans la chambre feuillue aux murailles d'argent,

Près du faune endormi, la divine sommeille. L'aurore à l'horizon met sa barre vermeille ; La mer plus claire bat les récifs de Délos. Des monts Thessaliens aux caps salés d'Argos, Chaque pin devant lui voit sur la terre nue, L'ombre de son fût noir à présent étendue. Elle oublie Apollon, le rendez-vous donné, Et peut-être que chez le satyre aviné, Soulevant un caillou peuplé d'humides choses, Un rond crapaud moussu sort entre ses pieds roses !

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