A UN POÈTE
Poète obscur, encore inconnu, tu t'ennuies
De vivre comme un pâtre et selon la saison
Des moissons, des raisins, des grands vents et des pluies,
En voyant les oiseaux sombrer à l'horizon.
Tu penses aux grands soirs sur les toits innombrables, Aux quadriges cabrés sur les vieux monuments. Aux théâtres emplis de ces bruits ineffables Que font en s'élevant les applaudissements.
Illustre, tu voudrais dîner sous les platanes D'un jardin de Paris, au cœur du Bois royal ; Rêver, en écoutant des musiques tziganes, Près d'une belle femme en toilette de bal.
Tu m'apparais semblable à quelque vierge ardente Dont l'attente et l'espoir enrichissent les yeux, Sachant seule combien sa gorge est haletante, Et combien ils sont frais ses beaux bras radieux !
Demeure. . . c'est l'austère et divine veillée, La retraite bénie et le recueillement ; Couche-toi dans les blés, rôde sous la fouillée, Laissant ton cœur s'emplir de son frémissement.
Descends ta rue en pente avec le crépuscule, Va chez le boulanger chercher le pain ; conduis A son maître inquiet, lorsque le jour recule. Le mouton égaré qui bêle autour du puits ;
Entre au vieux presbytère et bois avec le prêtre Un verre de vin blanc, dans le jardin mouillé, Et pleure sans raison en quittant le doux maître De ce toit que la mousse et l'automne ont rouillé.
Tu vaudras seulement par la mélancolie Qui devant le couchant t'étreignit quelque soir, Par une aube de feu que jamais on n'oublie, Par une nuit d'orage et son tonnant ciel noir.
Les voilà les trésors, les voilà les merveilles! On n'écrit de beaux vers que, lorsque tout petit. On a près de son seuil entendu les abeilles Dont le vol, pour qui sait écouter, retentit....
L'hirondelle du soir semble tramer les voiles, Et de la nuit qui vient voyagent les rayons. Demeure.... Voir, pieux, se lever les e'toiles, C'est gagner pour plus tard des absolutions !