ORDRE MILITAIRE DE SAINT-BENOIT D’AVIS
S'il est un prince dont le Portugal doive vénérer le souvenir, c’est le comte Alphonse Henriquez, qui, devenu maitre de ses États malgré les intrigues de sa mère, malgré les armes de l'Espagne et du pape, monte au rang des rois par les suffrages libres de l’armée et du peuple; fonde les institutions politiques de son pays sur les principes de la liberté et de l'égalité, l’'affranchit de la suzeraineté de la Castille, et l'agrandit par ses victoires sur les Musulmans.
C'est au règne de ce grand homme que l’on reporte l’origine obscure de l’ordre d'Avis, dont la création est due sans doute aux mêmes causes qui ont partout ailleurs suscité les grands ordres militaires.
Vers 1188, Jacques d’Avesnes, avec sa troupe de croisés, ayant été égaré par la tempête sur les côtes de Portugal, Sanche, fils d'Alphonse, profita de la présence des croisés pour regagner le terrain qu'il avait perdu et ajouter à son territoire. Maître de la ville d'Évora, il la remit à la nouvelle malice, associée pour faire aux Mores une guerre incessante, et dont l'établissement fut confirmé, en 1204, par le pape Innocent IE. Sous le règne d'Alphonse IF, la fortune de la guerre et la générosité du roi leur ayant valu la possession du château d'Avis, dans l'Alemtejo , les chevaliers d'Évora prirent et conservent le nom de chevaliers d'Avis. Iis portaient l'habit de Citeaux, et leurs armes étaient d’or à la croix verte fleurdelisée, accompagnée en pointe de deux oiseaux noirs. En 1215, Rodrigue Garcia de Aça, septième grand maitre de Calatrava, leur ayant cédé plusieurs places et de nombreux domaines que son ordre possédait dans les États d'Alphonse, pour témoigner leur reconnaissance, 1ls acceptèrent la suprématie, la règle et les statuts de Calatrava. Mais la succession de Ferdinand [* ayant provoqué la guerre entre le Portugal et la Castille, et l'avénement du grand maitre Jean [” ayant été consacré par la victoire d'Aljibaroté, les chevaliers d'Avis rompirent avec Calatrava; et, malgré l'influence des rois, les négociations, la décision même du concile de Bâle, ils maintinrent leur liberté et leur indépendance de l'Espagne, jusqu'à ce que toute la Péninsule obéit à Philippe IL Cependant, grâce à l'opposition des papes, l’ordre n’était plus régi que par des administrateurs ; et la
orande maitrise ne fut restaurée qu'en 1350, pour être unie à la couronne.
En 1789, la reine Marie le transforma en un ordre de mérite, et le partagea en trois classes : six grands-croix, portant la décoration n° 4, pl. LVT, pendue à un large ruban vert passé en écharpe de droite à gauche; — quarante-neuf commandeurs portant la même décoration suspendue au cou; — des chevaliers en nombre illimité, dont la décoration n° à est attachée à la boutonnière. Les deux premières classes portent encore sur la gauche de lhabit la plaque n° 5.
L'ordre était propriétaire de dix-huit villages et quarante-neuf commanderies, et ses revenus dépassaient 80,000 ducats.