CROIX DE FER
On lit dans l'acte de fondation de la croix de Fer, en date du 10 mars 1815 :
« Dans la grande catastrophe dont le sort de la patrie dépend actuellement, le sentiment énergique qui élève la nation mérite d’être honoré et éternisé par des monuments particuliers. Le courage qui anime tous les cœurs, et qui ne pouvait subsister qu'en s'appuyant sur la religion et un attachement fidèle au roi et à la patrie, peut seul expliquer comment la persévérance avec laquelle le peuple a supporté les maux intolérables de notre âge de fer, n’a pas fait place au désespoir. Nous avons donc résolu de distinguer particulièrement le mérite qui se signalerait dans la guerre qui éclate maintenant, sur les champs de bataille ou à l'intérieur, mais toujours à l'occasion de cette grande lutte pour la liberté et l'indépendance, et de ne plus accorder la même distinction après la guerre. »
Les décorés se partagent en deux classes, outre les grands-croix.
Les deux classes ont une croix pareille, en fer de fonte, bordée d’argent, sans inscription à la face; le revers porte en haut le chiffre royal F. W. avec la couronne, au milieu trois feuilles de chène, au-dessous la date 1815; elles la portent à la boutonnière, attachée à un ruban noir bordé de blanc. (PI. LXI, n°14.) Lorsque la distinction a été méritée en combattant contre l'ennemi, le ruban est noir bordé de blanc: sinon, il est blanc bordé de noir; il s'attache à la boutonnière. La première classe porte encore au côté gauche une croix attachée comme ‘une plaque (n° 10). La grand’eroix, d’une grandeur double ; se porte au cou, à un ruban noir bordé de blanc. | | Hi:
Un ordre royal du 5 mai 1815 porte que, pour honorer et redire aux temps futurs le nom des héros qui n'ont pu recevoir la croix, parce qu'ils étaient morts pour la patrie, un monument sera érigé dans l’église du régiment, aux frais de l'État, en mémoire de tout guerrier mort dans laccomplissement d'un acte héroïque qui, d'après le témoignage unanime de ses chefs et de ses camarades, lui aurait valu la croix de Per.
Conformément à cet ordre, une simple table, surmontée de la croix de
(Re
Fer, dans des proportions grandes, se trouve dressée dans chaque église de régiment. Elle porte l'inscription suivante :
Le roi et la patrie reconnaissants honorent les héros tombés. Dans le... régiment, ont trouvé la mort des héros...
Suivent les noms, avec indication du lieu et du jour. De plus, chaque église contient une table, érigée aux frais de la come mune, pour ceux qui sont restés sur le champ d'honneur. Elle porte
De cette paroisse moururent pour le rot et la patrie...
Puis viennent les noms.
Un ordre de cabinet, du 12 mars 181%, détermina que les croix de Fer de la seconde classe, appartenant à des guerriers qui avaient suecombé devant l'ennemi, ou ailleurs, passeraient à ceux que leur conduite dis= tinguée avait signalés au roi, sans qu'ils eussent pourtant reçu la croix:
Mais d’après une décision du 51 décembre 1837, toutes les personnes de la landwebr en congé ou rentrées dans la vie civile, qui avaient droit à la succession de la croix de Fer, l'ont reçue en 1839 : ce qui mit fin à toutes les prétentions de ce genre.
Un ordre de cabinet du 3 août 1851 établit des gratifications pour les décorés de la croix de Fer.
$ 1”. Sera accordée paye d'honneur viagère, aux décorés de la croix de Fer au ruban noir qui auront leur domicile permanent dans le pays, savoir : À, entre ceux de la première classe, à douze sénieurs du grade d'officier, et à douze du grade de sergent et au-dessous, une annuité de cent cinquante thalers; B, entre ceux de la seconde classe, à trente-six sénieurs du grade d'officier et à trente-six du grade de sergent et aus dessous, une annuité de cinquante thalers.
S 2. Ils seront tenus pour officiers, sous-officiers ou soldats, selon le grade qu’ils avaient quand la croix leur a été décernée. On suivra le même principe pour les médecins militaires. |
S 5. L'admission dans les sénieurs se fera d’après des époques, formées suivant la marche des campagnes de 1813-1815. L'époque antés rieure sera préférée à la postérieure. Ces époques sont : 1° de l'ouverture des hostilités en 1813 jusqu’à la bataille de Gross-Gorschen; 2° de Ja bataille de Gross-Gorschen jusqu'à l'armistice; 3° de l'armistice à a
bataille de Leipzig; 4° de la bataille de Leipzig au passage du Rhin; b° du passage du Rhin jusqu'à la paix du 30 mai 181%; 6° la campagne de 1815 : tous ceux qui ont eu la croix de Fer dans une de ces époques forment entre eux une série fermée ; aux privilégiés de la sixième époque se joignent, toujours avec la distinction du grade, 7° ceux qui ont hérité la croix de Fer.
$ 4. Dans chacune des sept époques, le droit à l'entrée dans les places de sénieurs se détermine d’après le jour que la croix a été donnée. Entre décorés de la même date, ceux qui ont été blessés auront la préférence; sinon la préférence est décidée par l'ancienneté de service, ou d'âge en cas de parité de service.
$ à. Si des décorés de la croix de première elasse — qui, comme tels,
n'auraient pas encore droit à une place de sénieur, — appartiennent, d'après la date de leur décoration, à la seconde classe, ils toucheront lannuité de eimquante thalers Jusqu'au moment où ils peuvent entrer dans une vacature de première classe.
$ 6. Si le nombre des décorés de la première époque devient moindre que celui des places de sénieur, les vacatures seront remplies par les décorés de la deuxième classe du même grade et de la même époque, de telle sorte qu’elles seront divisées d'après le montant de la paye de cette classe, et augmenteront ainsi les places de sénieur. Lorsque les ayants droit de la première époque, appartenant au grade d’officier, auront ainsi été satisfaits, les places vacantes passent au second grade de la même époque. Ce n'est qu'après que tous les décorés de cette époque auront obtenu des places de sénieur que les décorés de la deuxième époque, et, plus tard, d’après la même règle, ceux de la troisième, etc., pourront prétendre aux places vacantes.
$ 7. Les places de sénieur sont distribuées le 3 août de chaque année,
-sur la proposition de la commission générale des ordres, qui devra pu-
blier les noms par les journaux.
S 8. La paye d'honneur accordée aux sénieurs ayant en même temps pour but de donner aux décorés peu fortunés un secours extraordinaire, pour autant que les moyens de l'État le permettent, nous admettons et nous verrons même avec plaisir que des sénieurs qui, par des salaires, des pensions ou leur fortune, peuvent se passer de la paye d'honneur, labandonnent en faveur de décorés moins aisés; le sénieur qui aura re-
noncé portera le titre de sénieur d'honneur, et, lors de la distribution annuelle, son nom sera publié.
$ 9. Cette paye d'honneur peut se cumuler avec l'augmentation accordée aux marques d'honneur militaires.
S 10. Elle sera retirée à ceux qui vont s'établir à l'étranger. En cas de mort, elle cesse avec le mois de la mort; en cas de privation de la croix, avec le mois où cette privation a été prononcée.
$ 11. La commission générale des ordres est chargée de fixer la suite des ayants droit, d’assigner les annuités, et d’ordonner toutes les mes sures nécessaires au maintien de la fondation.
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ORDRE DE SAINT-JEAN
Les rois de Prusse étaient devenus, grâce à la réforme, souverains des« domaines que les membres séparés de l'ordre de Malte avaient conservés dans le Brandebourg; et, par la conquête de la Silésie, maîtres des biens« que l'ordre possédait dans cette province, et que Frédéric Il respeeta. Il ne Sopposa même jamais au payement régulier des responsions par les chevaliers silésiens, ni à lacquittement du même tribut que les chevaliers de Brandebourg, quoique nés et retenus dans une autre communion, offraient volontairement à l'ordre, pour conserver une filiation précieus@ 3ien plus, conseillé par le grand maître, le prince Ferdinand, et par l'Angleterre, il proposa, en 1775, une alliance avantageuse à l’ordre, si, à l'exemple des Teutons, il voulait accepter la tolérance et se contenter du serment qui lie les membres entre eux. Ce beau projet échoua; ets plus tard, la prise de Malte et la révolution française bouleversèrent l'existence de l'ordre entier.
Un édit du 30 octobre 1810 abolit le bailliage de Brandebourg, EM grande maitrise et les commanderies, et réunit tous leurs biens au d® maine national; mais, pour en nourrir la mémoire, le roi Frédémien Guillaume IT érigea, par décret du 23 mai 1812, un nouvel ordre, sous la dénomination de Kôniglich preussischer S'Johanniter Orden (ordre
de Saint-Jean de Prusse), dont il se déclara le souverain protecteur, et dans lequel 11 maintint tous les anciens chevaliers profès qui avaient obtenu l'autorisation de porter la décoration.
L'ordre se compose d’un grand maître (aujourd’hui le prince Henri) et d'un nombre indéterminé de chevaliers.
Cette distinction est accordée par le roi, proprio motu, ou sur la proposition du grand maître, aux personnes qui ont bien mérité du souverain, de la maison royale et de la monarchie.
Les insignes consistent en la croix de Malte, anglée de l'aigle noire de Prusse, couronnée d’or, suspendue au cou par un ruban noir (pl. LXH, n° 15) et en une plaque ou croix blanche sans aigles (n° 12), brodée sur la gauche de l'habit.
Le grand maître se reconnaît à la dimension double de la croix, de la plaque et du ruban.
Les membres de l’ordre ont la faculté de porter un costume : habit rouge avec épaulettes d’or, boutons jaunes ; le collet, les parements, les doublures, la veste et les chausses blanches ; des cordons d’or sur le collet et les parements.
Celui qui sollicite et obtient son admission dans l'ordre paye six fré-
dérics d’or pour les insignes.