ORDRE DU CYGNE
l'ordre du Cygne se recommandait au chef actuel de la monarchie
prussienne, comme le premier institué par un prince de sa maison. Dési®
gné sous les noms de société de Notre-Dame, société en l'honneur de Marie mère de Dieu, société de Notre-Dame au Cygne, ordre de Marie, ordre des porteurs de la chaîne de Marie, ordre du Cygne, il avait son siége dans l’église de Sainte-Marie, près de la vieille ville de Brandebourg, sur la montagne de Harlung.
Cette église, fondée probablement vers 1140, par le prince vandale Pribislav, sur l'emplacement du temple de Triglaff, acquit bientôt une vaste renommée de sainteté; et, comme le dit un document de 1362; « elle attirait la vénération de toute l'Allemagne et de fréquentes proces: sions de pèlerins. » Cela valait d’abondants revenus aux chanoines du château de Brandebourg, auxquels elle avait été donnée par les princes de la maison d’Ascagne, en 1166. Mais cette source de richesses tarit ;Ma vogue se détourna vers une autre église, du village de Nykamer, ete sang miraculeux de Wilsnack.
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… En 1417, la marche de Brandebourg fut érigée en électorat, et le burgrave Frédéric de Nuremberg, de la maison de Zollern, en reçut l'investiture. Il résolut de restaurer la splendeur de Sainte-Marie, qui passait pour la première église du pays. À côté, il fit construire, en 1455, un cloitre, et y installa un chapitre composé d’un doyen ou prévôt, d’un prieur-et de quatre prêtres ; il les dota, en leur imposant certains devoirs religieux.
Frédéric IF, le deuxième électeur, fonda, le 29 septembre 1440, jour de Saint-Michel, une corporation ou société qui devait se composer, outre le prince, de trente gentilshommes ayant fait leurs preuves, et de sept dames. Ils étaient tenus de réciter tous les jours, en l'honneur de Notre- Dame, sept Pater et sept Ave, ou de donner sept deniers au pauvres, et de se préparer par le jeûne à célébrer dignement les fêtes de la Vierge. Aux Quatre-Temps chacun payait aux chanoines quatre gros de Bohème. A leur tour, ceux-c1, à quatre époques de l’année, devaient prier pour les frères défunts, et appeler leurs noms à haute voix. Ces jours-là, le doyen convoquait tous les membres qui devaient assister à la commémoration, en personne ou par représentants.
Ne pouvaient être reçues les personnes coupables : 1° d’adultère ou d'impudicité notoire ; 2° de trahison ou brigandage ; 3° d’ivrognerie.
Les insignes étaient un collier dont chaque anneau représentait un Imstrument de martyre, une espèce de scie (premse) enchâssant un cœur rouge. À cette chaine était attachée l'image de la Vierge avec l'enfant Jésus, entourés d’une auréole ; au-dessous pendait, dans un nœud de ruban, un cygne essorant. « Nous portons, dit la patente, l'ordre de Notre- » Dame, afin que dans la contemplation et le remords de nos péchés, » notre cœur gémisse dans la tristesse, comme dans une scie; pour que » nous ne perdions pas la mémoire des grâces et secours que nous devons » à la Vierge ; et que, semblables au cygne, qui prévoit sa fin, nous nous » préparions à la mort par une vie innocente. »
Les sociétaires devaient porter les insignes tous les jours, sous peine de payer huit deniers aux pauvres, et, à leur décès, le collier devait être renvoyé à l’église de Sainte-Marie, où un service funèbre était célébré.
Mais les besoins des moines n'étaient pas assez amplement satisfaits des produits de l’ordre et de leur dotation. Ils se plaignirent de leur pau-
vreté; Frédéric I promit de venir à leur aide, et le jour de M tion (1445) il promulgua de nouveaux statuts. :
Les membres, dont le nombre était illimité, étaient choisis parmides 6 nobles à quatre quartiers, de naissance légitime. |
À sa réception, chacun devait payer au prévôt, qui délivrait les insignes, onze florins du Rhin ; sa femme légitime, qu'il pouvait faire admettre; n'était soumise qu'à une taxe d’un florin, — Les dames non mariées payaient la rétribution ordinaire.
Le collier pesait huit onces, d’or ou d'argent, selon la bulle de Pie HE et l'on ne pouvait en altérer la forme ni la valeur. — Celui que possèdele roi de Prusse est en argent fortement doré, et pèse sept onces et demie Le port en était obligatoire à la cour, aux diètes de province, aux fêtes de la Vierge, tous les ae Après décès, on le renvoyait, ou sa valeur:
Tous les jours les affiliés récitaient ou une prière spéeiale en l'honneuE de la Vierge, ou sept Pater et sept Ave, ou devaient payer sept deniers aux pauvres. Ils célébraient les fêtes de Marie par une piété exemplaire; en s’abstenant de toute œuvre mondaine, et leur vie devait être honorable et sans tache.
Tout frère devait prendre la défense d’un frère calomnié. |
Au décès d’un membre, les autres devaient assister, en personne OU par procureur, au service funèbre célébré à Sainte-Marie, ou payer à cette église une amende de huit onces d'argent. Une absence sans excuse ens courait l'exclusion. Si dans le voyage un membre était attaqué ou fait prisonnier, l'ordre était obligé de lui procurer sa liberté ou une satisfac- (ion.
Le fils ainé du défunt pouvait demander à lui succéder ; en cas d'ads mission, il reprenait les insignes, en payant huit onces d'argent @t ut florin. À défaut de l'aîné, le privilége pouvait être réclamé par le cadet, ou le plus proche héritier.
Si un membre tombait dans le besoin, l'électeur promettait de le recevoir et de l'entretenir jusqu’à la mort, à sa cour ou dans un de ses châteaux:
Les chanoines devaient assister tous les jours au service divin et prier pour le bien des sociétaires. Le prêtre célébrant priait pour l'unité deda chrétienté, pour l'électeur, les sociétaires morts ou vivants et leurs parents:
Le devoir était imposé aux membres de protéger les droits, franchises; revenus et le renom des chanoines.
Un tribunal d'arbitres, qui se complétait par cooptation, était le conservateur des statuts et le juge des. différends qui survenaient entre les membres de l'ordre. Le récalcitrant qui refusait obéissance à leur citation pouvait être exclu. En cas de partage, l'électeur était arbitre suprème.
L'ordre fut confirmé par le pape Nicolas V. A cette époque, il comptait quarante chevaliers de la marche de Brandebourg, vingt des pays de Brunswick, Anhalt, Mecklembourg et de la Lusace; trente-quatre de la haute Allemagne. Le nombre des dames était de vingt-trois, non compris les femmes des chevaliers.
En 1459, les chevaliers de la Franconie représentèrent au margrave Albert, frère de Frédéric Il, que leur éloignement du siége et les difficultés du voyage rendaient souvent impossible leur présence à Brandebourg aux jours d'obligation. La légitimité de cette excuse fut reconnue; et avec l'autorisation de lélecteur et la confirmation du pape Pie IE, la chapelle de Saint-George, dans la cathédrale d’Anspach, fut déclarée église filiale. Tous les chevaliers des pays au delà de la forêt de Thuringe y devaient assister à la fête de l'ordre. Mais les réceptions avaient toujours lieu à la maison principale.
Le grand maitre de l’ordre Teutonique, Albert de Brandebourg, voulut propager, dans les contrées de la Baltique, l'ordre de sa maison. Il obtint en 1524, du pape Léon X, que sa chapelle privée füt déclarée la seconde église filiale. Mais la société ne devait pas avoir de longues prosperités dans ces pays. La réforme d'Albert lui fut aussi funeste qu'aux Teutons ; et avec les succès de Luther, elle disparut du nord et du nudi de la Germanie, après une existence d’un siècle. Ses biens devinrent la propriété du souverain. Elle avait compté en tout trois cent trente et un membres, dont vingt-quatre princes, vingt et un comtes, huit barons, soixante-neuf chevaliers et deux cent vingt-neuf nobles des deux sexes.
L’extinction de l'ordre entraina la décadence du chapitre de Brandebourg. A partir de 1559, il lui fut défendu de se perpétuer par de nou- velles admissions. Bientôt le prévôt habita seul le cloitre désert; et 1l alla mourir dans le couvent des franciscains, devenu lui-même une solitude. Le cloître fut abattu, et Sainte-Marie, dépouillée de ses monuments, demeura debout jusqu'en 1722. | L'église de Saint-Gumpert, à Anspach, subsiste encore. Beaucoup de
monuments que renfermait la chapelle de Saint-George ont été transférés dans le chœur. |
L'ordre du Cygne avait des relations avec des sociétés religieuses étrangères, notamment avec le couvent de la Congrégation de Notre- Dame, à Châtellerault. Ces religieuses, au commencement du siècle dernier encore, faisaient part aux membres de l'ordre de Sainte-Marie de la mort de leurs sœurs, en les recommandant à leurs prières. Elles pouvaient d'autant mieux croire à l'existence de la société qu’elle n'avait jamais été formellement supprimée. |
Enfin, elle vient d’être restaurée par le décret ci-dessous, dont l'auteur se révèle à la fois dans la pensée et dans l'expression :