‹ Ordres de chevalerie et marques d'honneurChapitre 138 sur 272 · PATENTE POUR LE RÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE DU CYGNE · texte numérisé non relu

PATENTE POUR LE RÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE DU CYGNE

Nous, Frénéric-GuiLLaume, par la grâce de Dieu, roi de Prusse, ete.

À tous ceux qui ces présentes liront, salut.

Au nombre des tendances édifiantes que, grâce aux bénédictions d'une longue paix, manifeste notre époque (Dieu puisse-t-il nous la conserver!) la plus méritoire et la plus remarquable, c’est celle qui provoque tant d'associations pour soulager les maux physiques et les souffrances mo: rales. Elle est identique avec le besoin senti de faire preuve de chrétienté, non par des confessions et des actes extérieurs, mais en esprit et en vérité, par la vie et les œuvres. Pénétrés de la conviction que beaucoup de ces sociétés respectables ne peuvent développer toute leur puis sance que ralliées autour d’un centre commun, nous avons résolu de restaurer l’ordre le plus ancien de notre maison, la société de l'ordre du Cygne, qui a été fondé, il y a juste quatre cents ans, par notre ancêtre l'électeur archichambellan Frédéric IE, laquelle n’a jamais été formelles ment supprimée, et de la faire répondre au besoin que nous avons signalé. Déjà, dans l'esprit des statuts de 1445, le but de la société n’était que de confesser la vérité chrétienne par les œuvres. Nous avons ordonné de dresser de nouveaux statuts, et de créer un conseil directeur suprême; qui sera divisé en plusieurs fractions, afin de mouvoir les différentes sphères d'activité de la société. Nous commencerons la vie pratique de l'ordre, en fondant à Berlin une institution mère, pour former des sœurs

de charité dans l'église évangélique, chargées de soigner les malades dansles grands hôpitaux. Nous avons fait aux insignes de l’ordre (pl. LXITE, n°16) les = changements qui nous paraissent conformes aux temps actuels. On n’en décorera pas les membres qui travaillent directement à la réalisation du but de la société, savoir les frères et les sœurs qui ont soin des malades, des repenties, des condamnés, etc.; les ecclésiastiques auxquels est confiée la direction des âmes et des établissements. Les insignes ne sont pas, comme ceux des autres ordres, une distinction de mérite; nous ne voulons décerner le collier que dans des cas rares, comme un royal cadeau d’honneur, à des têtes couronnées, à des personnages illustres. L'ordre du Cygne sera plutôt une société, dans laquelle on entre librement pour se dévouer activement à l'un des buts qu’elle poursuit, dont on pourra se retirer sans rougir, quand on n'aura plus la vocation ou les moyens de servir. Les emplois et les dignités de l’ordre indiqueront la sphère d’activité de celui qui en est investi, et leur rapport au centre. Des hommes … et des femmes, sans distinction de rang ni de culte, peuvent être admis dans la société s'ils sont prêts à accomplir les devoirs qu'elle trace. Exerçant le droit de tous mes prédécesseurs dans le royaume ou l'électorat, nous nous sommes, avec notre épouse bien-aimée, S. M. la Reine, chargé de la grande maîtrise et de la direction suprème. Les établissements et les sociétés fondés par l’ordre se trouvent seuls placés sous notre direction et celle des autorités de l’ordre, les autres établissements, . sils réclament cette affiliation, si la société les juge utiles à son but. Nous méconnaitrions profondément la vertu qui, avec le courage et la fidélité, fait le plus bel ornement de notre peuple chéri, si nous voulions, par les splendeurs et les labeurs d’un ordre, par les récompenses et les encouragements, pénétrer dans le sanctuaire de la bienfaisance modeste. Nous n'avons qu'une pensée, c’est de réunir les forces pour opérer de grandes choses dans la vaste carrière que nous avons ouverte. L'essentiel, c'est la bénédiction de Dieu; nous l'implorons pour notre œuvre, afin que Îa société renouvelée croisse et prospère, allégeant et guérissant beaucoup de souffrances; afin que des hommes et des femmes de toutes les confessions, conditions et races de notre peuple, groupés en sociétés nombreuses, et animés de la plus noble émulation, prouvent qu'ils prennent à cœur ces paroles du Seigneur : Vous les connaîtrez à leurs fruits. Convaineu de la bonté du but que nous avions en rétablissant l'ordre

du Cygne; convaincu que son unique tendance est de satisfaire à un besoin généralement senti, la prospérité des établissements de bien: faisance, nous recommandons avec confiance et sécurité notre fondation au Roi des rois. Sous sa bénédiction se réunira une noble société qui comprendra et protégera tout ce que notre époque enfante de grand, de salutaire, d’énergique; qui résistera avec un héroisme chevaleresque à tout ce qui est mal, non par la guerre et les combats, non par des menées souterraines, mais par ce qui seul peut et doit réunir toutes les commus nions chrétiennes, par la pratique des commandements de Dieu, dans l'assurance de l'amour divin.

Donné à Berlin, la veille de Noël, de l'an 1843. À

Page 1