ORDRE DU SAINT-SÉPULCRE
Cet ordre pourrait disputer la priorité à celui de Saint-Lazare. Des auteurs graves reculent sa première origine jusqu’à l'an 69; saint Jacques, le premier évêque de Jérusalem, aurait confié à des personnes distinguées par leur naissance et leur piété le soin de veiller au tombeau du Sauveur. D’autres le regardent comme une transformation des chanoines que sainte Hélène, la mère de Constantin, avait établis dans sa nouvelle église du Calvaire. D’autres enfin, plus circonspects encore, descendent jusqu’à Godefroid de Bouillon, ou son successeur Baudouin, qui aurait donné pour grand maître à cette légion militaire le patriarche de Jérusalem’. Le plus sûr serait bien de descendre encore jusqu'à lan 1496, et de considérer l’ordre comme une institution du pape Alexandre VI, qui aurait voulu ainsi réchauffer le zèle de la foi et des pèlerinages. La grande maitrise et la nomination des chevaliers fut réservée au saint-siége ; mais le pape délègue l'exercice de ce droit en Orient au gardien du Saint Sépulcre. La noblesse de race était une condition d'admission; les devoirs imposés sont : d’ouir la messe tous les Jours; de combattre, et, au besoin, mourir pour la défense de la religion ; dans les guerres contre les infidèles, en cas d'empêèchement personnel, de fournir et entretenir un remplaçant; d’entourer d’une protection incessante les serviteurs de l'Église; d'éviter toute guerre injuste, les discordes, les duels, l'usure, le commerce; de favoriser la paix parmi
" La plupart de ces fables sont encore aujourd’hui consignées dans les diplômes.
les chrétiens ; protéger les veuves et les orphelins; observer exactement tous les commandements de l'Église; de ne jurer ni blasphémer, et de se garder soigneusement de l’intempérance, de l’impureté, ete. Mais ces obligations, sont compensées par des priviléges fort importants. Seulement on ne sait comment le père gardien put en garantir la jouissance. Les chevaliers du Saint-Sépulcre prennent le pas sur tous les autres ordres, excepté la Toison d'or. Ils peuvent légitimer les bâtards, changer le nom, concéder des armoiries, et créer des notaires; quoique mariés, posséder des biens ecclésiastiques. Ils sont affranchis de la gabelle et de tous droits sur le vin, la bière, etc.; exempts de logements militaires et de patrouilles: enfin, ils ont le droit de couper la corde d’un pendu et de faire enterrer le cadavre.
Cet ordre, répandu jadis dans presque toute l'Europe, se perpétue toujours, mais dans un cercle très-limité d’adhérents. Les chevaliers, créés par le père gardien du Saint Sépulcré, sont presque toujours choisis parmi es rares pèlerins de Jérusalem.
La vie exemplaire des chanoines réguliers du Saint-Sépulcre avait inspiré à beaucoup de princes le désir d'introduire cet institut dans leurs États, et des maisons furent fondées en Italie, en Allemagne et en Angleterre.
Louis le Jeune, roi de France, établit de ces chanoines dans l’église de Saint-Samson, d'Orléans, qu'Étienne de Tournay appelle pour ce motif fille de Sion: et, plus tard, transplantés à Paris, ils parvinrent à éluder la bulle du pape, qui avait prononcé la suppression de ces établissements, en se déguisant sous le titre de chevaliers de l’ordre. Le 19 août 181%, le roi de France promit sa protection à l’'archiconfrérie, qui se composait, indépendamment du roi et des princes, de quatre cent cinquante membres se donnant les titres de grands officiers, officiers, chevaliers et novices. A leur réception, ils juraient de prodiguer leur vie pour l'honneur de la religion et le service du roi, et s’engageaient à payer un droit de 3,000 francs. Mais les franciscains de la terre sainte ayant protesté contre les prétentions de l'archiconfrérie, elle a été supprimée en 1825.
Un puissant seigneur de Pologne, Jana, satrapa et regulus, avait appelé de France un de ces chanoines, Martinum gallicum, et lui avait donné en 4162 la terre de Miechov, à dix lieues de Cracovie. Ce couvent,
dont le supérieur prit le titre de général, devint le chef-lieu d’une congrégation, qui embrassa une vingtaine de maisons, tant dans la république de Pologne que dans la Silésie, la Moravie, la Bohème. Quoique appauvrie par plusieurs spoliations successives, elle subsistait toujours dans les derniers temps du duché et du royaume de Pologne. Le ruban, qui pouvait être confondu avec celui de la Légion d'honneur, avait acquis de la valeur. Les frères de Miechov, profitant des circonstances, consentaient à recevoir des affiliés pour la modique rémunération de dix ducats, et trouvaient pour leur ruban un placement aussi avantageux à Saint-Pétersbourg qu'à Varsovie. Depuis la dernière insurrection, Miechov a perdu ses derniers moines.
Les comtes de Flandre avaient aussi imité l'exemple de Louis le Jeune. L'an 1558, les chanoines chevaliers, qui s'étaient maintenus, malgré la suppression, pour assurer leur existence, élurent un grand maitre héréditaire, et ce grand maître était Philippe IL. Mais l'ordre de Malte, à qui le pape avait légué l'héritage des chanoines supprimés, agit auprès du roi avec une adresse si persévérante, qu'il renonça aux bénéfices de l'élection, et la condamnation prononcée sortit tous ses effets. à Les insignes de l'ordre sont représentés pl. LXXXIT, n° 2. Il se pors tent en sautoir ou à la boutonnière à un ruban moiré noir. La plaque n° 4 est portée par les chevaliers qui ont fait le voyage de Jérusalem. Le collier de l'ordre est composé de petites/froix émaillées rouges® semblables à celles du bijou de l'ordre, qui sént enchainées par des aïe neaux d’or. | top