‹ Ordres de chevalerie et marques d'honneurChapitre 209 sur 272 · ORDRE MILITAIRE DE SAINT-LAZARE · texte numérisé non relu

ORDRE MILITAIRE DE SAINT-LAZARE

Le pape Pie IV, quand il éleva (1565) son parent Jeannot de Châtillon à la grande maitrise de Saint-Lazare, attribuait à saint Basile la création de cet institut, perfectionné plus tard par le pape Damase 1°, sous l’empire de Julien et de Valentinien; mais selon toute vraisemblance, après que les chrétiens, conduits par Godefroid de Bouillon, devinrent maîtres de Jérusalem, ils y établirent, sous l’invocation de saint Lazare, un hôpital, dont les desservants , associés sous la règle de saint Basile, n'avaient d'autre mission que de soigner les pauvres pèlerins malades, les lépreux surtout. L’humilité et l'esprit de l'institution étaient exprimés d’une manière énergique dans les statuts : le grand maître ne pouvait être choisi que parmi les frères lépreux. Les frères sains, comme les chevaliers du Temple, de Saint-Jean et de Sainte-Marie, joignirent à l'exercice des bonnes œuvres les services militaires, et méritèrent de la munificence des papes de nombreux priviléges, et de la générosité des princes de riches possessions.

Le roi de France Louis le Jeune, ayant ramené de la terre sainte quelques hospitaliers de Saint-Lazare, leur donna près d'Orléans la terre de Boigny, et aux portes de Paris une église et un château, qu’ils convertirent en maladrerie, où l’on n’admettait que les lépreux natifs de Paris et les boulangers de toutes les provinces, à cause de leur état, qui les exposait, plus que tout autre, à cette terrible maladie.

Après que les chrétiens furent chassés de la Syrie, les lazarisies se répandirent dans toutes les contrées de l’Europe, érigeant partout des hôpitaux, reconnaissant la suprématie de la maison centrale et du grand maître de Boigny, et ayant renoncé à la règle de saint Basile pour celle de saint Augustin (1255). Vers le même temps, le pape Innocent IV, pour ne pas mettre les chevaliers en contradiction avec leurs devoirs, avait aboli l'article des statuts qui voulait que le grand maître fût un lépreux. Bientôt le changement de climat, les progrès de la civilisation européenne , ayant resserré de plus en plus ce terrible fléau, et laissé à l’ordre d’immenses revenus, en le débarrassant de ses fonctions ; les chevaliers, n Italie surtout, tombèrent dans le relâchement qui suit la richesse oisive, et le mépris qui suit le relâchement, et le pape se crut obligé de prononcer la dissolution de l’ordre, dont il légua les biens aux chevaliers de Rhodes Mais le parlement, ayant soutenu l'opposition des lazaristes, l'inflnence de ia

bulle pontificale s'arrêta aux frontières du royaume; l’ordre maintint obscurément son existence indépendante, jusqu’à ce que Henri IV le rajeunit (1608) en l’incorporant à l'ordre de Notre-Dame du mont Carmel, qu’il avait créé l’année précédente. Il fut ainsi composé de cent gentilshommes, distingués par leurs services, et leur emploi devait être de marcher en temps de guerre près des rois pour la garde de leur personne. Cette réunion fut confirmée par des édits de Louis XIV. Après la mort du duc d'Orléans, la grande maîtrise demeura vacante jusqu’en 1757, que Louis XV, avec l’agrément du pape Benoît XIV, se détermina à la conférer au duc de Berri, depuis Louis XVI, laissant l'administration, pendant la minorité du prince, au conseiller d'État Louis Phélipeaux. En même temps , il modifia les statuts, qui subirent encore de nouveaux changements, pendant la grande maîtrise de Mon: sieur (depuis Louis XVIIT). |

Par le premier règlement, du 51 décembre 1778, on ne pouvait être admis dans l'ordre qu'après avoir prouvé, par titres originaux, huit degrés de noblesse paternelle et maternelle, non compris le récipiendaire, sans anoblissement connu, et qu’on était activement au service du roi, au moins dans le grade de capitaine, dans les troupes de terre, ou d’enseigne de vaisseau, ou de ministre près une cour étrangère. Les commandeurs ecclésiastiques étaient tenus de prouver qu'ils étaient de noblesse militaire, et que leur père avait servi vingt ans, où qu'il avait été tué au service.

Les chevaliers étaient divisés en deux classes : la première, composée des commandeurs ecclésiastiques, des ministres du roi dans les cours étrangères, des colonels et des capitaines de vaisseau la seconde, de ceux qui avaient des grades inférieurs. La décoration était d'or à huit pointes, émaillée de pourpre et de vert alteruativement, bordée d’or, anglée de quatre fleurs de lis d’or, ayant au centre, d’un côté, l’image de la Vierge dans une gloire d’or, et de l’autre, la résurrection de Lazare. Elle était suspendue au col par un large ruban vert.

La plaque, en paillons d’or vert entourés de paillettes d’or, pour les chevaliers de la première classe, et en soie verte pour ceux de la seconde, est brodée sur le côlé gauche de lhabit:

Tous les chevaliers ont le droit de faire peindre ou graver leur écusson , accolé sur une grande croix à huit pointes, pourpre et verte, entourée du collier de l’ordre, qui est une chaîne de perles d'argent, chargée du double chiffre S. L. et S. M., d'or, placés à distances égales, et séparés par des doubles palmes vertes, en sautoir; le chiffre S. L. soutenant là croix de l’ordre.

Le second règlement, du 21 janvier 1779, attachait l’ordre de Notre-Dame du mont Carmel aux élèves de l’école militaire, et fixait à trois par an ceux des élèves qui étaient reçus dans l’ordre. Monsieur les choisissait parmi les sujets qui étaient dans le cas d'entrer au service: Ils avaient une pension de cent livres sur le trésor de l’ordre, en sus de celle de. deux cents livres qu'ils avaient de l’école. Ils perdaient cette pension en quittant le service. Si l’un d'eux avait le bonheur de se distinguer par une action d'éclat ou d'intelligence, attestée par le général et le ministre de la guerre, il était reçu, sans autre preuve, dans l’ordre de Saint-Lazare, el le cumul des deux croix n'avait lieu que dans ce cas.

I n’y avait que les chevaliers reçus depuis ce règlement qui eussent accès aux grâces quil leur accordait. Il fallait prouver quatre degrés de noblesse paternelle pour être admis dams l’ordre de Notre-Dame dn mont Carmel , dont la décoration ne différait de celle de Saint-Lazare qu’au revers, représentant un trophée orné de fleurs de lis, elle était suspendue à la boutons nière par un ruban cramoisi.

L'ordre, avant la révolution, possédait cinq grands prieurés et cent quarante commandes ries, et il a suivi en tout la destinée des autres ordres. Seulement, la restauration n’en à pas une seule fois distribué la décoration.

ORDRE DE SAINT-MICHEL

En France, un assez grand nombre d'ordres de chevalerie, — celui de l'Étoile, fondé par Jean IL, en 1551 ; de l'Écu d'or, par Louis de Bourbon (1569) ; de la Cosse de Genet, par saint Louis, en 1234; du Croissant, par Charles et René d'Anjou, — avaient été tués par le discrédit de la prodigalité. Louis XI, jaloux sans doute de la création de Philippe le Bon, voulut aussi avoir sa Toison d’or, et institua, le "août 1469, au château d’Amboise, un ordre de chevalerie qu’il plaça sous le patronage de saint Michel, consacrant ainsi la dévotion de son père pour cet archange, et le souvenir des miracles d'Orléans et du mont Saint-Michel. Les statuts furent refondus en 1476.

Le roi choisit les quinze premiers chevaliers, qui complétèrent au scrutin secret (ce qui devint le mode d'élection habituel), le nombre de trente-six fixé par les statuts. On ne pouvait être chassé de l’ordre que pour hérésie, trahison. ou désertion, et cette peine fut encourue par le connétable de Saïnt-Paul , un des quinze chevaliers choisis par le roi.

Sous les successeurs de Louis XF, les admissions furent si faciles que l’ordre reçut le sobriquet de l’ordre des bêtes de somme. — T1 semble que c’est la destinée des ordres français. — Pour le relever, Charles IX limita à cinquante le nombre des chevaliers ; Henri IL décida qu’on n’entrerait dans l’ordre du Saint-Esprit qu’en passant par celui de Saint-Michel. Mais l’opiniàtreté de l’abus entraîna l’opiniâtreté du mépris, et Louis XIV dut, en 1665, procéder à une réforme complète. |

La constitution de 1791, fidèle à l'esprit qui avait commandé la suppression de la noblesse, abolit les ordres de chevalerie, les corporations ou décorations qui exigeaient des preuves de noblesse ou supposaient des distinctions de naissance. Elle délégua exclusivement au pouvoir législatif le droit d'établir les lois qui décernent aux services nationaux des décorations purement personnelles. Le même esprit dicta l’article 4 de la constitution de l'an vur, toujours en pleine vigueur , qui fait perdre la qualité de citoyen « pour l’affiliation à toute corporation étrangère qui suppose des distinctions de naissance. »

Il résulte de ces dispositions : que les ordres de l’ancienne monarchie ont été abolis; et qu'ils n’ont pu être rétablis que par une loi.

Après la restauration, Louis XVIIT, qui data sa rentrée en France de l’an x1x de son règne, et par conséquent regardait comme non avenus tous les actes législatifs non consacrés par la charte, restaura, par ordonnance du 16 novembre 1816, l’ordre de Saint-Michel, et le destina aux Francais qui se distingueraient dans les lettres, les sciences et les arts, ou par des découvertes , des entreprises utiles à l’État, et le nombre des décorés fut borné à cent.

Après la révolution de 1850, une ordonnance du 10 février 1831 statua : « Toutes ordonnances portant création de décorations établies à l’occasion ou à la suite des événements de 1814 et 1815 sont et demeurent abrogées. — Toutes autorisations collectives ou individuelles de porter des décorations de cette nature sont révoquées. »

Il en résulte que les anciens ordres n’ont plus d'existence. On objecterait vainement que, sil faut une loi pour'établir un ordre de chevalerie, une loi est nécessaire pour le détruire; car les ordres anciens n’avaient pas été ressuscités par une loi, mais par des ordonnances dont la constitutionnalité est plus que douteuse. Or, il suffit d’une ordonnance pour abolir les effets d’une autre, constitutionnelle ou non.

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