‹ Ordres de chevalerie et marques d'honneurChapitre 211 sur 272 · ORDRE DE SAINT: LOUIS · texte numérisé non relu

ORDRE DE SAINT: LOUIS

«Louis XIV excella dans l’art magique d’attacher à des riens un prix inestimable... L'oubli commençait à couvrir une décoration créée parmi les bacchanales de la superstition, distribuée par deux aveugles , la naissance et la faveur, et souillée à son début sur la poitrine des mignons de Henri III. Louis XIV touche ce hochet dédaigné, et le voilà tout à coup l’objet du respect public et le terme des plus hautes ambitions. L'usage politique des distinctions est plus difficile qu’on ne pense; le Français en est choqué par la même raison qu'il en est avide ; et celte monnaie, qui mécontente dans des mains avares, s’avilit dans des mains prodigues. Le secret d’en maintenir le cours serait de l’employer à payer le mérite qui sert, et non les vices qui plaisent, parce qu'il y a toujours dans le cœur humain un sentiment d'équité qui surnage entre les passions. Le roi trouva cette solution dans l'établissement de l’ordre de Saint Louis (1693). Si l’autre avait été le miracle de sa jeunesse, celui-ci fut le chef d'œuvre de son âge mûr. » (LEMONTEY.)

L'ordre de Saint-Louis fut la première chevalerie qui fut purifiée des distinctions de naissance. Noble ou roturier, pauvre ou riche , tout officier pouvait espérer ce prix du courage, après vingt-buit années de services , ou pour une action d'éclat, pourvu qu'il fit profession de la religion catholique. Cependant, cette égalité était bien illusoire encore. Les officiers de fortune étaient rares, et, huit années avant 89, une ordonnance de Louis XVI réservait les épaulettes aux personnes seules qui comptaient quatre quartiers de noblesse paternelle.

Louis XV apporta, en 1719, quelques modifications aux statuts.

Au roi grand maître appartiennent les nominations. Le danphin , les maréchaux de France, l’amiral et le général des galères sont chevaliers nés.

Les grands-croix doivent sortir des commandeurs, et ceux-ci des chevaliers.

L'ordre reçut un revenu de 450,000 livres, distribué en pensions de 6,000 livres pour dix grands-croix; de 4,000 pour dix commandeurs; de 3,000 pour dix-neuf commandeurs, de 2,000 pour trente chevaliers; de 1,500 pour trente-deux chevaliers ; de 1,000 pour soixantecinq,et de 800 pour cinquante-quatre.

Par une ordonnance de 1779 , le nombre des grands-croix fut porté à quarante, dont trente choisis parmi les officiers de l’armée, quatre parmi les officiers de la maison du roi, et six dans la marine. Le nombre des commandeurs fut élevé à quatre-vingt, dont soixante-cinq pour l’armée et la maison du roi, et quinze pour la marine.

Des offices, on ne conserva que le trésorier et l'huissier; le garde des sceaux reçut le sceau de l’ordre, et le secrétaire cumula les fonctions de greffier, intendant et archiviste.

Le décoré coupable d’un crime emportant peine afflictive ou infamante, d’une action indigne de sa profession et de son devoir; qui, sortait du royaume sans permission, était dégradé.

Le chapitre se tenait le jour de la Saint-Louis, au lieu où se trouvait la cour, et la présence des grands-croix était obligatoire. Le roi assiste à la messe, et, l'après-midi, les personnes qui ont obtenu leur entrée ou leur avancement dans l’ordre, présentent leurs lettres à l’assemblée. Ensuite, on procède à l'élection des deux grands-croix, quatre commandeurs, six chevaliers, qui ont la direction annuelle des affaires de l’ordre.

La croix est d’or à huit pointes pommetées , émaillée de blanc, anglée de fleurs de lis d’or, chargée au centre, en champ de gueules, d’un Saint-Louis armé, d’or, et couvert du manteau royal , tenant de la main droite une couronne de laurier, et de la gauche la couronne d’épines et les clous, entouré d’une bordure d’azur avec ces lettres d’or : Ludovicus Magnus inslituit, 1693. Au revers, aussi en champ de gueules, une épée nue flamboyante, la pointe passée dans une couronne de laurier, liée de l’écharpe blanche et cernée d’un cercle d’azur, avec ces lettres d’or : Bellicæ virtutis præmium. Le ruban couleur de feu.

Pour les sous-officiers et soldats, Louis XV institua la médaille qui était accordée pour la même durée de service que la croix, et distribuée avec la même solennité. « Je suis assez vieux, disait le maréchal Soult à la chambre des pairs, pour avoir vu de ces distributions. J'avoue même que, lorsque j'avais l'honneur d'être simple soldat, mon cœur battait dans l'espérance qu’un jour je pourrais obtenir cette distinction. » Cette médaille n’était qu’un éeusson ovale, rouge, chargé de deux épées en sautoir, attachée sur la gauche de la poitrine.

Rétabli par la restauration, l’administration de l’ordre fut confiée au ministre de la guerre,

Le nombre des chevaliers était illimité; celui des commandeurs porté à cent et vingt; celui des grands-croix à quarante.

Il a été pourvu à la dotation de l’ordre sur les fonds de la caisse des invalides.

Cette décoration était devenue uniquement la récompense de l’ancienneté de service.

ORDRE DU MÉRITE MILITAIRE

L'ordre de Saint-Louis n'étant accessible qu'aux catholiques, Louis XV établit, par ordonnance du 10 mars 1759, l’ordre du Mérite militaire, en faveur des ofliciers protestants.

Il se composait d’un nombre illimité de chevaliers, parmi lesquels on choisissait les huit commandeurs et les quatre grands-croix.

La décoration consistait en une croix d’or à huit pointes pommetées, anglée de fleurs de lis, au milieu de laquelle était une épée, la pointe en haut, avec ces mots pour légende : Pro vixlule bellica. Au revers était une couronne de laurier avec ces mots : Ludovicus XP instituit, 1759.

Le ruban était bleu primitivement ; mais depuis l'ordonnance du 28 novembre 1814, il est le même que celui de Saint-Louis.

Page 1